En France, la population âgée de 90 ans et plus comptait 800 000 personnes en 2018, dont 586 000 femmes, et elle devrait atteindre près de 3,3 millions d’individus (dont environ 2 millions de femmes) en 2070. Ainsi, le nombre de personnes dans cette tranche d’âge a quadruplé en l’espace d’un demi-siècle. L’allongement de la durée de vie en bonne santé n’a pas été proportionnel à l’augmentation de la durée de vie globale. Depuis 2008, l’espérance de vie sans incapacité a toutefois connu une augmentation significative. En 2022, en France, l’espérance de vie sans incapacité à 65 ans est estimée à deux ans et six mois pour les femmes et à un an et quatre mois pour les hommes. Une étude approfondie de la littérature scientifique révèle que l’âge avancé constitue le facteur de risque prédominant pour diverses pathologies, notamment les cancers et les maladies cardiovasculaires et neurodégénératives. La sénescence et la maladie sont des processus biologiques étroitement interconnectés, même s’ils restent souvent obscurs. Leurs manifestations communes sont attribuées à des modifications cellulaires et génétiques en réponse à des stress d’origine exogène ou endogène.La fragilité est conceptualisée comme une dégradation systémique des réserves fonctionnelles, qui restreint les capacités de l’organisme en réponse à un stress, même mineur. La surveillance épidémiologique de la fragilité permet d’anticiper le poids futur de la dépendance et de quantifier les besoins en matière de soins. La prévalence de la fragilité chez les personnes âgées de 90 ans et plus est associée à une augmentation de la vulnérabilité aux effets indésirables des médicaments. Les comorbidités sont fréquentes, entraînant une polymédication. L’augmentation du nombre de médicaments prescrits est corrélée à une hausse du risque d’effets indésirables, d’interactions médicamenteuses, de prescriptions inappropriées, de diminution de l’observance et de l’adhésion au traitement, d’erreurs médicamenteuses pouvant conduire à un surdosage ou un sous-dosage, et d’une baisse de la qualité de vie, notamment chez cette population présentant des déficits cognitifs, visuels ou fonctionnels. En 2019, 91 % des personnes âgées de 75 ans et plus présentaient au moins une pathologie (par ordre de fréquence : maladies cardio-neurovasculaires [38 %], diabète [19 %], cancers [19 %], maladies neurologiques – hors maladies neurovasculaires ou dégénératives – [13 %], maladies respiratoires [12 %] et maladies psychiatriques [7 %]) ou un traitement au long cours.En 2019, le nombre de personnes identifiées comme atteintes de la maladie d’Alzheimer s’est élevé à 760 000. Parmi ces individus, 675 000 étaient âgés de 75 ans et plus, représentant ainsi 10,7 % de la population de cette tranche d’âge. Les taux de démence augmentent significativement avec l’âge ; ils passent de 25 à 30 % chez les personnes âgées de 90 ans à 50 % à la fin de la décennie et atteignent 60 % chez les centenaires.Actuellement, 53 % des personnes âgées de 90 ans et plus sont en situation de dépendance. En 2030, cette proportion atteindrait 45 %. Cet ensemble représente un défi pour le système de soins. Il est impératif d’accroître la coordination entre les différents intervenants, dans une logique de parcours de santé proche du lieu de vie. Il convient également d’investir dans la prévention et de développer la téléconsultation, tout en prenant en compte le manque de moyens dont souffre la gériatrie. Il s’avère nécessaire de mettre en œuvre une réorganisation du système de santé et d’action sociale, de développer une capacité de réaction accrue face aux phénomènes climatiques extrêmes (vagues de chaleur, canicule) et aux épidémies, et de favoriser une approche interdisciplinaire. La géroscience, qui inclut l’étude de médicaments sénolytiques, connaît un essor significatif, avec des recherches menées sur les cohortes de personnes âgées de plus de 90 ans.

Joël Ankri, professeur émérite, université de Versailles-Saint-Quentin-Paris-Saclay, Montigny-le-Bretonneux, France

23 septembre 2025