Depuis le 14 mars, l’épidémie liée au coronavirus est au stade 3. Beaucoup de questions se posent aux soignants, en particulier en consultation de ville. Retrouvez ici les informations pratiques et les données épidémiologiques régulièrement mises à jour.

 

Dernière mise à jour : 28 mai 2020, 10h00

Où en sommes-nous à ce stade d’épidémie ?

L'épidémie de Covid-19 est considérée comme une pandémie par l'Organisation mondiale de la santé depuis le 11 mars. En France, l’épidémie concerne tout le territoire, où le virus circule activement et rapidement. L’objectif des autorités est donc d’atténuer les effets de l’épidémie, l'augmentation du nombre d’infections provoquant un risque de saturation du système sanitaire, ce qui implique aussi sa nécessaire adaptation globale. La levée progressive du confinement – en place depuis le 17 mars – a débuté le 11 mai : cette première phase sera suivie d'une deuxième étape de déconfinement à partir du 2 juin qui devrait durer 3 semaines.

Tous les acteurs du système de santé sont mobilisés. Le cadre d’intervention des trois secteurs de l’offre de soins ainsi que les liens de coordination entre les acteurs du système de santé pour assurer la prise en charge des patients infectés par ce virus ont été précisés dans le guide méthodologique de préparation à la phase épidémique de Covid-19, publié le 16 mars par le ministère des Solidarités et de la Santé. Il s’agissait en particulier de définir la stratégie d’organisation des soins ambulatoires pour les cas les moins graves et l’organisation des établissements de santé, essentiellement mobilisés pour la prise en charge des malades ayant des signes de sévérité ou de gravité.

Une prise en charge ambulatoire pour les patients Covid-19 confirmés sans critères de gravité

En phase épidémique, comme lors de la grippe, les patients ayant une forme simple ou modérée doivent être pris en charge en ville en utilisant les ressources médicales et paramédicales du territoire et en mobilisant l’ensemble des acteurs. Cette prise en charge ambulatoire a vocation à être organisée par les professionnels de santé habituellement concernés et selon les lignes directrices et recommandations publiées dans le guide « Prise en charge en ville par les médecins de ville des patients symptomatiques en phase épidémique de Covid-19 » (lire ici notre synthèse de ces recommandations).

La téléconsultation doit être privilégiée (le décret signé le 9 mars par Olivier Véran assouplit les conditions de réalisation de la télémédecine en levant l’obligation pour le patient de passer par son médecin traitant et d’avoir eu une consultation présentielle les 12 mois précédents). Quand ce n’est pas possible, les consultations doivent se faire sur rendez-vous, avec des plages horaires sans rendez-vous dédiées aux patients ayant des signes respiratoires. La Haute Autorité de santé a également publié une fiche « réponses rapides » sur la prise en charge à domicile des patients Covid-19.

Pour rappel, depuis le 1er avril, la définition des cas d'infection au SARS-CoV-2 élaborée par Santé publique France (consultable sur leur site) est destinée à être utilisée dans le contexte de la surveillance épidémiologique et non dans celui de la prise en charge médicale des patients suspects de Covid-19. Pour une information détaillée sur le tableau clinique compatible avec le Covid-19, veuillez consulter la fiche réflexe de la mission COREB nationale.

Au cabinet, l’accueil du sujet avec signes respiratoires doit se faire selon les règles suivantes :

– respect d’une distance de 1 m avec le personnel d’accueil et dans la salle d’attente avec les autres patients (si une pièce distincte ne peut leur être dédiée) ;

– lavage des mains avec du savon et de l’eau ou un solution hydro-alcoolique (SHA) dès son arrivée au cabinet, port d’un masque ;

– aération et nettoyage régulier des sites d’accueil, désinfection des surfaces 2 à 3 fois par jour (sans oublier les poignées de porte, téléphones, claviers d'ordinateurs), lavage des mains régulier du personnel d’accueil, suppression des objets non nécessaires (jouets, livres pour enfants, revues et journaux) ;

– limitation du nombre d’accompagnants à 1 seule personne.

Le médecin doit se protéger : hygiène des mains (SHA ou savon doux) ; si contact étroit (< 1 m) avec le patient, port d’un masque chirurgical et gants à usage unique.

En l’absence de signes de gravité, une prise en charge ambulatoire est recommandée avec 4 modalités de surveillance possible : autosurveillance (patient ou entourage) ; suivi médical ; suivi renforcé à domicile par des infirmiers, en complément du suivi médical ; hospitalisation à domicile. La décision du mode de prise en charge est laissée à l’appréciation du médecin qui détermine le suivi le plus adapté en fonction du tableau clinique et prenant en compte non seulement les facteurs physiques, mais aussi psychologiques, socio-professionnels, etc.

En prévision de la période estivale, le ministère des Solidarités et de la Santé a édité une fiche « Recommandations relatives à la prise en charge des patients en cas de forte chaleur dans le contexte de l'épidémie Covid-19 ». Il est en particulier recommandé que :

– la démarche diagnostique vis-à-vis du Covid-19 ne retarde pas la mise en œuvre de la prise en charge de la pathologie liée à la chaleur qui reste le diagnostic à considérer jusqu’à preuve du contraire (cette prise en charge doit se faire dans le respect des mesures barrières) ;

– les dispositifs d’aide au diagnostic et à la prise en charge des personnes vulnérables (hotlines gériatriques, centres ressources maladies rares, plateformes handicap,...) créés ou renforcés depuis l’épidémie de Covid-19 soient maintenus et leur appui étendu à la prévention et la prise en charge des pathologies liées à la chaleur.

Consignes d’utilisation des masques issus du stock d’État par les professionnels de santé

Le 5 mai, la Direction générale de la santé a annoncé une nouvelle livraison de masques chirurgicaux et FFP2. La cible hebdomadaire de distribution est fixée à 100 millions de masques, mais peut être adaptée chaque semaine en fonction de la réalité des approvisionnements.

La répartition des masques chirurgicaux est prévue comme suit :

– 24 masques/semaine pour les médecins, chirurgiens-dentistes, biologistes médicaux, sages-femmes, infirmiers et professionnels en charge des prélèvements nasopharyngés, et, le cas échéant, pour les étudiants qu'ils accueillent ;

– 18 masques/semaine pour les pharmaciens et préparateurs, masseurs-kinésithérapeutes, manipulateurs en électro-radiologie médicale, physiciens médicaux et techniciens de laboratoire de biologie médicale, et, le cas échéant, pour les étudiants qu'ils accueillent ;

– 15 masques/semaine pour les prestataires de services et distributeurs de matériels ;

– 12 masques/semaine pour les audioprothésistes, diététiciens, ergothérapeutes, opticiens-lunetiers, orthophonistes, orthoptistes, pédicures-podologues, prothésistes et orthésistes, psychomotriciens, et, le cas échéant, pour les étudiants qu'ils accueillent, ainsi que pour les psychologues, chiropracteurs et osthéopathes ;

– les salariés de l’aide à domicile employés directement par des particuliers pour des actes essentiels de la vie sont dotés de 3 masques par semaine par employeur, 6 masques par semaine par employeur bénéficiaire de l’APA et 9 masques par semaine par employeur bénéficiaire de la PCH, les accueillants familiaux sont dotés de 3 masques par semaine et par personne accueillie.

Les médecins auront une boîte supplémentaire de 50 masques chirurgicaux/semaine à destination des patients auxquels ils prescrivent un test de dépistage du SARS-CoV-2. Par ailleurs, les malades atteints de Covid-19 et les personnes contact seront dotés de 14 masques par semaine, à retirer en officine, et les les personnes à très haut risque médical de développer une forme grave de Covid-19 (par exemple, immunodéprimés sévères) seront dotées de 10 masques par semaine.

Pour la population générale, en particulier dans les lieux à risque et lorsqu’elle se rend dans les établissements et chez les professionnels de santé, le port du masque grand public est recommandé.

En raison des tensions d'approvisionnement, jusqu'à la fin du mois de mai au moins, les masques filtrants de protection de type FFP2 sont réservés en priorité :

– aux médecins spécialistes intervenant sur les voies respiratoires, aux chirurgiens-dentistes et aux professionnels en charge des tests de dépistage nasopharyngés (pour la totalité de leur dotation, soit 24 FFP2 par semaine) ;

– aux masseurs-kinésithérapeutes pour les actes de kinésithérapie respiratoire (au maximum 6 FFP2 par semaine).

Les médecins des autres spécialités (dont la médecine générale) et les infirmiers peuvent être dotés en masques FFP2 dès que les approvisionnements le permettront.

Les masques sont distribués en officine de pharmacie aux professionnels de santé sur présentation d’un justificatif de leur profession. La délivrance aux personnes malades, contact ou à très haut risque médical se fait sur prescription médicale ou sur autorisation de l’Assurance maladie. Les pharmaciens sont invités à remplir les tableaux et applications de gestion de délivrance de masques ; pour accompagner la hausse du volume des masques livrés, le mode de distribution dans les officines a vocation à basculer, à terme, de flux poussés (envoi dans les officines par les répartiteurs sur la base des volumes arrêtés par l’État) à des flux tirés (envois à la demande des officines, en fonction de leur consommation réelle). 

Voir la fiche « Professionnels de ville – Distribution de masques sanitaires par l'État en sortie de confinement (au 25 mai 2020) ».

Recommandations de désinfection de l’environnement (éditées pour le personnel de réanimation prenant en charge des patients Covid-19)

La désinfection de l’environnement est indispensable pour éviter une re-contamination des mains. 

Le coronavirus est sensible à l’hypochlorite de sodium (eau de Javel) à 0,1 %, aux composés organochlorés à 0,1 %, aux iodophores à 10 %, à l’éthanol à 70 % et au glutaraldéhyde à 2 %, aux composés d’ammonium quaternaire à 0, 04 % et aux dérivés phénoliques.

Épidémiologie en Europe et en France

Au 28 mai, le Center for Systems Science and Engineering de l'université Johns Hopkins recense 1 707 952 cas confirmés en Europe. Au Royaume-Uni, on recense 268 619 cas ; en Espagne, 236 259 cas et en Italie, 231 139 (respectivement, 4e, 5e et 6e pays les plus touchés en nombre absolu au niveau mondial, après les États-Unis, le Brésil et la Russie). En France, 7e pays le plus touché en nombre absolu, on recense 183 038 cas. Les chiffres mondiaux sont également consultables sur leur site.

Le directeur général de la santé, le Pr Jérôme Salomon, a déclaré que la France fait face à une épidémie inédite, sévère et meurtrière, dont l'impact sur le système et le personnel de santé est sans précédent. Le virus est très contagieux et l'épidémie demeure active. Toutes les régions métropolitaines et ultramarines sont concernées. L'objectif des autorités sanitaires depuis le 1er mars a été d'atténuer et décaler les effets de la vague en cours, tant pour la médecine de ville que pour l'hôpital, ce pour quoi elles exhortent la population à continuer d'appliquer strictement les mesures barrière et de distanciation sociale. Le système de santé est en alerte maximale (Plan blanc généralisé) : l'ensemble des professionnels de santé est mobilisé et les actes non urgents déprogrammés dans toute la France. Les établissements médico-sociaux sont en Plan bleu ; toutes les équipes de réanimation sont à l'œuvre ; la réserve sanitaire est également mobilisée (étudiants et professionnels retraités). 

La Direction générale de la santé a détaillé le 13 mai la stratégie pour la période de déconfinement : identifier, tester et isoler toutes les personnes infectées, même celles ayant une forme paucisymptomatique, pour casser le plus rapidement possible les chaînes de transmission, conformément aux recommandations données par le Conseil scientifique Covid-19 dans son avis du 20 avril. Édouard Philippe a réaffirmé le 28 avril l'objectif de disposer de 700 000 tests par semaine à partir du 11 mai. La première publication des résultats du système d’information de dépistage (SIDEP) fait apparaître un taux de positivité des tests de 2,3 %.

Selon les données hospitalières, il y avait au 27 mai 15 680 patients hospitalisés en métropole et 116 dans les outre-mer, et respectivement 1 501 et 19 cas graves en réanimation. Quatre régions (Île-de-France, Grand Est, Auvergne-Rhône-Alpes, Hauts-de-France) regroupent à elles seules 73 % des cas hospitalisés en réanimation. Le solde de nouvelles entrées en réanimation reste négatif (-54 patients) et indique que la circulation du virus se stabilise, bien qu'elle demeure active ; la baisse des besoins en réanimation, quoique légère, se confirme, mais nous sommes toujours à un niveau exceptionnel, très supérieur aux capacités maximales habituelles en réanimation ; l'épidémie reste active et la tension dans les établissements de santé demeure importante et inégale sur le territoire national.

Depuis le début de l'épidémie, 101 017 personnes ont été hospitalisées pour Covid-19, dont 17 839 en réanimation ; 66 584 ont guéri et sont sorties de l'hôpital. Le nombre de décès liés au Covid depuis le 1er mars s'élève à 28 596 dont 18 260 en milieu hospitalier ; en ce qui concerne les établissements sociaux et médico-sociaux, Santé publique France actualisera les données relatives aux décès vendredi 29 mai (point presse du 27 mai du ministère de la Santé).

Alexandra Karsenty, La Revue du Praticien

(Mises à jour : Laura Martin Agudelo)

POUR EN SAVOIR PLUS :

Information coronavirus (site du gouvernement)

Santé publique France – Infection au nouveau coronavirus (SARS-CoV-2), Covid-19, France et monde

Ministère des Solidarités et de la Santé – Coronavirus : informations aux professionnels de santé

Collège de la médecine générale – Coronaclic, toutes les informations utiles pour le médecin généraliste

COREB – Covid-19

OMS – Coronavirus disease (Covid-19) situation reports

Institut Pasteur, fiche maladie – maladie Covid-19 (nouveau coronavirus)

Carte réalisée par l'université Johns Hopkins

European Centre for Disease Prevention and Control (ECDC) – Covid-19

Figures et tableaux
Références
Image : impression en 3D d'une particule du virus SRAS-CoV-2. La surface du virus (en bleu) est recouverte de protéines de pointe (en rouge) qui permettent au virus de pénétrer et d'infecter les cellules humaines. Crédit : National Institutes of Health.