Si le saturnisme infantile, maladie à déclaration obligatoire, se raréfie, il n’a pourtant pas disparu : 765 nouveaux cas (plombémie ≥ 50 µg/L) ont été recensés en 2018 sur le territoire français (départements ultramarins inclus), 534 en 2019 et 417 en 2020.
Toujours pathologique, la présence de plomb dans l’organisme résulte systématiquement d’une contamination. Le plomb est absorbé par voie digestive, respiratoire ou sanguine (mère-fœtus) et se distribue dans les os (94 %) – où il s’accumule et peut rester stocké très longtemps (demi-vie supérieure à dix ans) –, ainsi que dans le sang et les tissus mous.
Les effets cliniques de cette intoxication sont variables, tardifs et se majorent avec la durée et l’importance de l’exposition. Les jeunes enfants, dont le système nerveux est en plein développement, sont particulièrement exposés par leur activité mains-bouche et du fait d’un coefficient d’absorption digestive élevé.
Les sources de contamination sont nombreuses : peintures de logements construits avant 1975, canalisations en plomb, activités de restauration de vitraux, de fonderie, de ferraillage, utilisation de vaisselle artisanale, de cosmétiques ou de remèdes traditionnels – même en application cutanée –, séjours réguliers ou provenance de zones géographiques à risque (Afrique, Inde, Pakistan, Chine, Moyen-Orient, Amérique du Sud, certains pays d’Europe de l’Est), tabagisme passif, exposition in utero (intoxication pendant la grossesse ou relargage du plomb osseux)…
Pour des plombémies entre 50 et 500 µg/L peuvent survenir une encéphalopathie subaiguë et un retard de maturation pubertaire ; entre 500 et 1 000 µg/L, une encéphalopathie sévère ainsi qu’une anémie sont possibles ; au-delà de 1 000 µg/L, il existe un risque de décès. Mais même un taux de plombémie inférieur à 50 µg/L (seuil diagnostique) peut impacter de façon irréversible le neuro-développement de l’enfant, induisant des troubles cognitifs et affectant les capacités d’apprentissage.
Les données de surveillance publiées fin 2025 (Odissé) mettent en évidence une diminution du nombre de cas, mais également du nombre de patients dépistés – ceci pouvant expliquer en partie cela. Par exemple, en Île-de-France, 0,35 % des enfants ont été dépistés en 2008 (19 % de plombémies entre 25 et 49 µg/L, et 57,5 % supérieures à 50 µg/L) ; en 2023, ils n’ont été que 0,09 % à être dépistés (21 % de plombémies entre 25 et 49 µg/L, et 9,25 % supérieures à 50 µg/L).
Il reste donc utile de rechercher des facteurs de risque et de proposer un dépistage lors des examens des 9e et 24e mois et des troisième et quatrième années. Il s’agit d’y penser également devant l’apparition récente de troubles neurologiques chez un enfant – en particulier des troubles cognitifs ou du comportement – ou une anémie résistant au traitement martial.
Lorsque la plombémie est supérieure ou égale à 50 µg/L, la déclaration auprès de l’ARS déclenche une enquête environnementale. La plombémie est contrôlée à trois mois, puis tous les trois à six mois si elle reste supérieure à 50 µg/L ou si les sources d’exposition au plomb persistent chez le mineur. Des troubles cognitifs, de l’attention et du développement staturo--pondéral sont recherchés et pris en charge.
Bien entendu, des conseils de prévention sont à délivrer concernant les facteurs d’exposition. Par exemple, en présence de canalisations en plomb, il est déconseillé d’utiliser l’eau du robinet pour les biberons et l’eau chaude pour la préparation des repas.
À une époque où l’on a vite fait d’accuser la surexposition aux écrans (et à raison, au vu de la fréquence de leur utilisation), ne négligeons pas le saturnisme comme cause possible de troubles neurodéveloppementaux chez l’enfant !
Santé publique France. Saturnisme de l’enfant. 4 novembre 2022. https://bit.ly/4bCtvDJ
Direction générale de la santé. Dépistage et prise en charge des expositions au plomb chez l’enfant mineur et la femme enceinte. Mars 2018. https://bit.ly/4t4TGco