La France connaît une baisse de la natalité dont les causes sont multifactorielles, incluant la place de la femme dans la société, le contexte socioéconomique et la solastalgie. La santé reproductive est une question majeure de santé publique  : un couple sur quatre fait face à une infertilité générant des explorations et traitements lourds, une souffrance psychique et un coût notable pour le système de soins. L’homme est impliqué dans 59  % des infécondités. Plusieurs études ont montré une altération des paramètres du sperme au cours du temps, variable selon les régions, et une augmentation des pathologies du tractus génital.

Dans les années 1990, à la suite de travaux sur la baisse du nombre de spermatozoïdes et la mise en cause de l’environnement, le Pr Georges David, à l’origine des centres d’étude et de conservation des œufs et du sperme humain (CECOS),1 a proposé une hypothèse originale  : le spermatozoïde pourrait être un indicateur de santé publique. Au niveau individuel, tout andrologue sait que la mise en évidence d’anomalies du sperme ou du tractus génital peut révéler une pathologie générale. Au niveau populationnel, ces dernières années, le croisement des bases de données de santé reproductive et de données générales de santé montre que le fait d’avoir une infécondité masculine, un sperme altéré, constitue une situation à risque pour la santé globale.2 Par exemple, une étude sur 78 284 hommes met en évidence un risque accru de mortalité quand les caractéristiques du sperme sont altérées.3 L’espérance de vie est réduite de 2,3 et 2,7 ans en cas d’azoo­spermie ou oligospermie sévère après ajustement sur le niveau d’éducation et socioéconomique, l’existence d’éventuelles pathologies dans les dix ans précédant l’examen et d’autres facteurs de confusion. D’autres études mon-trent un risque de mortalité augmenté chez les hommes effectuant une assistance médicale à la procréation pour indication masculine ou ayant des altérations du sperme (risque multiplié par 1,5 à 3,3). Enfin, le risque d’être hospitalisé (multiplié par 1,5) et de l’être plus précocement (sept ans avant) est augmenté en cas d’altération du sperme.4 Enfin, un excès de risque de cancer du testicule et probablement d’autres cancers a été associé aux caractéristiques du sperme.

Ces études confortent l’hypothèse du Pr David  : le sperme, le spermatozoïde apparaissent comme un indicateur de la santé de l’homme. De nombreux travaux sont nécessaires afin d’explorer les liens causaux, mais plusieurs pistes sont évoquées. L’hypogonadisme (risque multiplié par 12 chez l’oligosperme) peut être responsable de morbidité, mais une étude a montré que ce risque était également présent pour l’oligosperme normogonadique. Le contexte génétique, l’environnement, le mode de vie et le stress oxydatif pourraient être des facteurs contribuants.

Quels que soient les mécanismes en jeu, en pratique, les implications sont importantes. Les hommes infertiles sont en général jeunes. L’identification d’altérations du sperme doit non seulement conduire à une exploration clinique systématique – encore trop rare en France – mais elle doit également être un signal d’alerte sur la santé future. Le rôle des médecins est majeur pour intégrer la fertilité masculine dans une approche globale de la santé de l’homme, en articulant dépistage, prise en charge des facteurs de risque et promotion de comportements favorables à la santé, pour une sensibilisation de l’homme à une démarche préventive.

Références
1. Bujan L. Histoire des CECOS : une œuvre collective. Rev Prat 2018;68(2):225-9.
2. Bujan L. Le sperme est-il un indicateur de la santé globale de l’homme ? Bull Acad Natl Med 2026;210(2):164-73.
3. Priskorn L, Lindahl-Jacobsen R, Jensen TK, et al. Semen quality and lifespan: A study of 78 284 men followed for up to 50 years. Hum Reprod 2025;40(4):730-8.
4. Latif T, Lindahl-Jacobsen R, Mehlsen J, et al. Semen quality associated with subsequent hospitalizations. Can the effect be explained by socio-economic status and lifestyle factors? Andrology 2018;6(3):428-35.