Après le Conseil scientifique, dont l’avis portant sur le post-confinement comprenait des mesures spécifiques pour les populations précaires, les Académies nationales de médecine et de pharmacie attirent à leur tour l’attention sur le risque majoré de Covid-19 associé à la précarité, et émettent des recommandations à ce sujet.

 

Cumulant les facteurs de vulnérabilité économique et sociale – comme la nécessité de maintenir une activité professionnelle qui ne leur a pas permis de bien se protéger pendant le confinement, ou les conditions de vie dans des logements sur-occupés ou insalubres –, les personnes en situation de précarité sont particulièrement exposées au Covid-19.

Ainsi, dans le département de Seine-Saint-Denis, où plus de 27 % des habitants vivent sous le seuil de pauvreté, le taux de formes graves nécessitant réanimation a été parmi les plus élevés. Dans les établissements sociaux et médico-sociaux (ESMS) avec hébergement collectif en Île-de-France, une enquête de dépistage menée par l’Agence régionale de santé (ARS) a montré un niveau d’infection des plus élevés (plus de 20 % parmi le personnel et plus de 33 % chez les résidents).

L’Académie vétérinaire de France a, quant à elle, signalé dans un communiqué conjoint avec l’Académie de médecine que les foyers importants de Covid-19 rapportés dans les abattoirs industriels étaient directement liés aux conditions de précarité et vulnérabilité des salariés. En effet, aux facteurs environnementaux favorisant la propagation du SARS-CoV-2 au travail (atmosphère froide et humide qui nuit à la capacité de filtration des masques, espaces clos où le niveau sonore impose aux personnes de se rapprocher et de hausser la voix pour communiquer, ce qui favorise la transmission virale par gouttelettes de salive, etc.) s’ajoutent les facteurs de risque économiques et sociaux. De plus, les salariés, pour la plupart d’origine étrangère et recrutés en sous-traitance, vivent le plus souvent dans des conditions précaires (hébergements collectifs avec forte densité humaine, moyens de déplacement favorisant la diffusion du virus) qui ne font qu’accroître ce risque de contagion.

Les trois académies émettent donc diverses recommandations pour briser les chaînes de transmission chez les populations vulnérables, en particulier la mise en œuvre, sous l’égide des ARS et sur l’ensemble du territoire, d’un programme national de dépistage parmi les personnes en situation de précarité. Ce programme devrait intégrer aussi le personnel des abattoirs où, par ailleurs, les conditions de travail et le respect des mesures de prévention (équipements de protection individuels, moyens de distanciation physique, conditions d’hébergement des personnels en contrat précaire) devraient être mieux contrôlés. Elles préconisent aussi de faciliter, de façon générale, l’accès aux tests de dépistage gratuits pour les personnes les plus vulnérables et les plus éloignées des circuits de soin, qu’elles soient symptomatiques ou non, ainsi que d’allouer aux ESMS ou à leurs partenaires en capacité de réaliser des actions de dépistage in situ, comme les Centres gratuits d’information, de dépistage et de diagnostic, les financements nécessaires pour mener à bien ces campagnes auprès de leurs résidents et salariés.

Pour en savoir plus

La précarité : un risque majoré de Covid-19, communiqué de l’Académie nationale de médecine et de l’Académie nationale de pharmacie, 21 juin 2020.

Les abattoirs : une cible majeure pour la prévention de la Covid-19, communiqué de l’Académie nationale de médecine et de l’Académie vétérinaire de France, 24 juin 2020.

L. M. A., La Revue du Praticien