Les défis actuels de l’oncogériatrie en France sont multiples et reflètent à la fois l’évolution démographique et les spécificités de la prise en charge des patients âgés atteints de cancer. 

Le premier défi est démographique, lié à l’augmentation de l’incidence des cancers chez les personnes âgées. En France, plus de 33  % des cancers surviennent chez les personnes de plus de 75 ans, avec une incidence en nette progression  : 143 169 nouveaux cas en 2023 contre 118 990 en 2018. Cette évolution représente un défi majeur en matière de volume de patients à prendre en charge et d’adaptation des ressources humaines, tant en oncologie qu’en gériatrie.

Un autre enjeu majeur concerne l’accès équitable aux soins sur l’ensemble du territoire. Le modèle français a été structuré à partir du premier Plan cancer, sous l’impulsion de la direction générale de l’offre de soins (DGOS) et de l’Institut national du cancer (INCa), puis renforcé par les Plans cancer successifs. Dans ce cadre, des unités de coordination en oncogériatrie (UCOG) ont été progressivement développées (on en compte 24 actuellement), complétées par 4 antennes régionales. Selon le référentiel de l’INCa, les UCOG facilitent la coordination des soins pour les personnes âgées atteintes de cancer, en particulier les plus fragiles. Elles soutiennent les établissements et les professionnels dans l’organisation de l’offre de soins, promeuvent l’accès à l’expertise gériatrique, à l’innovation et à la recherche, et participent à la formation des professionnels et à l’information de la société. Malgré ces efforts, des inégalités territoriales persistent, notamment dans les zones non couvertes par une UCOG ou une antenne.

La prise en charge globale et personnalisée du patient âgé constitue aussi un enjeu fondamental. L’évaluation gériatrique occupe une place centrale. Elle est indiquée lorsque les outils de dépistage validés de la fragilité mettent en évidence un score anormal. Cette évaluation permet d’identifier les situations de vulnérabilité, d’anticiper les risques de toxicité, de repérer les besoins d’accompagnement et de guider une adaptation thérapeutique raisonnée. Une coordination renforcée entre les différents intervenants est indispensable.

La relation médecin-patient évolue également. Les priorités des patients âgés diffèrent de celles des patients plus jeunes, avec une importance accordée non seulement à l’efficacité du traitement mais aussi au maintien à domicile et à la préservation de l’autonomie, avant une attente d’augmentation de l'espérance de vie. La décision thérapeutique doit donc être partagée, régulièrement réévaluée et alignée sur les priorités du patient.Actuellement, la télémédecine et l’intelligence artificielle transforment la prise en charge en oncogériatrie. La télémédecine améliore l’accès aux soins, notamment dans les zones sous-dotées, facilite le suivi à distance et renforce la coordination pluridisciplinaire. L’intelligence artificielle contribue au diagnostic, à la personnalisation des traitements et à la prédiction des complications, tout en automatisant certaines tâches. Leur déploiement nécessite cependant une vigilance sur la qualité des données, la protection de la vie privée, la formation des équipes et leur accès facile au risque sinon de creuser les inégalités.

Enfin, le renforcement de la recherche en oncogériatrie est essentiel. Les patients de plus de 75 ans représentent plus de 30  % des nouveaux cas de cancer mais moins de 7  % des inclusions dans les essais cliniques, entraînant un déficit de connaissances et de preuves sur l’efficacité et le maniement des traitements anticancéreux dans cette population hétérogène, donc un risque de prise en charge suboptimale. Le développement d’essais dédiés ou l’intégration d’une composante gériatrique dans les protocoles de recherche est indispensable.

L’oncogériatrie en France a été pionnière mais doit continuer à relever le défi d’une prise en charge globale, équitable et innovante tout en s’adaptant à l’augmentation constante du nombre de patients âgés atteints de cancer.