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Histoire de la médecine
La fistule anale du roi-soleil : grandeurs et servitudes de la maladie
Stanis Perez le 20-03-09

La fistule anale dont Louis XIV fut atteint au cours de sa quarante-huitième année est un événement historique à part entière et non une simple anecdote rapportée par de fâcheux courtisans.

C’est au cours de l’année 1686 que Louis XIV a ressenti les premiers symptômes d’une maladie dont la postérité retient, jusqu’à aujourd’hui encore, les péripéties et les conséquences les plus curieuses. Parce qu’il s’agit d’un roi, mais prioritairement parce que cet épisode est révélateur des liens très étroits qui existaient entre le corps sacré du souverain et son corps mortel, celui qui était inexorablement soumis à toutes les affres de la maladie et de la vieillesse. Ainsi, comme le plus simple de ses sujets, le Roi-Soleil souffrait en sa chair et devait se plier aux exigences de médecins hésitant entre servilité courtisane et déontologie professionnelle.

LES SOUPÇONS DE LA COUR
De quelles sources dispose-t-on aujourd’hui pour établir, avec exactitude, la nature du mal dont le roi a souffert? Tout d’abord, du témoignage de ses médecins, et en premier lieu les étonnantes pages du Journal de santé.
L’une des premières mentions de la fistule provient du marquis de Dangeau, un diariste très proche du roi. En février 1686, il note que Louis se plaint d’une «tumeur à la cuisse», formule à la fois pudique et trompeuse: le roi ose-t-il tout dire de son mal naissant? La discrétion du malade, et surtout le fait qu’il se laisse de moins en moins voir éveillent les soupçons alors que son médecin attitré, Antoine Daquin, multiplie les interventions sans succès. Emplâtres fantaisistes et suppuratifs vitriolés se succèdent sur un abcès qui est placé près de l’anus et qui finit par s’ouvrir quinze jours après le début des tourments royaux. Le chirurgien intervient à la lancette pour sonder le mal et tenter de le cautériser à l’aide de liquides astringents et franchement acides. D’autres potions suivent mais sans effets probants: que peuvent les pétales de roses de Provins ou le mystérieux baume du Pérou sinon entretenir le mal au lieu de le cautériser tout à fait?