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Robert Barouki. Perturbateurs endocriniens : avérés, probables ou possibles ?
Serge Cannasse le 30-09-19

Spécialiste des perturbateurs endocriniens, il dirige l'unité toxicologie, pharmacologie et signalisation cellulaire à l'Inserm (université Paris-Descartes) et le service de biochimie métabolique à l'hôpital Necker-Enfants malades.


La définition des perturbateurs endocriniens ne semble pas aller de soi.
Au terme de longs débats, la Commission européenne a retenu trois critères pour qu'une substance soit qualifiée de perturbateur endocrinien avéré : elle doit "impacter" le système hormonal, avoir un effet toxique, et que ce dernier effet soit expliqué par son action hormonale. Si les deux premiers ne posent en général pas de gros problème, le troisième est beaucoup plus difficile à satisfaire. Souvent, on dispose d'un faisceau d'arguments en sa faveur, mais pas d'une preuve scientifique. On parle alors de perturbateur endocrinien probable (présumé) ou possible (suspecté), ce qui est le cas de la grande majorité des substances incriminées.
Idéalement, il faudrait qu'existe une classification à l'image de celle établie par le Centre international de recherche sur le cancer. Cela permettrait entre autres de guider l'action des pouvoirs publics pour interdire ou limiter l'usage de certains produits, ou établir d'autres mesures de précaution. Je pense que l'Europe devrait en prendre l'initiative.
En effet, la dangerosité des produits est généralement loin d'être manifeste, on est le plus souvent dans une zone grise. Par exemple, en France, il nous paraît évident qu'il y a un lien fort entre utilisation professionnelle des pesticides et maladie de Parkinson, mais pas du tout dans d'autres pays. Ce sont ces divergences qui rendent nécessaire l'expertise collective. Elle donne des arguments pour décider, par exemple, d'indemniser les victimes d'une contamination à un pesticide, même si on n'a pas toutes les preuves scientifiques…