Le projet ProteoCovid-19, conduit par une équipe Inserm au CHU de Montpellier (UMR 1183, laboratoire de biochimie et de protéomique clinique), cherche à caractériser en détail la protéine qui permet au SARS-CoV-2 de pénétrer dans nos cellules : Spike.

 

Aussi nommée « protéine S », Spike est l’une des cibles des anticorps produits par le système immunitaire après l’infection, d’où l’intérêt de ces travaux dans le développement de vaccins et de tests sérologiques, outre l’approfondissement des connaissances de la biologie du nouveau coronavirus.

 

Depuis le début de la pandémie, Spike a effectivement fait l’objet d’une grande attention ; sa production en laboratoire a été possible rapidement après le séquençage complet du génome du SARS-CoV-2. La protéine ainsi synthétisée (dite « recombinante ») est quelque peu différente, d’un point de vue biochimique, de celle produite en condition physiologique par le virus, et, bien que ces dissemblances soient minimes, elles pourraient influencer l’efficacité des tests et des futurs vaccins ciblant la protéine S.

 

Pour étudier ces différences, très difficiles à mettre en évidence, l’équipe de Sylvain Lehmann utilise une technique plus performante dans l’étude du matériel génétique du virus que la PCR : celle de la spéctrométrie de masse, qui permet d’analyser directement les protéines virales, même lorsque leur concentration dans les échantillons biologiques est infime. Les protéines synthétisées par les cellules de l’organisme ont en effet des « modifications post-traductionnelles, [qui les rendent] plus stables ou plus solubles dans le sang », explique le Pr Lehmann. Ainsi, Spike est glycosée, mais « il n’est pas certain que la glycosylation opérée in vitro dans les cellules en culture soit la même que celle qu’opèrent les cellules humaines infectées in vivo » ; c’est pourquoi la description précise de la protéine produite in vivo et sa comparaison à celle, recombinante, obtenue in vitro, est indispensable, afin d’améliorer la sensibilité et la performance des tests diagnostiques et des vaccins à venir qui l’utilisent comme cible.

 

 

Pour en savoir plus

Inserm, Covid-19 : mieux décrire la protéine Spike pour améliorer le diagnostic et les perspectives vaccinales, 18 mai 2020.

 

Laura Martin Agudelo, La Revue du Praticien