La santé mentale a été reconduite « Grande Cause nationale » en 2026, avec une priorité affichée : « Faire de la santé mentale une réalité tangible dans la vie quotidienne de chacun, en appuyant davantage les initiatives locales, en faisant mieux circuler les repères et les ressources pour trouver de l’aide, et en intégrant pleinement la santé mentale dans l’ensemble des politiques publiques, de l’éducation à l’aménagement urbain en passant par le travail et les services publics »1.
La 25e édition des Journées nationales de médecine générale (JNMG) s’ouvrira justement avec une session plénière sur la santé mentale des adolescents, animée par le Pr Olivier Bonnot, le Pr Antoine Pelissolo et le docteur en psychologie Ralph Balez.
L’adolescence est une période de maturation cérébrale, comme le rappelle le Dr Jean-Christophe Seznec dans une tribune en page 318 de ce numéro : les jeunes régulent moins bien leurs émotions et sont davantage sujets aux prises de risque.
Au-delà, il semblerait que la génération actuelle soit particulièrement en souffrance. D’après le Panorama de la santé, paru en 20262, en2022, plus de la moitié des adolescents de 15 ans des pays de l’OCDE souffrait de problèmes de santé multiples (dont nervosité, irritabilité, difficultés à s’endormir ou déprime), avec une progression notable depuis 2014 (ils étaient alors moins de 40 %), les filles étant plus concernées que les garçons (68 % vs 36 %). Ces mêmes adolescents déclaraient un score moyen de bien-être mental OMS* de 54 (47 pour les filles et 61 pour les garçons).
Les chiffres sont sensiblement les mêmes dans l’enquête menée en 2022 par l’École des hautes études en santé publique et l’Observatoire français des drogues et des tendances addictives, en partenariat avec l’Éducation nationale, auprès de 9 337 élèves français du secondaire3 : seuls 59 % des collégiens et 51 % des lycéens déclarent avoir un bon niveau de bien-être mental* ; plus de la moitié (51 % des collégiens et 58 % des lycéens) ont des plaintes psychologiques ou somatiques récurrentes ; 14 % des collégiens et 15 % des lycéens sont à risque important de dépression ; 24 % des lycéens affirment avoir eu des pensées suicidaires au cours des douze derniers mois (31 % de filles vs 17 % de garçons).
Le rapport de l’OCDE2 souligne que « des relations familiales stables et des environnements sociaux favorables contribuent à une bonne santé mentale […] chez les jeunes. Améliorer l’accès à des services de santé mentale fondés sur les données d’observation est un autre moyen de favoriser la santé mentale des jeunes ».
Quelques initiatives, non suffisantes et non nécessairement issues des concertations liées à la Grande Cause nationale, ont en ce sens le mérite d’exister :
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soutenu par Santé publique France et destiné aux jeunes de 12 à 25 ans, le Fil Santé Jeunes propose une ligne d’écoute (0 800 235 236) ainsi qu’un site internet ;
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le 3114, numéro national de prévention du suicide, est accessible 24 h/24 et 7 j/7 ;
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le dispositif « Mon soutien psy » propose jusqu’à douze séances chez un psychologue partenaire (50 € la séance, remboursée à 60 % par l’Assurance maladie) pour toute personne, dès l’âge de 3 ans, se sentant angoissée, déprimée ou éprouvant un mal-être.
Cela ne peut évidemment pas suffire ! Il s’agit de réorganiser tout le système de santé mentale, actuellement saturé, voire dépassé, en particulier pour les jeunes, sans se voiler la face. Au risque, sinon, de sacrifier toute une génération…
2. OCDE. Panorama de la santé 2025. https://urls.fr/DLkWBG
3. Santé publique France. Santé mentale et bien-être des adolescents : publication d’une enquête menée auprès de collégiens et lycéens en France hexagonale. 9 avril 2024. https://urls.fr/lpBojF