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Tête d'Henri IV : suite et fin de la controverse
Philippe Charlier, Philippe Froesch, Lionel Mathelin, Bruno Galland, Jean-Pierre Babelon, Jacques Perot le 09-10-13

Nous avons à plusieurs reprises publiés les travaux de Philippe Charlier et de son équipe, consacrés à l'identification de la tête d'Henri IV. Dans un premier temps de nombreux argument ont été apportés en faveur de l'identification de cette tête mais la preuve génétique manquait, ce qui avait suscité la controverse. Finalement, un argument génétique formel a été apporté fin 2012 : l'exploration d'une région profonde de la tête a permis d'en extraire de l'ADN qui s'est révélé comparable avec celui présumé de Louis XVI (lien patrilinéaire direct). Toutefois la controverse vient de rebondir avec une publication dans l'European Journal of Human Genetics.* Leurs auteurs ont comparé le patrimoine génétique de trois Bourbons actuels et du cœur dit de Louis XVII avec celui de la tête d'Henri IV. Or, les résultats sont discordants. Voici la réponse de Philippe Charlier et son équipe.
La rédaction

* Larmuseau M, Delorme P, Germain P, et al. Genetic genealogy reveals true Y haplogroup of House of Bourbon contradicting recent identification of the presumed remains of two French Kings. Eur J Hum Genet, advance online publication, 9 October 2013; doi:10.1038/ejhg.2013.211



RÉPONSE DE PHILIPPE CHARLIER ET DE SON ÉQUIPE

Cette étude* menée conjointement par le professeur Cassiman et un journaliste de Point de Vue-Images du Monde montre, s'il en était besoin, qu'il est vain de vouloir faire coïncider sur une aussi longue durée un arbre généalogique et une suite de liens génétiques. Quelles peuvent en être les explications ?

Les données de la littérature médicale montrent qu'il existe de 1 à 4 % d'enfants nés d'un père différent qu'attendu (pourcentage par génération). Il existe 13 générations au maximum entre Henri IV et les trois sujets vivants testés dans cette étude, ce qui porte le risque de non-paternité légitime entre 12 et 41 % sur l'ensemble de ces générations.

Un des arbres généalogiques implique par exemple Louis-Philippe duc d'Orléans dit Philippe-Égalité dont la mère (Louise-Henriette de Bourbon-Conti) rapportait à propos du père de ses enfants : "Quand on est tombé sur un fagot d'épines, sait-on celle qui vous a blessée ?" (aveu direct d'impuissance à désigner le père exact de Philippe-Egalité). Les mêmes doutes existent quant aux "enfants" de Philippe-Égalité, dont la paternité n'est pas certaine, à commencer par le roi Louis-Philippe. D'autres doutes historiques existent également quant à la paternité de Louis XVI.

Concernant le risque de non-maternité (lié à une inversion d'enfant ou à une adoption passée sous silence), il n'existe dans l'état actuel de la science pas de statistique connue. On se contentera de noter qu'entre Henri IV (mort en 1610) et l'ancêtre maternel commun retenu (Anne de Habsbourg, morte en 1327), il existe 10 générations, puis 20 nouvelles générations jusqu'à l'individu testé (Louis XVII, mort en 1795), soit un total de 30 générations entre les deux sujets !

Rappelons par ailleurs que 23 arguments morphologiques ont été apportés sur le plan anthropologique et médico-historique permettant une identification de la tête comme appartenant à Henri IV au-delà de tout doute raisonnable.

Avec Bruno Galland (directeur scientifique des Archives Nationales, Paris), Jacques Perot (président de la Société Henri IV, Pau) et Jean-Pierre Babelon (Académie des Inscriptions et Belles-Lettres, Institut de France, Paris), il a été démontré que le non-sciage du crâne d'Henri IV (présenté par certains comme un argument permettant de dire que cette tête ne pouvait être celle du roi) n'était qu'un détail romanesque parmi d'autres ajoutés bien tardivement par Alexandre Lenoir à son récit plus de 8 ans après les faits (1801). Ce détail est absent de tous les descriptifs contemporains de la profanation des tombeaux royaux de Saint-Denis.

Avec Philippe Froesch (VisualForensic, Barcelone), il a récemment été procédé à une confrontation 3D du masque mortuaire d'Henri IV avec la tête momifiée. Contrairement à la comparaison anatomique précédente (publiée en 2010 dans le British Medical Journal) et réalisée sur quelques points-clés anthropologiques, cette nouvelle comparaison a porté sur un très grand nombre de points, puisqu'elle a été faite en trois dimensions. Il s'est avéré que la correspondance anatomique était parfaite, et ne pouvait pas être liée au hasard. En outre, l'asymétrie du visage présente sur les différents exemplaires du masque mortuaire se retrouve également sur le crâne examiné. Cette étude est en cours de publication dans une revue médico-légale internationale.

Avec Lionel Mathelin (LIMSI, CNRS, Orsay), il a été réalisé une modélisation statistique des arguments d'identification : la probabilité que la correspondance génétique entre les échantillons "tête d'Henri IV" et "sang de Louis XVI" soit liée uniquement au hasard a été évaluée à 1/71 280 ou 1/641 520 selon le modèle retenu.

En conséquence, sur le plan anthropologique, historique et statistique, on dispose de bien plus d'arguments que nécessaires pour affirmer au-delà de tout doute raisonnable l'authenticité de cette tête et son attribution définitive à Henri IV.
L'article publié dans European Journal of Human Genetics, fondé sur la confrontation génétique entre la tête d'Henri IV et du sang de Louis XVI avec des descendants actuels pose en revanche le problème de l'hétérogénicité du patrimoine génétique au sein de la famille des Bourbon/Orléans.



LES AUTEURS

Philippe Charlier : Laboratoire d'anthropologie médicale et médico-légale, UFR des sciences de la santé, UVSQ/AP-HP, Montigny-le-Bretonneux, France
Philippe Froesch : VisualForensic, Barcelone, Espagne
Lionel Mathelin : LIMSI, CNRS, Orsay, France
Bruno Galland : Archives Nationales, Paris, France
Jean-Pierre Babelon : Académie des Inscriptions et Belles-Lettres, Institut de France, Paris, France
Jacques Perot : Société Henri IV, Pau, France



RÉFÉRENCES

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- Anderson KG, Kaplan H, Lancaster JB. Demographic correlates of paternity confidence and pregnancy outcomes among Albuquerque men. Am J Phys Anthropol 2006;4:560-71.
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- Charlier P, Huynh-Charlier I, Poupon J, et al. Multidisciplinary medical identification of a French king's head (Henri IV). BMJ 2010;341:c6805.
- Charlier P, Lalueza-Fox C, Hervé C. La tête d'Henri IV : identification et problématique éthique. Rev Prat 2013;63:289-93.
- Charlier P, Grilletto R, Boano R, et al. Ouvrir un corps de roi : pourquoi, comment ? Le cas d'Henri IV. Rev Prat 2011;61:880-5.
- Charlier P. La tête momifiée d'Henri IV : une identification médico-légale. Rev Prat 2013;63:1474-7.
- Larmuseau MHD, Delorme P, Germain P, et al. Genetic genealogy reveals true Y haplogroup of House of Bourbon contradicting recent identification of the presumed remains of two French Kings. Eur J Hum Genet, advance online publication, 9 October 2013; doi:10.1038/ejhg.2013.211.
- Anonyme. Les Six d'Orléans. Essai historique sur la branche cadette de la Maison de Bourbon. Paris : Dentu, 1835:131-2.
- Castelot A. Philippe Egalité, le prince rouge. Paris : Perrin, 1951.
- Pinoteau H, Gandrille F, Papet-Vauban C. État présent de la Maison de Bourbon (4e édition). Paris : Le Léopard d'or, 1991.
- Fogg RN, Boorjian SA. The sexual dysfunction of Louis XVI: a consequence of international politics, anatomy or naïveté? BJU Int 2010;106:457-9.