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Antibiothérapie : moins et surtout moins longtemps
Alexandra Karsenty le 23-07-19

Les actions entreprises par la France, depuis les années 2000, pour lutter contre le développement des résistances bactériennes ont permis de faire diminuer le nombre de prescriptions d’antibiotiques, tant en ville qu’à l’hôpital. Cependant, l’ANSM observe dans son rapport de 20171 une tendance à la reprise, ces dernières années : « En volume, plus de 90 % de la consommation d’antibiotiques se fait dans le secteur de ville. 70 % des prescriptions faites en ville se rapportent à des affections des voies respiratoires et 40 % concernent des infections virales (bronchite, rhinopharyngite, syndrome grippal) ou des angines, très souvent virales ».

 

Le recours à la prescription d’antibiotiques doit donc, dans la mesure du possible, se faire sur un faisceau d’arguments cliniques évocateurs d’une infection bactérienne, combinés à l’utilisation de tests diagnostiques rapides. Dans le cas d’un patient consultant pour une angine, par exemple, l’utilisation du score clinique de Mac Isaac (chez l’adulte), couplé à un test rapide d’orientation diagnostique (TROD), permet d’affirmer avec quasi-certitude l’origine virale. Pour autant, l’utilisation des TROD reste encore limitée en médecine de ville (en 2017 seuls 39,7 % des médecins généralistes en ont commandé auprès de la CPAM contre 30,5 % en 2014).2 D’ici le 1er janvier 2020, ces tests seront réalisables directement par les pharmaciens en officine, et remboursées par l’assurance maladie. Un patient se plaignant de maux de gorge ne sera a priori redirigé vers son médecin que si le test est positif.

 

Mais l’autre levier majeur dans la lutte contre l’antibiorésistance réside dans la réduction de la durée de l’antibiothérapie. La durée moyenne d’une antibiothérapie n’excède pas 7 jours dans la majorité des cas ; et pourtant l’ANSM rapporte une durée moyenne de 9,2 jours sur l’ensemble des antibiothérapies prescrites en 2016.1 En dehors de situations particulières (immunodépression, comorbidités associées, collections non drainées...), la durée du traitement doit être la plus courte possible, en s’appuyant sur les recommandations actualisées en 2017 par la société de pathologie infectieuse (SPILF)3. Rappelons que la longueur du traitement n’est pas un gage d’efficacité supérieure, comme cela a pu être démontré dans les études randomisées,4 avec en prime des effets secondaires et des complications potentielles plus fréquentes pour le patient, et une altération du microbiote intestinal dont le rôle clé dans la lutte contre les infections n’est plus à démontrer.

 







En savoir plus :

1. Agence nationale de sécurité du médicament et des produits de santé. La consommation d’antibiotiques en France en 2016. Rapport annuel, ANSM 2017.

2. Ameli - Consommation d’antibiotiques et antibiorésistance en France en 2017

3. SPILF Info-antibio N°73: mars 2017 

4. Wintenberger C, Bonnet E, Castan B, et al. Proposal for shorter antibiotic therapies. Med Mal Infect 2017;47:92-141.

 

TAG(s) : Pharmacologie