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Homéopathie : la dernière bataille ?
Jean Deleuze le 20-09-18

En mars, dans Le Figaro, 124 professionnels de santé (ils sont désormais 3 337) sonnaient la charge contre les médecines alternatives dont l'homéopathie dans une tribune au vitriol qui a fait beaucoup de bruit1,2. Ils soulignaient avec raison combien ces "médecines" sont pourvoyeuses d'illusions et dangereuses "car elles alimentent et s'appuient sur une défiance de fond vis-à-vis de la médecine conventionnelle comme le montrent les polémiques injustifiées sur les vaccins". C'est une évidence, en effet, que les fake news qui prolifèrent partout n'épargnent pas la médecine et qu'elles trouvent dans les pratiques alternatives un terreau fertile à leur développement, ce qui doit faire de la lutte contre la désinformation médicale un enjeu majeur au même titre que la transparence concernant les liens d'intérêts de tous les acteurs du domaine de la santé. En demandant au Conseil de l'Ordre des médecins et aux pouvoirs publics de "ne plus autoriser à faire état de leur titre les médecins ou professionnels de santé qui continuent à promouvoir les médecines alternatives et de ne plus reconnaître d'une quelconque manière les diplômes d'homéopathie, de mésothérapie ou d'acupuncture comme des diplômes ou qualifications médicales", les signataires de la tribune soulevaient un point d'éthique fondamental que l'on pourrait résumer ainsi pour l'homéopathie : est-ce que prescrire des granules qui ne contiennent aucun principe actif est un acte médical ?3 D'évidence la réponse est non et il n'est pas sûr que le syndicat des médecins homéopathes français (SNMHF) qui dépose des plaintes contre les médecins signataires auprès des conseils départementaux de l'Ordre de leur lieu d'exercice fait un bon calcul, car la seule réponse que le syndicat pourrait apporter à ceux qui mettent en cause l'action de l'homéopathie serait justement d'en démontrer l'efficacité, ce qui n'est pas prêt de se faire. La polémique ayant pris de l'ampleur, la ministre de la Santé a demandé à la Haute Autorité de santé (HAS) que la Commission de la transparence évalue, au regard de son efficacité, le bien-fondé de la prise en charge de l'homéopathie par l'Assurance maladie. La HAS doit remettre son rapport en février 2019, lequel conclura sans surprise que l'homéopathie ne fait pas mieux qu'un placebo. À quelques semaines des élections européennes, le gouvernement aura-t-il alors le courage de dérembourser un placebo aussi populaire ? On verra.
En attendant, on espère que les différentes instances ordinales saisies ne se couvriront pas de ridicule en donnant raison au SNMHF, ce qui ne manquerait pas de conforter ses prétentions... : il a déjà été suffisamment pénible d'entendre Henri Joyeux s'exclamer que l'annulation (incompréhensible…) de sa radiation par la chambre disciplinaire nationale de l'Ordre des médecins légitimait son discours contre les vaccins ("Je ne suis pas du tout radié, je n'ai pas de blâme. Ça veut dire quoi ? Ça veut dire que j'ai raison !" …).4 On espère aussi que les 15 facultés de médecine qui délivrent encore un diplôme universitaire d'homéopathie ne vont pas tarder à le suspendre, à l'instar de ce que vient de décider, dans l'attente de l'évaluation de la HAS, la faculté de médecine de Lille. Il est temps vraiment que les petits granules quittent, pour d'autres horizons, le champ de la médecine.

1. Le Figaro du 18 mars 2018.
2. Site No Fake Med
3. Deleuze J. Prescrire l'homéopathie ?
Rev Prat 2018;68(4):351.
4.
Le Monde du 26 juin 2018.