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Histoire de la médecine
Ibn an-Nafîs - Premier découvreur de la circulation pulmonaire.
Danielle Jacquart le 15-01-07

Au XIIIe siècle, plus de 200 ans avant sa «découverte» occidentale, le médecin arabe Ibn an-Nafîs avait déjà décrit la petite circulation, mais son observation était passée inaperçue…

 

Dans l’histoire des découvertes anatomiques, Ibn an-Nafîs a sa place en tant que premier médecin à avoir mentionné la petite circulation ou circulation pulmonaire. La récente traduction de l’ouvrage en français,1 par le Pr Amor Chadli* et Ahmed Ezzine Barhoumi, dans lequel cette mention intervient, permet de la replacer dans son contexte intellectuel et d’en préciser la portée. Disons d’emblée qu’Ibn an-Nafîs lui-même la met peu en valeur: elle ne se distingue pas d’autres opinions personnelles qu’un lecteur moderne juge moins pertinentes. Par exemple, si l’existence des os sésamoïdes est à juste titre niée, puisqu’ils sont présents chez le singe mais non chez l’homme, la négation de tout canal ou conduit dans la vésicule biliaire qui est censée exsuder la bile par des pores paraît plus discutable, de même que «l’observation» d’un homme se mettant à allaiter son enfant après la mort de sa femme.
Ibn an-Nafîs n’échappe pas à son temps, et sa découverte doit être appréhendée sans anachronisme. Du fait qu’elle figurait parmi d’autres opinions personnelles, sa conception du trajet du sang dans le cœur et les poumons passa inaperçue dans le monde arabe. Lorsque, au XVIe siècle, des auteurs européens, tels que Michel Servet (1509-1553) ou Andrea Alpago,** se mirent eux-mêmes à proposer l’hypothèse de la circulation pulmonaire, ils avaient peut-être reçu l’écho de cette découverte, faite plus de deux siècles auparavant en Orient musulman, mais aucune preuve ne vient le confirmer aux yeux de l’historien. C’est possible, mais non certain. L’existence d’un passage entre le ventricule droit et le ventricule gauche du cœur, dont il était avéré qu’il était imperceptible, faisait depuis le XIVe siècle l’objet de débats fournis au sein des universités européennes. L’embarras et le scepticisme étaient de rigueur, sans qu’une solution satisfaisante ne fût avancée.