L’hypertension artérielle est un facteur de risque cardiovasculaire majeur.1 En dépit des multiples recommandations, du nombre de classes d’antihypertenseurs et de principes actifs autorisés et remboursés, elle est insuffisamment contrôlée dans la population mondiale2 et en France en particulier.3 Une partie des patients non contrôlés ont une hypertension artérielle résistante.

Définition : des critères précis

L’hypertension artérielle résistante est définie par la persistance d’une pression artérielle mesurée en consultation supérieure à l’objectif recommandé (140 et/ou 90 mmHg en position assise), malgré l’association de règles hygiéno-diététiques et d’une trithérapie antihypertensive comportant un diurétique à doses maximales tolérées.4-6 La trithérapie devrait comporter une combinaison d’un bloqueur du système rénine-angiotensine, d’un antagoniste des canaux calciques et d’un diurétique thiazidique ou apparenté selon les recommandations européennes4 et françaises.6 La durée minimale d’utilisation de la trithérapie n’est généralement pas précisée. La recommandation française suggère de n’évoquer une résistance au traitement qu’après quatre semaines de trithérapie optimisée.6
Chaque médicament de la trithérapie doit être prescrit à la dose optimale recommandée ou tolérée. Cette dose peut différer d’un pays à l’autre. Dans une large étude nord-américaine, seuls 50 % des patients hypertendus considérés comme résistants recevaient trois antihypertenseurs dont un diurétique, chacun à plus de 50 % de la dose maximale recommandée.7
La modalité de mesure de la pression artérielle confirmant le caractère résistant de l’hypertension reste, dans toutes les définitions de l’hypertension artérielle résistante, la mesure clinique, alors même que la fréquence de l’hypertension isolée de consultation (« blouse blanche ») est d’environ 30 %.8 Les recommandations de prise en charge de l’hypertension artérielle résistante préconisent de réaliser systématiquement une mesure ambulatoire de pression artérielle (MAPA) ou une auto-mesure tensionnelle pour s’assurer de la permanence de l’hypertension résistante.4-6

Données épidémiologiques

La prévalence de l’hypertension artérielle résistante est variable selon qu’on la rapporte à l’ensemble de la population des hypertendus ou seulement à celle des hypertendus traités,9 et selon qu’il s’agit de séries en population générale ou de cas de services spécialisés. Elle est ainsi de 20 % des hypertendus consultants à l’Hôpital européen Georges-Pompidou, à Paris.10 Les données de la cohorte National Health and Nutrition Examination (NHANES) aux États-Unis montrent que 8,9 % des patients ont une hypertension artérielle résistante en population générale.11 Si on considère la prévalence de l’hypertension artérielle non contrôlée dans les grands essais thérapeutiques, dans l’étude ALLHAT par exemple, 8 % des patients recevaient au moins quatre antihypertenseurs à la fin du suivi.12 Parmi 68 045 patients hypertendus suivis dans un registre en Espagne, une résistance tensionnelle à une trithérapie est notée dans 12 % des cas en mesure clinique (PA ≥ 140 et/ou 90 mmHg). Il est intéressant de noter que, dans cette même étude, la MAPA élimine la résistance au traitement chez environ le tiers de ces patients.8 Enfin, la prévalence de l’hypertension artérielle résistante atteint 50 % chez les patients ayant une insuffisance rénale, en particulier protéinurique. L’incidence de survenue d’une hypertension résistante est moins bien évaluée. Dans une étude rétrospective de cohorte d’Amérique du Nord incluant 205 750 patients nouvellement diagnostiqués comme hypertendus, son incidence de survenue était de 1,9 % sur une période de suivi de 3,8 ans en moyenne.13

Un pronostic défavorable

Le pronostic cardiovasculaire des patients ayant une hypertension artérielle résistante est défavorable. Les hypertendus résistants ont environ 50 % de plus de risque d’accident cardiovasculaire que les hypertendus contrôlés.13 Ce mauvais pronostic est lié au niveau tensionnel mais également aux caractéristiques cliniques associées : l’hypertension artérielle résistante augmente en fréquence avec l’âge, l’origine afro-américaine, l’obésité, l’insuffisance rénale chronique, la coexistence d’autres facteurs de risque cardiovasculaire et de l’atteinte des organes...

La suite est réservée aux abonnés. Déjà abonné ?

Une discipline exigeante nécessite une information exigeante

ABONNEZ-VOUS À PARTIR DE 1€ PAR JOUR

Une discipline exigeante nécessite une information exigeante

ABONNEZ-VOUS À PARTIR DE 1€ PAR JOUR