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oxygène
Marc-André Selosse. Les microbes nous construisent
Serge Cannasse le 11-01-18

Professeur au Muséum national d'histoire naturelle et à l'université de Gdansk (Pologne), il publie Jamais seul. Ces microbes qui construisent les plantes, les animaux et les civilisations (Actes Sud, 2017, 368 pages, 24,50 euros).

Pourquoi le mutualisme est-il une notion importante ?
Il désigne une modalité d'interaction entre deux espèces vivantes dont chacune retire un bénéfice. C'est un concept qui émerge assez tardivement dans l'histoire des sciences, en 1875, sous la plume de Pierre-Joseph Van Beneden. Il est issu de la veine de pensée du proudhonisme, qui promeut la coopération dans le fonctionnement social. Il est resté longtemps marginal face à la théorie darwiniste, qui faisait alors de la compétition et de la prédation les modalités privilégiées de l'évolution. Depuis peu, on s'aperçoit que la plupart des interactions sont neutres ou mutualistes. Ces dernières construisent en grande partie la physiologie des organismes et le fonctionnement des écosystèmes, et constituent même une force motrice de l'évolution, au moins autant que la compétition.

Cela vous amène à mettre en question la notion d'organisme.
La plupart des êtres vivants ne sont pas indépendants, mais en relation avec d'autres espèces que la leur, d'une façon mutualiste qui leur est indispensable. Ainsi, à l'origine, les mitochondries sont des bactéries, devenues intracellulaires et chargées de fonctions respiratoires. Nos bactéries cutanées nous aident à nous défendre. Alors que le staphylocoque doré est présent chez 20 % d'entre nous, très peu en sont infectés parce qu'il est en concurrence avec l'ensemble des microorganismes qui nous colonisent. On a découvert récemment que cela s'explique dans les cavités nasales par l'existence…