Alors que la polémique enfle autour de l’hydroxychloroquine (Plaquenil) et que son utilisation est désormais possible, hors AMM, uniquement pour les malades hospitalisés atteints de formes graves et sous surveillance stricte, l’essai clinique européen Discovery coordonné par l’Inserm vient d’être lancé. Objectif : tester un certain nombre de molécules qui pourraient être efficaces contre le SARS-CoV-2. Quels sont ces médicaments et dans quel délai seront-ils disponibles ? Quels patients pourraient en bénéficier si leur efficacité est prouvée ?

 

Discovery, essai clinique européen destiné à évaluer 4 traitements expérimentaux contre le Covid-19, vient de démarrer. Piloté par Florence Ader, infectiologue au CHU de Lyon, et coordonné par l’Inserm dans le cadre du consortium REACTing, il prévoit d’inclure 3 200 patients européens (Belgique, Pays-Bas, Luxembourg, Royaume-Uni, Allemagne et Espagne, entre autres), dont au moins 800 Français, hospitalisés pour une infection Covid-19 dans un service de médecine ou directement en réanimation. Cinq centres français y participent pour le moment (à Paris, l’hôpital Bichat, à Lille, Nantes, Strasbourg et Lyon). Progressivement d’autres seront ajoutés, pour totaliser une vingtaine d’établissements.

En quoi consiste cet essai clinique ?

Face à l’épidémie, la réactivité est cruciale. C’est pourquoi cet essai, réalisé en temps réel, est randomisé et ouvert (patient ET médecin connaissent le traitement donné). Il compare l’efficacité mais aussi la tolérance de 4 traitements dont on sait qu’ils ont une activité sur le SARS-CoV-2. Il s’agit de :

– remdesivir : molécule initialement utilisée contre le virus Ebola mais dont le spectre d’action est plus large. Il bloquerait la réplication du coronavirus, in vitro et in vivo chez l’animal ;

– lopinavir en combinaison avec le ritonavir (Kaletra) : efficace dans l’infection par le VIH ;

– association d’un interféron bêta à la combinaison lopinavir/ritonavir (l’infection comporte deux phases : durant la première, virologique, le but est de bloquer la réplication virale ; la seconde, plus tardive, est marquée par une inflammation importante qui participerait à l’atteinte pulmonaire sévère, à ce stade, l’interféron aurait potentiellement un intérêt) ;

– hydroxychloroquine : molécule ajoutée secondairement en raison de résultats préliminaires largement relayés par certains scientifiques.

Le groupe de patients contrôles ne recevra que des “soins optimisés” sans traitement associé.

Quels patients sont concernés ?

Seuls les malades hospitalisés ayant des signes respiratoires sévères (avec ou sans pneumonie) requérant un support en oxygène sont inclus. La mise en route des traitements doit être précoce par rapport au début des symptômes si l’on veut gagner en efficacité, en particulier pour les antiviraux. « C’est d’ailleurs ce qui explique en partie les résultats décevants attribués au lopinavir/ritonavir dans le premier essai randomisé chinois, le traitement ayant été donné à un stade tardif, après le 10e jour », déplore Bruno Lina dans le communiqué de presse de l’Inserm.

Pourquoi avoir ajouté l’hydroxychloroquine ? 

Il s’agit d’un essai adaptatif en temps réel, c’est-à-dire capable de tester toute molécule candidate potentielle en ajoutant un bras supplémentaire. C’est le cas de l’hydroxychloroquine (Plaquenil), compte tenu des données récentes qui méritent d’être évaluées à une plus large échelle. Cela permettra de mesurer son efficacité et surtout sa bonne tolérance. Il est d’ailleurs important de rappeler que les doses d’hydroxychloroquine utilisées à visée thérapeutique sont faibles, bien inférieures aux doses toxiques, à la différence de la chloroquine (Nivaquine) qui nécessiterait des doses proches des doses toxiques (avec une efficacité comparable des deux molécules).

Combien de temps durera l’essai ?

Les premières inclusions ont démarré le 22 mars. Plus le nombre de patients est élevé, plus forte sera la puissance statistique des données. L’essai sera clôturé lorsque le nombre de malades requis sera atteint (soit 3 200 européens, dont au moins 800 français). Mais des analyses intermédiaires seront faites avec une première évaluation clinique à 15 jours d’inclusion. Des résultats devraient être disponibles d’ici à 6 semaines. 

Si une molécule montrait sa supériorité en termes d’efficacité, et cela sans toxicité, elle pourrait alors rapidement obtenir une AMM, ce qui profiterait à tous les malades concernés.

En attendant les résultats de Discovery, aucun de ces traitements n’est indiqué dans l’infection Covid-19.

Alexandra Karsenty, La Revue du Praticien

Pour en savoir plus :

Inserm, Covid-19 : démarrage de l'essai clinique Discovery (communiqué de presse)

Ciao B, Wang Y, Wen D et al, A Trial of Lopinavir–Ritonavir in Adults Hospitalized with Severe Covid-19, NEJM 2020.

Figures et tableaux