Espace abonné | connectez-vous
Image mystérieuse
Cliquez pour vous tester
A quoi pensez-vous ?

Photothèques
Sommaires de la revue du praticien
oxygène
Soigner n’est pas tuer
Soigner dans la dignité le 18-11-14

Soigner n’est pas tuer. Ce n’est pas le titre d’un James Bond des années 1980. C’est l’évidence que nous voulons aujourd’hui rappeler à chaque citoyen.

Nous sommes plus de 500 étudiants en médecine, concernés directement par les projets de loi qui touchent à la fin de vie. Nous sommes les médecins de demain, nous voulons pousser chacun à réfléchir sur un sujet qui le concernera tôt ou tard. Nous ne voulons pas d’une légalisation de l’euthanasie ou de l’assistance au suicide.

 

En vue de préparer un possible changement de la législation, le Premier Ministre a confié à deux députés une mission d’information sur la fin de vie. Nous avons été sollicités pour y participer, en donnant notre avis sur ces questions et plus particulièrement sur ce qui se rapporte à notre quotidien : la formation des futurs médecins.

Pour que notre réponse soit le reflet des opinions de tous les étudiants de l’Association, nous avons d’abord envoyé un questionnaire à nos membres. Nous avons pu en tirer un ensemble de constats et de propositions cohérentes, que nous avons soumis aux rapporteurs de cette mission parlementaire.

 

Notre premier constat est celui d’une dévalorisation de la fin de vie qui touche toute la société. Dans un contexte où le « jeunisme » est omniprésent, où l’intégrité physique et mentale est érigée en culte, les personnes âgées, malades, dépendantes, se sentent rapidement mises à l’écart. La mort a beau être réelle, elle est taboue, soigneusement cachée, aussi bien à l’hôpital que dans nos vies quotidiennes. La dignité de l’homme, valeur inaliénable, en vient à être remise en cause par certains au motif qu’une vie en situation de dépendance, dans des conditions physiques qui ne sont pas celles désirées, ne vaudrait pas la peine d’être vécue.

Les étudiants en médecine ont le sentiment d’être mal préparés à affronter la réalité de la fin de vie et de la mort. La médecine est aujourd’hui essentiellement curative, c'est-à-dire qu’elle se focalise sur la guérison des maladies, en laissant de côté le palliatif, c'est-à-dire la recherche du bien-être des personnes malades. Cet oubli néfaste se retrouve dans le cursus d’études que nous suivons. La formation à la fin de vie, à la prise en charge de la douleur, à l’accompagnement des personnes, est souvent optionnelle ou lacunaire.

 

Nous demandons un renforcement important de la formation théorique à l’accompagnement des malades et à la prise en charge de la douleur. Cette formation doit faire intervenir des témoignages de médecins expérimentés ; elle doit aussi comporter un module éthique, pour nous inciter à réfléchir sur ces questions de fin de vie.

Nous insistons sur l’importance d’une meilleure formation pratique. C’est en stage que nous sommes confrontés à l’apprentissage réel de la médecine. Or ces stages sont aujourd’hui trop orientés vers la médecine curative, au détriment de la dimension palliative. Chaque jeune médecin devrait avoir passé plus d’un mois dans un service confronté à la fin de vie, et au moins une semaine en unité de soins palliatifs, ce qui est rarement  le cas aujourd’hui.

Nous sommes convaincus que la loi actuellement en vigueur, appelée loi Leonetti, peut répondre aux problèmes que pose aujourd’hui la fin de vie. En refusant l’acharnement thérapeutique aussi bien que l’euthanasie, en donnant la parole au malade, en instituant une procédure de décision collégiale et concertée, elle permet de trouver une solution humaine aux cas les plus compliqués. Cette loi doit être mieux connue de tous et en particulier des médecins. Il est impératif que la formation sur ce thème soit renforcée.

 

Nous demandons que tous les efforts nécessaires soient entrepris pour le développement des soins palliatifs. Nous nous indignons que 80 % de nos concitoyens ne puissent en bénéficier. Ces soins doivent pouvoir être dispensés aussi bien dans les différents services médicaux concernés par la fin de vie qu’à domicile, comme le souhaitent une majorité de français.

Nous voulons enfin nous engager pour que le débat ne soit pas confisqué par des spécialistes autoproclamés ou des activistes de tous bords. Nous voulons que nos concitoyens puissent comprendre les enjeux et les apprécier selon leurs convictions. Nous demandons que les mots justes soient employés. Nous déplorons le battage médiatique qui entoure certains cas particuliers et qui vient brouiller le débat.

 

Nous nous sommes engagés dans des études de médecine, longues et difficiles, pour devenir des soignants, pour accompagner et soulager. Aujourd’hui nous craignons qu’une décision prise de manière inconsidérée ne vienne dégrader la situation des personnes qui souffrent. C’est pourquoi  nous le réaffirmons avec force : nous voulons être la main qui soigne, pas la main qui tue !







En savoir plus :

- Le site Internet de l’association : www.soignerdansladignite.com
- Interview de Jacinthe Lafont de "Soigner dans la dignité" sur les affaires Lambert et Bonnemaison ainsi que sur l'euthanasie et la loi Leonetti. (www.paulharam.com)