La même initiative publique qui guide les programmes de dépistage des cancers se doit d’en assurer par la suite l’organisation et l’assurance qualité-sécurité mais également de tenir compte des innovations afin de mettre à disposition un programme sans cesse optimisé. De fait, on recherche en permanence un équilibre entre, d’une part, la facilitation de l’intégration de ces innovations dans un programme et, d’autre part, l’exigence de satisfaction des prérequis en termes de qualité et de sécurité de la procédure de dépistage.
Bien que des évolutions à très long terme soient d’ores et déjà envisageables, notamment en termes de personnalisation des procédures, cet article se bornera à évoquer les évolutions en cours ou à moyen terme du dispositif. Les enjeux ne sont pas comparables pour les différents programmes : il s’agit pour le dépistage des cancers du sein d’une rénovation du programme et de l’intégration d’innovations technologiques, pour le dépistage du cancer colorectal de répondre à l’enjeu d’un programme efficace mais pour lequel la participation est insuffisante, et pour le dépistage du cancer du col de l’utérus de la généralisation d’un programme se fondant sur une pratique de dépistage déjà répandue.

Cancer du sein : un programme de dépistage en pleine rénovation

Le programme de dépistage des cancers du sein a été déployé en 20041 et repose sur l’invitation systématique, tous les deux ans, de l’ensemble des femmes de 50 à 74 ans, sans facteur de risque autre que leur âge, à bénéficier d’un examen clinique des seins ainsi que d’une mammographie par un radiologue agréé. Il a connu bon nombre d’évolutions, parmi lesquelles l’intégration de la mammo­graphie numérique.
Si certaines des évolutions à venir sont également d’ordre technologique et concernent en particulier la tomosynthèse (mammographie « 3D ») et la dématérialisation des clichés, d’autres sont menées dans le cadre d’un plan de rénovation ambitieux de ce programme adopté par les pouvoirs publics à la suite des conclusions d’une concertation nationale citoyenne et scientifique menée en 2016.2, 3 L’enjeu à relever est de « proposer à toutes les femmes, quels que soient leur âge et leur niveau de risque, un suivi personnalisé, mieux coordonné et impliquant davantage le médecin traitant ». Ce plan a été structuré par tranche d’âge avec :
  • 10 mesures pour les femmes de 50 à 74 ans, cible initiale du dépistage organisé, afin d’offrir aux femmes et aux professionnels une information et une formation optimisées et de faciliter l’accès au dépistage tout en en renforçant la qualité ;
  • la mise en place pour les femmes de 25 ans d’une consultation dédiée à la prévention et au dépistage et prise en charge à 100 % par l’assurance maladie ;
  • enfin pour les femmes de plus de 74 ans une possibilité de suivi personnalisé (en l’état, le dépistage organisé cesse de leur être proposé à cet âge).
Depuis, de nombreux travaux ont été engagés. Les premiers ont porté sur une modernisation de l’information délivrée aux femmes : neutre et objective, utile et essentielle à la compréhension des enjeux, facilement appropriable de sorte que chacune puisse exercer son libre arbitre. L’Institut national du cancer (INCa) a ainsi élaboré un livret « S’informer et décider »,4 adressé aux femmes de 50 ans entrant dans le programme de dépistage, a développé un outil web cancersdusein.e-cancer.frqui fournit des informations adaptées en fonction de l’âge5 et a porté, pour les campagnes grand public, un nouveau territoire de communication « Savoir, c’est pouvoir agir », pour permettre à chaque femme d’exercer sa liberté d’information. En complément, deux projets ont été soutenus par l’INCa visant au développement et à l’évaluation d’outils d’aide à la décision ; début 2019, en complément de l’aide à la pratique déjà existante, un outil d’information sera par ailleurs mis à la disposition des professionnels.
Le ministère de la Santé a également saisi mi-2018 la Haute Autorité de santé (HAS) et l’INCa pour définir le cadre de la consultation de prévention à 25 ans. L’objectif principal est de pouvoir proposer, suffisamment tôt et avec une fréquence adaptée, une approche de dépistage ou de suivi pour les femmes ayant des antécédents familiaux et...

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