Les chiffres récemment publiés par Santé publique France résonnent comme un signal d’alarme : 174 824 hospitalisations et 20 148 décès liés aux chutes en 2024 chez les personnes de 65 ans et plus. Ces données, en hausse de 20,5  % pour les hospitalisations et de 18 % pour la mortalité depuis 2019, dépassent largement les projections établies avant la pandémie.1 Le Plan national antichute, lancé en 2022 avec l’ambition de réduire ces accidents de 20  %, peine à inverser la tendance.2

Les chutes constituent aujourd’hui la première cause de décès accidentel après l’âge de 65 ans et le principal motif d’hospitalisation pour traumatisme, engendrant un coût annuel de 2 milliards d’euros.3,4 Les disparités régionales, avec des taux particulièrement élevés en Normandie, Bretagne, Grand Est et Auvergne-Rhône-Alpes, sont le reflet des inégalités d’accès à la prévention et aux soins.1 Ces inégalités montrent l’urgente nécessité d’une réponse nationale coordonnée, capable de s’adapter aux spécificités locales.

Les facteurs de risque sont bien connus : inactivité physique, iatrogénie, dénutrition, troubles de l’équilibre, logements mal adaptés, peur de tomber – qui augmente le risque de chute en limitant la mobilité.

Dès 2021, la Cour des comptes alertait sur le manque de valorisation des actions préventives.3 Le Plan national antichute a, certes, introduit des mesures prometteuses : guichet unique «  MaPrimeAdapt’  » pour financer l’aménagement des logements, renforcement des maisons sport-santé promouvant l’activité physique.2 Mais ces initiatives rencontrent des obstacles majeurs : pénurie de professionnels du secteur médico-social, habitudes ancrées des patients âgés et, surtout, manque de coordination entre les différents acteurs de terrain.

Parmi les leviers identifiés, l’activité physique adaptée (APA) est l’une des solutions les plus efficaces pour réduire le risque de chute. Des programmes comme Icope,4 développé par l’OMS, ou les ateliers « Manger Bouger »5 démontrent que des interventions ciblées peuvent faire la différence. Pourtant, en 2024, seuls 20 % des 50 - 79 ans déclaraient pratiquer une activité physique régulière, chiffre reflétant l’ampleur du défi.1

La prévention des chutes doit s’inscrire dans une démarche globale, associant ARS, collectivités locales, associations et familles. Le vieillissement accéléré de la population, avec une proportion croissante de personnes de plus de 75 ans d’ici à 2040,6 rend cette mobilisation encore plus pressante. Sans action forte, cette tendance démographique se traduira par une explosion des cas. Des solutions existent pourtant : systématiser le dépistage des facteurs de risque en cabinet, former les aidants à l’adaptation du logement, développer les programmes d’APA, mais aussi sensibiliser les patients aux bénéfices concrets de la prévention.

En 2026, les chutes des personnes âgées ne doivent pas être une fatalité. Les médecins généralistes ont un rôle clé à jouer dans cette bataille : prévenir et orienter. Leur action, cependant, ne portera ses fruits que si elle s’inscrit dans une dynamique-collective, impliquant tous les acteurs concernés de façon coordonnée. 

Références
1. https://bit.ly/4uRJKUv
2. https://bit.ly/4rX97S7
3. https://bit.ly/4bAOt5u
4. Site du programme Icope : https://www.icope.fr/
5. https://www.mangerbouger.fr/
6. Algava E, Blanpain N. 68,1 millions d’habitants en 2070 : une population un peu plus nombreuse qu’en 2021, mais plus âgée. Insee Première n° 1881. Novembre 2021.