Chères lectrices, chers lecteurs, après quatre ans de partage mensuel sur « la vraie vie du médecin généraliste », je fais le choix d’arrêter cette rubrique pour ne lasser ni les abonnés ni moi.

Un immense merci à La Revue du Praticien-Médecine Générale de m’avoir offert cet espace de liberté totale sur la réalité et les travers de notre quotidien. Cela a été un exercice toujours agréable, parfois cathartique, et qui m’a permis de mettre des mots sur les bons et les mauvais côtés de notre travail.

Kristell Guével-Delarue, merci de m’avoir proposé ce projet en toute simplicité et en grande confiance ! Christelle Angély, merci pour vos retours toujours fluides et encourageants. J’ai toujours eu l’impression que je pouvais écrire absolument TOUT ce que je voulais, que c’est précieux !

Pour ce dernier texte, j’ai eu envie de réunir les idées que j’avais mises de côté sans les avoir jamais vraiment développées.

D’abord, mon top 3 des petits plaisirs inavouables du quotidien !

En premier, écouter discrètement les conversations en salle d’attente : c’est assez rare, mais parfois les patients commencent à discuter entre eux et j’aimerais les rejoindre avec un café !

En n° 2, une petite manie devenue quasi inconsciente : je détaille les porte-cartes, petites pochettes ou petits sacs d’où surgit la carte Vitale, parfois avec plusieurs pochettes rangées les unes dans les autres telles des poupées russes.

Et le dernier mais le moins avouable de tous : trouver tous plus mignons les uns que les autres les doudous des nourrissons qui viennent en consultation, surtout s’ils sont usés jusqu’à la corde !

Ensuite, un sujet éminemment moins drôle et qui aurait mérité un texte à part entière, mais je ne voulais pas plomber ni votre moral ni surtout le mien : les erreurs diagnostiques.

La médecine est tout sauf une science exacte, et nous sommes tous des êtres 100 % humains. Vous mélangez donc les ingrédients suivants : un patient qui oriente ses plaintes en fonction de son idée préconçue, la fatigue d’un soir ou d’un dernier jour avant les vacances, un examen clinique peut-être un peu bâclé, une volonté de ne pas trop prescrire d’examens complémentaires… Il en sortira forcément du four une erreur médicale de temps en temps… Au mieux un petit retard de diagnostic, redressé par un collègue spécialiste ou par un nouveau symptôme, au pire une erreur de jugement avec parfois une perte de chance pour le patient… Il est appréciable, dans ces mauvaises expériences, de pouvoir en discuter avec des collègues, de mettre en perspective et surtout de garder l’humilité nécessaire à un métier si difficile parfois.

Enfin, il y aurait long à écrire sur la formation continue. Évidemment nécessaire pour un exercice aussi changeant et évolutif, elle est néanmoins difficile à mettre en œuvre régulièrement car cela nécessite de dégager du temps dont nous manquons perpétuellement, alors que c’est pourtant indispensable pour rester à jour et prendre du recul sur sa pratique.

Il n’est pas toujours facile de trouver son compte entre les formations en ligne étiquetées DPC (développement professionnel continu), souvent très décevantes, voire nulles ; les DU (diplômes universitaires) à l’excellent contenu mais coûtant un bras et non reconnus comme DPC (allez comprendre...) ; les topos via les amicales de médecins, CPTS, labos qui sont parfois très tendancieux côté conflits d’intérêts… ; les congrès, qui sont adaptés mais lors desquels nous sommes généralement attirés par les sujets que nous maîtrisons déjà.

En conclusion, je voudrais vous souhaiter à tous un exercice épanoui et serein. Ménagez-vous des temps en dehors du cabinet médical, partagez vos consultations les plus difficiles, sachez ne pas être toujours joignable et surtout prenez des vacances (en vous faisant remplacer, bien sûr) ! Avec l’arrivée de l’intelligence artificielle, l’exigence toujours grandissante des patients dans un monde où tout est accessible tout de suite, la tolérance de plus en plus faible pour l’aléa thérapeutique, il faut plus que jamais prendre soin de nous ! 

La rédaction remercie très sincèrement la merveilleuse Docteure Hélène André pour ces quatre années de partage et est très heureuse d’annoncer que le relais sera pris, dès septembre 2026, par la non moins formidable Docteure Alice Bergerac !