À l’heure où l’efficacité de la stratégie de dépistage est mise en échec par l’afflux croissant de patients sollicitant un test virologique sur prélèvement nasopharyngé (donc allongeant les délais et de prélèvement et d’obtention de résultats), le besoin d’autres tests simples et rapides se fait sentir.

 

Le ministre de la Santé, Olivier Véran, a annoncé l’expérimentation des tests antigéniques dans les hôpitaux de l’AP-HP. Ces tests sont plus rapides, ne nécessitant pas d’équipements spécifiques, mais ils se font également sur prélèvement nasal et demandent donc l’intervention d’un professionnel de santé, ce qui exclut la possibilité d’un autotest pouvant réduire les temps d’attente pour dépister plus efficacement… C’est donc sur les tests salivaires que d’autres espoirs se fondent, mais qu’en est-il de leur fiabilité ?

Un article publié récemment dans le New England Journal of Medecineconclut à une sensibilité comparable entre les tests nasopharyngés et salivaires. L’étude incluait 70 patients hospitalisés, dont l’infection à SARS-CoV-2 avait été confirmée à l’admission par un prélèvement nasopharyngé. Elle comparait les résultats des tests RT-PCR effectués au cours de l’hospitalisation, sur des auto-prélèvements salivaires réalisés par les patients, d’une part, et d’autres prélèvements nasopharyngés réalisés par les soignants en même temps, d’autre part.

Davantage de copies ARN du virus ont été détectées sur les échantillons salivaires, et un plus grand nombre était positif jusqu’à 10 jours après le diagnostic, par rapport aux échantillons nasopharyngés : entre J1 et J5, 81 % des premiers étaient positifs, contre 71 % des seconds. Pour évaluer ces performances dans les cas asymptomatiques, 495 soignants furent aussi enrôlés, dont 13 ont eu des résultats positifs sur prélèvement salivaire. Sur ces 13 cas, 9 avaient aussi effectué des auto-prélèvements nasopharyngés en même temps, dont 7 étaient revenus négatifs. Un phénomène similaire a eu lieu pour les patients hospitalisés : 3 échantillons nasopharyngés testés négatifs avaient été suivis de résultats positifs sur échantillon salivaire, alors que le phénomène inverse n’eut lieu qu’une fois. 

Cependant, les auteurs associent davantage ces variations aux défauts de sensibilité des tests nasopharyngés, eux-mêmes souvent dus à des prélèvements erratiques, qu’à une plus grande sensibilité des tests salivaires dans l’absolu. Ce même constat est dressé par les auteurs d’une autre étude publiée dans Annals of Internal Medicine, qui déplorent l’absence d’une véritable référence fiable.

À la différence de l’étude du NEMJ, et de la plupart d’autres études évaluant les tests salivaires, qui se sont intéressées principalement aux cas symptomatiques voire hospitalisés, celle publiée dans Annals of Internal Medicine se concentre sur les cas asymptomatiques ou pauci-symptomatiques, pour mimer une stratégie de dépistage massif. Les auteurs soulignent ainsi que si ces études-là ont suggéré une plus grande sensibilité des tests salivaires, la leur donne des résultats plus mitigés. Sur les 1 939 participants, l’ARN viral a été détecté sur 70 cas, 80 % sur les échantillons nasopharyngés ou oropharyngés et 68,6 % sur les échantillons salivaires, avec des résultats discordants pour 22 patients (31,4 %) testés positifs uniquement sur prélèvement nasopharyngé/oropharyngé contre 14 (20 %) testés positifs seulement sur échantillon salivaire.

Cependant, si cette dernière étude suggère que les prélèvements naso- ou oropharyngés semblent détecter davantage de cas positifs que les tests salivaires chez les sujets asymptomatiques, ses auteurs concluent que les bénéfices des derniers en termes pratiques compensent ces différences et justifient leur utilisation. En effet, comme le soulignent également les auteurs de l’étude publiée dans le NEJM, cette technique, plus simple, a l’avantage de réduire le besoin en ressources humaines et matérielles, diminuant les interactions entre patients et soignants – donc le risque de contaminations nosocomiales – et, de façon générale, fluidifiant le dépistage. Sans compter que cette méthode est susceptible d’être plus facilement acceptée par certains patients – par exemple, les enfants…

Pour en savoir plus

Wyllie AL, Fournier J, Casanovas-Massana A, et al. Saliva or Nasopharyngeal Swab Specimens for Detection of SARS-CoV-2. New England Journal of Medicine, 28 août 2020.

Caulley L, Corsten M, Eapen L, et al. Salivary Detection of COVID-19. Annals of Internal Medicine, 28 août 2020.

Laura Martin Agudelo, La Revue du Praticien

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