Dans un communiqué du 22 juin, le Comité national contre le tabagisme (CNCT), l’Alliance contre le tabac et l’Association Droits des non-fumeurs (DNF) tirent la sonnette d’alarme sur un rapport de la Commission de la culture, de l’éducation et de la communication du Sénat qui propose une révision de la loi Évin.

 

Alléguant que cela permettrait de pallier le manque à gagner que représente l’épidémie de Covid-19 pour le secteur du sport, ce rapport suggère d’autoriser à nouveau la vente et la publicité de certaines boissons alcoolisées dans les enceintes sportives – une mesure qui rapporterait entre 30 et 50 millions d’euros aux clubs professionnels.

Cette proposition relègue les impératifs sanitaires au second plan, ce qui est en soi un véritable non-sens, en particulier dans le contexte actuel : faut-il rappeler que, multipliant par trois le risque d’agression, l’alcool est un facteur causal de violences conjugales et intrafamiliales – des violences dont on connaît l’augmentation pendant le confinement ? 

Mais elle recèle aussi un contresens économique, ses effets allant in fine à l’encontre de la relance économique à laquelle elle prétend vouloir contribuer, puisque, comme l’indique une note de de 2015 de l’Observatoire français des drogues et des toxicomanies, le coût social net de la consommation d’alcool s’élève à 120 milliards d’euros par an ! Cause majeure de développement de maladies non transmissibles, l’alcool est en effet responsable chaque année de 41 000 décès en France, dont 16 000 par cancer et 9 900 par maladie cardiovasculaire… C’est dire à quel point des mesures favorisant sa consommation ajouteraient un fardeau supplémentaire non seulement à un système sanitaire déjà mis à rude épreuve par la pandémie, mais aussi à la reprise de l’économie française de façon générale !

Si l’incompatibilité entre les intérêts de l’industrie de l’alcool et ceux de la santé publique est bien connue (le lobby alcoolier n’avait-il pas appelé au démantèlement des structures luttant contre les addictions, lors de la controverse du Janvier sec – ce que La Revue du Praticien n’a pas manqué de dénoncer ?), la pandémie due au nouveau coronavirus ne doit pas la faire oublier, ni constituer un nouveau prétexte au démantèlement des progrès en matière de santé publique dont la loi Évin est la pierre angulaire !

Pour en savoir plus

CNCT, Alliance contre le tabac, DNF, Révision de la loi Évin : un non-sens sanitaire et économique, communiqué du 22 juin 2020.

L. M. A., La Revue du Praticien