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Aux victimes de la non-vaccination
Jean Deleuze le 20-09-17

La décision de la ministre de la Santé de rendre 11 vaccins obligatoires au 1er janvier est un signal fort, car la défiance qui s'est installée en France vis-à-vis de la vaccination s'est aussi nourrie d'un déficit de la parole publique, en dépit de nombreuses campagnes d'information et de l'action des prédécesseurs de Mme Buzyn.
Les médecins, dans leur immense majorité, promeuvent la vaccination mais leur message est brouillé par trois affaires : le lien hypothétique entre vaccin contre le virus de l'hépatite B et sclérose en plaques évoqué après la controversée campagne de vaccination de 1994, l'échec de la vaccination contre le virus grippal H1N1 en 2009 qui avait exclu le recours aux médecins généralistes et la mise en cause de l'aluminium, en tant qu'adjuvant vaccinal, dans la survenue de la myofasciite à macrophages. Trois affaires donc qui sont restées pratiquement franco-françaises mais qui ont alimenté la suspicion. Récemment l'eurodéputée Michèle Rivasi n'a pas hésité à affirmer sur son blog que le lien entre la vaccination contre l'hépatite B et la sclérose en plaques avait été reconnu par la Cour de justice de l'Union européenne, bien que ce lien n'ait pas été démontré et que la Cour, qui ne s'est pas prononcée sur le fond, a seulement répondu à un point de droit ! L'échec de la vaccination contre le virus grippal H1N1 est utilisé pour affirmer son inutilité alors que l'épidémie (qualifiée de "grippette" !) a tué, en France, 312 personnes (dont 27 enfants) avec, fait inhabituel pour la grippe, une majorité de victimes (232) de moins de 65 ans (contre moins de 10 % habituellement) et 49 sans aucun facteur de risque.1 Quant à la myofasciite à macrophages, si présente médiatiquement, comment ne pas être troublé en constatant que seulement 99 références en 20 ans lui sont consacrées sur PubMed, dont un tiers proviennent de la même équipe française ?
Il est impératif de respecter, d'écouter et d'aider les personnes qui s'estiment victimes d'un vaccin, mais la parole publique doit être ferme quand il s'agit de protéger la population, même s'il vaudrait mieux convaincre qu'imposer. L'extension d'obligation vaccinale n'est pas sans risque, mais cela fait des années que la promotion raisonnée de la vaccination échoue à endiguer l'impact des fausses informations. N'est-il pas temps d'agir compte tenu des dégâts ? Citons les 37 redoutables méningites à Haemophilus influenzae survenues entre 1999 et 2014 chez des enfants de moins de 5 ans (aucune chez les enfants bien vaccinés), les 255 infections à méningocoque C, dont 25 mortelles, entre 2011 et 2015 chez des jeunes de 1 à 24 ans non vaccinés malgré la recommandation dans cette tranche d'âge ou encore la recrudescence de la très contagieuse rougeole qui, entre 2008 et 2012, a provoqué 31 encéphalites et 10 décès (dont 7 chez des enfants immunodéprimés chez lesquels le vaccin était contre-indiqué mais qui auraient pu bénéficier d'une immunité de groupe).2 Ces victimes de la non-vaccination, la députée Rivasi qui conteste la "vaccination forcée" n'a pas un mot pour elles…
Alors qu'en réalité la très grande majorité des enfants reçoivent déjà les 11 vaccins, il était temps que, face aux "fake news" propagées par les vaccinosceptiques, soit prise une décision qui, liant bénéfice individuel et bénéfice collectif, marque peut-être le retour (on l'espère dans bien d'autres domaines) d'une vraie politique de santé publique.

1. Vaux S, Brouard C, Fuhrman C, et al. Dynamique et impact de l'épidémie A (H1N1) 2009 en France métropolitaine, 2009-2010. BEH juin 2010;24-25-26:259-64.
2. Lévy-Bruhl D, Floret D. La vaccination des enfants en France : enjeux et défis actuels. Rev Prat 2016;66(8):835-40.