Ce mardi 7 avril débute l’essai clinique Covisplasm promu par l’AP-HP avec le soutien de l’Inserm et de l’Établissement français du sang (EFS). Il consiste à transfuser du plasma de patients guéris du Covid-19 à un patient en cours d’infection ; le plasma du donneur contenant des anticorps dirigés contre le virus SARS-CoV-2 pourrait transférer cette immunité au receveur. 

 

Ce concept ancien, utilisé déjà avant la découverte des antibiotiques, pour traiter de nombreuses maladies infectieuses, expose néanmoins à des risques et suscite des questionnements quant à la sélection des patients receveurs. Faut-il l’utiliser en prophylaxie chez des patients à risque ou en traitement chez des patients infectés et à quel moment ? C’est tout l’enjeu de cet essai.

En quoi consiste la thérapie passive par anticorps ?

Elle consiste en l’administration d’anticorps contre un agent infectieux donné, dans le but de prévenir ou de traiter une maladie infectieuse liée à cet agent. L’immunité est alors immédiate chez les personnes sensibles, à la différence de la vaccination active qui nécessite l'induction d'une réponse immunitaire qui prend du temps à se développer et varie en fonction du receveur du vaccin. En mode prophylactique, elle peut prévenir l'infection chez les patients à haut risque, voire chez le personnel soignant exposé à des cas confirmés de Covid-19. L'administration passive d’anticorps pour prévenir la maladie est déjà utilisée en pratique clinique (hépatite B ou virus de la rage, par exemple).

Un concept ancien qui remonte au début du XXe siècle !

Cette thérapie ne date pas d’hier puisque dans les années 1890 elle était le seul moyen de traiter certaines maladies infectieuses, avant le développement des antibiotiques dans les années 1940. Au début du XXe siècle, les sérums de patients convalescents étaient déjà utilisés pour endiguer les flambées de maladies virales telles que la poliomyélite, la rougeole, les oreillons et la grippe. Les premières études cliniques, lors de la pandémie de grippe H1N1 de 1918, vont dans le sens d’une mortalité plus faible chez les patients receveurs. Plus récemment, des préparations d’anticorps sériques obtenues par aphérèse ont été utilisées pour traiter des malades nécessitant des soins intensifs, lors de la pandémie de virus grippal H1N1 en 2009-2010, ou lors de l’épidémie d’Ebola en Afrique de l’Ouest en 2013. Dans les deux cas, la méthode a permis de réduire la charge virale et d’augmenter le taux de survie de façon notable.

Quelles expériences tirer des épidémies de SRAS et el MERS ?

La plus grande étude portait sur le traitement de 80 patients atteints du SRAS à Hong Kong. Les patients traités avant le 14e jour avaient un pronostic amélioré, laissant penser qu’une administration plus précoce est plus susceptible d'être efficace. Les patients positifs à la PCR et séronégatifs au moment du traitement avaient un pronostic amélioré. Le défi dans l'utilisation de sérums de convalescents est donc double. Le transférer au receveur suffisamment tôt dans l’évolution de la maladie ; et ne pas le prélever trop tard chez le patient en voie de guérison, car le taux des anticorps diminue avec le temps. Certains patients qui se rétablissent d’une maladie virale pourraient même ne pas avoir des titres élevés d'anticorps neutralisants. 

Qui sera inclus dans l’essai Coviplasm ?

Les patients guéris depuis au moins 14 jours seront invités à donner leur plasma via le réseau des centres de don de l’EFS. Pour l'instant, les prélèvements auront lieu dans trois régions très touchées par l’épidémie : l’Île-de-France, le Grand-Est et la Bourgogne-Franche-Comté. Le prélèvement se fera comme habituellement pour les dons de plasma par plasmaphérèse.

60 patients infectés et hospitalisés seront inclus dans un premier temps ; la moitié d’entre eux recevra un apport en « plasma-convalescent ». Une première évaluation pourra être rendue deux à trois semaines après le début de l’essai clinique. En fonction de l’efficacité du traitement et de l’absence d’apparition d’effets indésirables délétères, l’essai clinique pourra être élargi à un nouveau groupe de patients.

Les risques d'administration passive de sérums convalescents sont ceux associés au transfert de substances sanguines : transmission d’un agent infectieux, réactions aux constituants sériques, y compris des réactions immunologiques telles que la maladie sérique. 

L'agence américaine du médicament, la Food and Drug Administration, a donné son feu vert pour l’utiliser à visée thérapeutique.

Pour en savoir plus :

Inserm. Coviplasm : tester l’efficacité de la transfusion de plasma de patients convalescents du Covid-19 dans le traitement de la maladie

The convalescent sera option for containing COVID-19. The Journal of Clinical Investigation

A. K., La Revue du Praticien

Figures et tableaux
Références
Image : micrographie électronique à balayage colorée d'une cellule VERO E6 (bleue) infectée par des particules du virus SARS-CoV-2 (orange), isolée d'un échantillon de patient. 
Image capturée et colorée dans les installations du National Institute of Allergy and Infectious Diseases (NIAID) à Fort Detrick, dans le Maryland. Crédit : NIAID, National Institutes of Health.