Il est difficile de dresser un portrait unique de l’état de santé des « migrants/immigrés », tant les migrants peuvent avoir des profils différents, des origines diverses, une ancienneté d’arrivée différente, dans un contexte où l’état de santé est souvent très dépendant de la situation sociale des personnes et de leur intégration. Cela étant, il est quand même possible d’établir un certain nombre de constats sur la base d’études épidémio-cliniques qui restent trop peu nombreuses. Cette photographie doit donc être interprétée avec prudence et nécessitera d’être régulièrement actualisée au fil de l’avancée des connaissances et des évolutions des migrations.
De meilleur, l’état de santé des immigrés est devenu en 30 ans plus mauvais que celui des Français.1 L’effet de sélection à la migration, selon lequel les populations récemment immigrées sont souvent en meilleure santé, est contrebalancé dans le temps par les effets délétères sur la santé de la perte du réseau social, de situations sociales et professionnelles généralement défavorisées dans le pays d’accueil, des difficultés de l’accès aux soins et par l’adoption d’habitudes de vie moins favorables à la santé, mais aussi de l’évolution du profil des migrants (féminisation, avec le regroupement familial, demandes d’asile, etc.) [v. p. 550].2

État de santé des migrants primo-arrivants en situation de précarité

Ces effets délétères sont exacerbés parmi les migrants sans domicile fixe et rencontrant des difficultés à accéder à l’hébergement social ou d’urgence, en particulier quand ces derniers dorment dans la rue ou dans des camps de fortune où l’on voit réapparaître les maladies de la précarité : épidémies de gale, dermatoses diverses, viroses respi­ratoires, dont la grippe ; épidémies de rougeole et de varicelle chez des migrants insuffisamment immunisés comme on les a observées dans le camp de Calais (la varicelle étant une maladie moins fréquente et circulant moins en zone tropicale).3 Le nombre croissant d’exilés ayant vécu des violences dans leur pays d’origine, sur leur parcours migratoire et parfois également en France, explique aussi la prévalence élevée des troubles psychologiques et psychiatriques observés dans ces populations, comme cela sera abordé de manière détaillée dans la seconde partie de ce dossier (à paraître). Parmi les consultants des permanences d’accès aux soins de santé (PASS), structures créées par la loi de 1998 de lutte contre l’exclusion pour les personnes en situation de précarité très largement fréquentées par des personnes d’origine étrangère en situation de précarité, les premiers motifs de consultation sont les troubles digestifs (13 %), les pathologies infectieuses (13 %, souvent virales aiguës), les troubles musculosquelettiques (12 %) et la souffrance psychique (7 %).4 Dans près de la moitié des cas, les motifs de consultation sont multiples. Le fait d’avoir été exposé à des événements traumatisants est rapporté par un tiers des consultants. L’insécurité alimentaire est également une problématique de santé publique importante chez ces migrants en situation de précarité. Elle concerne jusqu’à trois quarts des consultants des centres d’accueil de soins et d’orientation (CASO) de Médecins du Monde. Les carences nutritionnelles ne sont ainsi pas rares dans ce contexte, en lien avec le parcours mais aussi les privations en France. L’enquête ANRS-Parcours a révélé que ces périodes de grande précarité entraînaient des situations de vulnérabilité sexuelle, avec une plus grande fréquence des rapports occasionnels, des rapports forcés et de la prostitution sur le territoire français. Plus inquiétant encore, outre l’impact psychologique de cette sexualité subie, cette même enquête a révélé que ces situations exposaient à un risque accru d'infection par le virus de l’immunodéficience humaine (VIH) et qu’entre un tiers et la moitié des immigrés d’Afrique subsaharienne vivant avec le VIH en France avaient contracté leur infection sur le territoire français et non dans leur pays d’origine comme on le pensait avant.5 La santé des migrants c’est aussi leur survie, et nous n’oublions pas ici tous ceux qui ont perdu la vie sur le chemin de leur...

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