Selon le dernier bilan publié fin août par l’Organisation mondiale de la santé, sur plus de 160 vaccins en développement au niveau mondial contre le SARS-CoV-2, 33 sont en phase clinique, dont huit entrés récemment en étude comparative d’efficacité à grande échelle (phase III). Point rapide sur trois de ces candidats vaccins qui ont lancé leur phase III cet été…

 

Dans un article publié le 24 août dans Nature, le Dr Kathryn M. Edwards, directrice du programme de recherche sur les vaccins de l’université Vanderbilt (États-Unis), revient sur les résultats encourageants de trois candidats vaccins actuellement en phase III : celui développé par Moderna en partenariat avec le National Institute of Allergy and Infectious Diseases (NIAID) ; celui issu de l’association entre Pfizer et BioNTech ; celui, enfin, développé par l’université d’Oxford en association avec AstraZeneca.

Les deux premiers sont des vaccins qui utilisent de l’ARN messager (ARNm) codant la protéine Spike, celle qui permet au virus de pénétrer les cellules. Celui de Moderna/NIAID, dont le rapport préliminaire (des phases I et II) a été publié mi-juillet dans le New England Journal of Medecine, a été administré à 45 participants sains âgés de 18 à 55 ans, en deux doses espacées de 28 jours. La réponse immunitaire constatée après la deuxième dose neutralisa le SARS-CoV-2, mobilisant des lymphocytes T auxiliaires (TH1). Ses effets indésirables furent légers à modérés, allant de la douleur locale et sensibilité au point d’injection aux maux de tête, fièvre et malaise, mais sans incidence majeure reportée sur les activités quotidiennes des sujets. Des trois dosages testés (25 μg, 100 μg et 250 μg), la dose moyenne fut choisie pour la phase III de l’essai, car elle a entraîné une réponse immunitaire similaire à celle de la plus haute dose, mais avec des effets indésirables moins importants.

Testé également sur 45 participants sains âgés de 18 à 55 ans, le candidat vaccin de Pfizer fut administré à quatre groupes aléatoirement constitués pour recevoir l’un des trois dosages (10 µg, 30 µg, ou 100 µg) ou un placebo, en deux doses espacées de 21 jours. Les réactions locales et systémiques furent également légères à modérées. Leur sévérité dépendait du dosage, tout comme la concentration des anticorps neutralisants produits, dont le plus haut niveau fut atteint après la deuxième dose et excéda les concentrations observées dans un panel de patients Covid+ 14 jours après une PCR positive.

Le vaccin d’Oxford/AstraZeneca est, quant à lui, un vaccin à vecteur viral. Les 1 077 participants sains âgés de 18 à 55 ans furent aléatoirement répartis en deux groupes, l’un recevant le vaccin à adénovirus du chimpanzé exprimant la protéine Spike (en une seule dose, à savoir 5 × 1010 particules virales, 10 participants seulement reçurent une deuxième dose), et le groupe contrôle recevant un vaccin antiméningococcique tétravalent conjugué. Des effets indésirables locaux et systémiques modérés (fièvre, maux de tête, frissons, etc.) furent plus fréquents dans le premier groupe, et le vaccin entraîna une réponse humorale et cellulaire robuste – en particulier chez les sujets ayant reçu une dose de rappel. 

La phase III de trois ces candidats vaccins a débuté en juillet, aux États-Unis, au Royaume-Uni, au Brésil et en Afrique du Sud. Selon le Dr Kathryn M. Edwards, l’étude d’efficacité de ces vaccins pourrait aussi contribuer à établir un corrélat sérologique de protection, ou un niveau d'anticorps associé à la prévention de la maladie, de sorte que les autres candidats vaccins puissent être homologués s’ils atteignent ou dépassent ce point de référence sérologique. Cela permettrait d’accélérer le processus, en contournant la nécessité de réaliser des essais d’efficacité supplémentaires – si toutefois ces vaccins ont, au préalable, démontré leur sûreté et immunogénicité sur des groupes de populations importants et variés. Un coup d’accélérateur bienvenu dans un contexte d’urgence…

Entre temps, le laboratoire français Sanofi a annoncé que le vaccin qu’il développe avec le britannique GSK vient d’entrer en phase clinique I/II, le jeudi 3 septembre. Il s’agit du candidat vaccin à base de protéine recombinante – la même technologie utilisée dans l’un de ses vaccins contre la grippe saisonnière – et non de celui à ARNm qu’il développe avec Translate Bio (encore en phase pré-clinique). L’essai randomisé, en double aveugle et contrôlé avec placebo recrutera 440 participants adultes sains aux États-Unis ; les résultats et l’éventuel lancement de la phase III sont attendus pour le mois de décembre. 

Mise à jour du 15 septembre : après une suspension temporaire décidée le 8 septembre à cause d’une réaction indésirable grave potentiellement en lien avec le vaccin, l’essai d’Oxford/AstraZeneca a repris au Royaume-Uni le 12 septembre. La suspension, processus standard déclenché à chaque fois qu’une affection potentiellement inexpliquée a lieu, a pris fin à la suite de l’examen des données par un comité indépendant, qui a reporté à lAutorité britannique de réglementation sanitaire des médicaments que le vaccin était « sans danger ».

Pour en savoir plus

Edwards, K.M. Vaccines targeting SARS-CoV-2 tested in humans. Nat Med 2020. https://doi.org/10.1038/s41591-020-1048-4.

Laura Martin Agudelo, La Revue du Praticien

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