Objectif
Connaître les spécificités des troubles nutritionnels du sujet âgé.

Généralités : caractéristiques nutritionnelles du sujet âgé

Effet du vieillissement sur le statut nutritionnel

Au cours du vieillissement, les apports énergétiques diminuent progressivement en lien avec une baisse des dépenses énergétiques (diminution de l’activité physique et diminution de la masse musculaire). Simultanément, la masse grasse augmente. Entre les âges de 20 ans et 70 ans, en moyenne, la masse musculaire diminue de 40 % tandis que l’indice de masse corporelle (IMC) augmente de 22 à 27 kg/m2 (fig. 1).
Le vieillissement physiologique a également un impact sur la régulation de l’appétit. En effet, les sensations de faim, de satiété et de rassasiement sont altérées, comme la soif. Il y a un risque d’obésité et de dénutrition. Le risque de dénutrition est particulièrement important en cas d’événement intercurrent et de baisse des apports alimentaires.

Une population hétérogène

La population des sujets âgé de plus de 70-75 ans est très hétérogène en termes de pathologies et de dépendance. On distingue schématiquement les personnes âgées robustes, fragiles et dépendantes, pour qui les objectifs nutritionnels seront à adapter.

Évaluation de la fragilité

Selon la Société française de gériatrie et gérontologie, « la fragilité est un syndrome clinique qui reflète une diminution des capacités physiologiques de réserve qui altère les mécanismes d’adaptation au stress. Elle peut être modulée par les comorbidités, des facteurs psychologiques, sociaux, économiques et comportementaux ».
On trouve, dans la littérature scientifique, de nombreuses définitions de la fragilité. On parle de fragilité nutritionnelle, cognitive, psychiatrique ou sociale. Pour ce qui concerne le statut nutritionnel, la définition de Fried fait consensus (tableau 1).
La fragilité est associée à une augmentation du risque de chute, de dépendance, d’entrée en institution, d’hospitalisation et de mortalité. Les sujets dit « robustes » sont en bonne santé et autonomes.
Les sujets dits « fragiles » ne présentent pas de perte d’autonomie. En revanche, le risque d’apparition d’une dépendance en cas d’événements intercurrents est supérieur chez les sujets fragiles comparativement aux sujets robustes (fig. 2).

La sarcopénie, un marqueur de l’état nutritionnel et fonctionnel

La sarcopénie (tableau 1) est l’association d’une perte de force et de masse musculaire.
Sa gravité est appréciée sur le retentissement sur les performances physiques. Elle peut avoir un retentissement direct sur les capacités fonctionnelles d’un individu et a fortiori sur son autonomie. Ainsi, en cas de sarcopénie sévère, on observera une diminution de la vitesse de marche, une diminution de préhension, de la capacité à monter et descendre des escaliers, à se lever d’un siège…
La sarcopénie est aggravée par la réduction des apports alimentaires, la sédentarité, l’alitement et l’hypercatabolisme. L’hypercatabolisme est retrouvé dans la plupart des pathologies chroniques, l’inflammation chronique et aiguë.
Un sujet obèse peut être sarcopénique. L’obésité sarcopénique comporte un risque de diminution des capacités fonctionnelles important. Le traitement repose sur l’activité physique et des apports alimentaires riches en protéines.

Objectif nutritionnel chez le sujet âgé – Généralités

Les objectifs sont en priorité les suivants.

Conserver un poids stable

La perte de poids entraîne une perte de masse musculaire susceptible de favoriser la perte d’autonomie.

Avoir des apports protéiques d’au moins 1 g/kg/j

Chez les sujets âgés robustes, il est recommandé de consommer 1 à 1,2 g de protéines/kg de poids corporel par jour pour limiter le risque de sarcopénie et de fragilité.

Maintenir une activité physique

Variable en fonction des capacités, elle associe exercices d’endurance, de résistance et d’équilibre, avec une cible de 30 min/j si possible.

Prendre une supplémentation en vitamine D

Les besoins en vitamine D sont augmentés chez le sujet âgé et sont rarement couverts par l’exposition au soleil et l’alimentation. La carence en vitamine D est très fréquente. La supplémentation systématique est recommandée, à une posologie de 800 à 1 000 UI/j, ou 50 000 UI tous les mois ou 100 000 UI tous les 2-3 mois, sans nécessité de dosage préalable. Cette supplémentation permet de prévenir les risques de chutes (action de la vitamine D sur le muscle) et de fractures.
Concernant le calcium, les produits laitiers et les eaux minérales à forte teneur en calcium sont recommandés. Les objectifs sont de 1 000 mg/j (3 à 4 laitages par jour).

Garder une alimentation variée

Elle est nécessaire pour conserver un apport en fibres, vitamines, minéraux et oligoéléments.
Pour atteindre ces objectifs, les régimes restrictifs (hyposodé, contrôlé en glucides…) sont globalement à éviter puisqu’ils favorisent une diminution des apports alimentaires, et donc une perte de poids.

Dénutrition du sujet âgé

Définition/critères diagnostiques

La dénutrition est définie par la présence d’au moins un des critères répertoriés par la Haute Autorité de santé en 2007 (tableau 2).
Attention ! un IMC ≥ 21 kg/m2 n’exclut par une dénutrition. Par exemple, un sujet obèse (IMC ≥ 30 kg/m2) ayant perdu du poids peut être dénutri (fig. 3).
Il faut prendre en compte l’état d’hydratation et d’inflammation pour interpréter l’albuminémie (vMini Nutritional Assessment (MNA) [annexe 1]).

Épidémiologie

La prévalence de la dénutrition est estimée à :
  • 4 à 10 % chez les sujets âgés vivant au domicile ;
  • 25 % chez les sujets âgés bénéficiant d’aides professionnelles à domicile ;
  • 15 à 40 % chez les sujets âgés institutionnalisés ;
  • 30 à 70 % chez les sujets hospitalisés.
C’est au domicile qu’on trouve le plus grand nombre de sujets dénutris, soit environ 400 000 personnes en France.

Dénutrition du sujet âgé : pourquoi la dépister ?

La dénutrition est un élément indispensable à dépister et à évaluer chez le sujet âgé.
Sa prise en charge est essentielle puisqu’elle a un impact sur la santé globale.
En effet, l’apparition ou l’aggravation d’une dénutrition est responsable d’une cascade de conséquences.
Elle est responsable d’un déficit immunitaire qui favorise l’apparition d’infection. Elle est responsable d’une fonte musculaire, aggravant la sarcopénie ou la fragilité, accompagnée d’une perte fonctionnelle allant jusqu’à la diminution de l’autonomie. Elle augmente le risque de chute, de fracture, d’hospitalisation, d’apparition d’escarre, d’augmentation du séjour hospitalisé, d’institutionnalisation et de mortalité (fig. 4).

Comment dépister une dénutrition en pratique ?

Lors d’une consultation, il faut au minimum :
  • évaluer l’appétit et les apports alimentaires ;
  • mesurer le poids ;
  • interroger sur une possible perte de poids et sa vitesse ;
  • calculer l’IMC ;
  • idéalement évaluer le MNA dans sa forme courte ;
  • rechercher les facteurs de risque de dénutrition dont beaucoup sont communs aux sujets jeunes, comme :
  • affection aiguë ou décompensation de pathologie chronique,
  • cancer,
  • trouble digestif à type de malabsorption, maldigestion,
  • pathologies inflammatoires ou infectieuses chroniques,
  • insuffisance chronique d’organe(s).
D’autres pathologies ou situations sont plus spécifiques aux sujets âgés (tableau 3).

Évaluation des apports alimentaires en pratique

Si vous n’êtes pas diététicien, un interrogatoire alimentaire simple vous permet :
  • d’apprécier l’appétit du patient : « Avez-vous bon appétit ? Mangez-vous comme d’habitude ? » ;
  • et de repérer des « erreurs alimentaires » évidentes (saut de repas, idées fausses sur les besoins, pas de consommation quotidienne de viande, d’œuf ou de poisson, absence de fruits et légumes, excès de boissons alcoolisées...) ou d’autorestrictions alimentaires, voire des troubles du comportement alimentaire.
Les repères suivants (fig. 5) permettent d’évaluer si les consommations alimentaires du patient sont en adéquation avec ses besoins.

Prise en charge de la dénutrition


Prise en charge de la dénutrition : généralités

Une évaluation globale permet d’identifier et de prendre en charge les facteurs étiologiques de la dénutrition. À noter que l’évaluation peut aboutir sur une discussion éthique concernant les objectifs de la prise en charge nutritionnelle. Si une ou plusieurs pathologies sont non contrôlables ou terminales, la prise en charge nutritionnelle peut être centrée sur le plaisir, sans avoir pour objectif d’améliorer le statut nutritionnel.

Principaux objectifs de la prise en charge nutritionnelle du sujet âgé dénutri

Apports énergétiques : 30 à 40 kcal/kg/j.
Apports protéiques : 1,2 à 1,5 g de protéines/kg/j.
En cas de courbe pondérale descendante, le premier objectif est de stabiliser le poids. Ensuite, la prise de poids est le meilleur signe de renutrition.
Associer de l’activité physique, tous les jours, en fonction des capacités.
La prise en charge nutritionnelle orale doit être priorisée et est souvent suffisante. Elle est constituée de :
  • conseils nutritionnels ;
  • aide à la prise alimentaire (aide humaine ou technique) ;
  • adaptation des textures ;
  • alimentation enrichie ;
  • si ces mesures sont insuffisantes, ou que la dénutrition est sévère, compléments nutritionnels oraux (CNO).
La nutrition entérale est réservée aux situations où l’alimentation orale est impossible ou insuffisante. Elle peut être commencée d’emblée chez des sujets ayant une dénutrition sévère avec des apports alimentaires effondrés.
La nutrition parentérale est réservée aux situations où le tube digestif n’est pas fonctionnel, par exemple en cas d’occlusion digestive, de malabsorption. Quelquefois, la nutrition parentérale peut être utilisée en cas d’échec d’une nutrition entérale bien conduite.
Le tableau 4 guide le choix des modalités de prise en charge nutritionnelle.
La prise en charge nutritionnelle orale
Plusieurs mesures sont recommandées pour augmenter les apports alimentaires :
  • respecter les repères alimentaires (fig. 5) ;
  • augmenter la fréquence des prises alimentaires dans la journée, en s’assurant que la personne âgée consomme trois repas quotidiens et en proposant des collations entre les repas ;
  • éviter une période de jeûne nocturne trop longue (> 12 heures) en retardant l’horaire du dîner, en avançant l’horaire du petit déjeuner et/ou en proposant une collation entre le dîner et le petit déjeuner ;
  • privilégier des produits riches en énergie et/ou en protéines ; 
  • adapter les menus aux goûts de la personne et adapter la texture des aliments à ses capacités de mastication et de déglutition ;
  • organiser une aide technique et/ou humaine au repas en fonction du handicap de la personne ;
  • proposer les repas dans un environnement agréable (cadre et convives).
L’enrichissement de l’alimentation a pour objectif d’augmenter l’apport énergétique et protéique d’une ration sans en augmenter le volume. Elle consiste à enrichir l’alimentation traditionnelle avec différents produits du commerce tels que : de la poudre de lait, du lait concentré entier, du fromage râpé, des œufs, de la crème fraîche, du beurre fondu, de l’huile, ou aussi de la poudre de protéines industrielles vendue en pharmacie (tableau 5).
Les compléments nutritionnels oraux sont disponibles dans une gamme relativement vaste de goûts variés et de textures. Il n’y a pas de compléments nutritionnels oraux destinés spécifiquement aux personnes âgées. Il est recommandé de favoriser les produits hyperénergétiques (≥ 1,5 kcal/mL) et/ou hyperprotidiques (protéines ≥ 7 g/100 mL ou 100 g, ou protéines ≥ 20 % de l’apport énergétique du produit).
Il est recommandé de prescrire des compléments nutritionnels oraux permettant d’atteindre un apport alimentaire supplémentaire de 400 kcal/j et/ou de 30 g/j de protéines : ceci nécessitera le plus souvent deux unités par jour.
La nutrition entérale
La nutrition entérale est recommandée en cas de prise alimentaire orale insuffisante, malgré une prise en charge nutritionnelle orale bien conduite, voire d’emblée en cas de dénutrition sévère et d’ingesta effondrés.
La nutrition entérale ne peut être pratiquée que si le tube digestif est fonctionnel, que le patient est capable de la comprendre et de l’accepter.
Une discussion est nécessaire pour prendre en compte l’objectif de cette prise en charge, le pronostic du patient, sa motivation et sa qualité de vie.
Il est important d’expliquer au patient les modalités et les objectifs de cette prise en charge.
La nutrition entérale doit être débutée à l’hôpital et peut être poursuivie à domicile.
La nutrition entérale doit être débutée progressivement, et d’autant plus prudemment que la dénutrition est sévère et ancienne, pour limiter le risque de syndrome de renutrition inappropriée.
Modalités de la nutrition entérale
La nutrition entérale nécessite la pose d’une sonde dans :
  • l’estomac : sonde nasogastrique ou gastrostomie ;
  • le jéjunum si le risque de régurgitation et d’inhalation justifie de dépasser le pylore avec une sonde nasojéjunale ou gastrojéjunale.
La nutrition entérale doit impérativement être débutée à l’hôpital. Elle pourra ensuite être continuée à domicile. Il est important d’expliquer au patient qu’il peut toujours s’alimenter par la bouche et l’y encourager.
Idéalement, une supplémentation vitaminique, en phosphore, magnésium et oligoéléments doit être prescrite dès l’introduction de la nutrition entérale.
Il est indispensable de réaliser une radiographie de contrôle de la position de la sonde.
On pourra commencer la nutrition par une solution nutritive de 500 mL contenant un isocalorique (1 kcal/mL). Le débit est contrôlé via une pompe et doit commencer à 60-80 mL/h et être augmenté progressivement en fonction de la tolérance. De même, l’augmentation de volume se fera par palier de 48 heures, selon la tolérance.
La nutrition peut être délivrée en continu sur 24 heures, pendant la journée ou la nuit, de manière cyclique. Chez les personnes âgées, il est souvent choisi de débuter la nutrition entérale au moment du déjeuner, pour permettre de garder la mobilité le matin, et de limiter le risque de régurgitation la nuit.
Si la durée de la nutrition entérale prévisible est de 4 semaines, le choix va vers la sonde nasogastrique ou nasojéjunale. Au-delà de 4 à 6 semaines, il faudra choisir la pose d’une sonde de gastrostomie pouvant être placée par voie endoscopique ou par radiologie interventionnelle selon les habitudes de l’établissement.
L’objectif est d’augmenter progressivement les apports énergétiques par palier de 48 heures pour atteindre les objectifs nutritionnels du patient en quelques jours, voire une à deux semaines.
Plus la dénutrition est ancienne et sévère, plus l’augmentation des apports et du débit de l’alimentation sera lente.
Il est indispensable que le patient soit en position assise ou demi-assise pour éviter tout risque d’inhalation. Ceci doit lui être expliqué.
Il faudra surveiller :
  • le bon positionnement du repère avant tout passage de la solution. Il doit être tracé dans le dossier médical ou infirmier par écrit (en cm) pour identifier un éventuel déplacement de la sonde ;
  • la perméabilité de la sonde. En effet, si des médicaments y sont administrés, il est important de rincer avec de l’eau avant et après pour éviter toute obstruction. Il est aussi possible de choisir une forme galénique « liquide » pour un certain nombre de médicaments. Par ailleurs, certains comprimés ne peuvent pas être écrasés (formes LP, par exemple). Ces choix peuvent être faits avec la collaboration d’un pharmacien ;
  • la tolérance locale de la sonde, en vérifiant l’absence de lésion dermatologique (escarre du nez) ou ORL (douleur pharyngée, sinusienne, otalgie) ;
  • la tolérance de la nutrition entérale en recherchant une toux ou des vomissements au passage de la solution évoquant des fausses routes, un reflux. Il faudra surveiller la tolérance digestive basse en éliminant des ballonnements, des douleurs abdominales, une diarrhée, voire une constipation.
Il faut surveiller les premiers jours/semaines de manière rapprochée la natrémie, la kaliémie, la glycémie, le phosphore, le magnésium ;
  • l’efficacité nutritionnelle, notamment l’observance, et principalement l’évolution du poids.
Il est essentiel de surveiller la tolérance et notamment l’état respiratoire, cardiaque, l’apparition d’œdème, de diarrhée, de douleur abdominale.
Les principales complications sont :
  • la pneumopathie d’inhalation, qui peut s’avérer grave ;
  • la diarrhée, complication fréquente, mais susceptible de relever d’autres causes (fécalome, colite à Clostridium…). Si une autre cause de diarrhée est éliminée, il faut ralentir le débit de l’alimentation et prescrire des ralentisseurs de transit si nécessaire ;
  • la constipation, qui peut être due à une hydratation insuffisante. Elle peut être traitée par des laxatifs non irritants.
La nutrition parentérale
Elle est réservée à l’échec ou l’impossibilité d’utiliser la voie orale ou entérale, en cas de tube digestif non fonctionnel.
L’abord doit se faire par voie centrale étant donné le risque de veinite.
Elle a le statut de médicament. Il s’agit de mélanges dits « ternaires » (glucides, lipides, acides aminés), ne contenant ni électrolytes, ni minéraux, ni vitamines, ni oligoéléments, contrairement aux solutions de nutrition entérale. Il est donc indispensable d’y ajouter ces éléments.
De même, les apports caloriques doivent être augmentés progressivement pour éviter l’apparition d’un syndrome de renutrition inappropriée.
La nutrition parentérale est pourvoyeuse de nombreuses complications, comme :
  • l’infection, qui est la complication la plus fréquente puisque environ 10 % des cathéters s’infectent ;
  • la thrombose du cathéter ;
  • l’hypervolémie, pouvant être responsable de décompensation cardiaque, respiratoire et rénale ;
  • les perturbations métaboliques, telles que l’hyponatrémie, l’hyperglycémie, l’hypertriglycéridémie, les perturbations du bilan hépatique.

Prise en charge de la dénutrition : surveillance et mesures complémentaires

Surveillance nutritionnelle
La fréquence de la surveillance de l’état nutritionnel est fonction de la situation et des objectifs de prise en charge nutritionnels. Il faudra surtout mesurer le poids, évaluer les ingesta, apprécier la mobilité et l’amélioration de l’état général. L’albumine peut aussi être mesurée, au maximum une fois par mois jusqu’à stabilisation.
Syndrome de renutrition inappropriée
C’est le reflet de la mauvaise tolérance d’une renutrition (orale, entérale ou parentérale) sur le plan métabolique.
L’administration de nutriments entraîne une augmentation de la glycémie et de l’insulinémie. Chez une personne dénutrie, avec des carences en minéraux et en vitamines, cela provoque une hypokaliémie, une hypomagnésémie, une hypophosphorémie, un déficit en vitamine B1, susceptibles d’entraîner une défaillance multiviscérale (insuffisance cardiaque, rénale, respiratoire, hépatique, arythmie, troubles digestifs, convulsions…).
La prévention consiste en une renutrition progressive associée à une surveillance régulière de la biologie (natrémie, kaliémie, glycémie, phosphore et magnésium) et à une supplémentation en phosphore, magnésium, vitamine B1 au minimum.
Mesures complémentaires
L’activité physique est recommandée quel que soit le statut nutrition du sujet âgé. Elle peut être prescrite par un médecin chez un patient atteint d’une affection de longue durée.
En outre, il est essentiel, notamment chez le sujet dénutri, d’encourager la pratique d’une activité physique régulière encadrée éventuellement par un kinésithérapeute ou un éducateur d’activité physique adaptée. L’activité physique va potentialiser l’efficacité de la renutrition et améliorer l’autonomie.
Il est important de s’assurer de l’approvisionnement en denrées, de la préparation des plats et des capacités du patient à prendre ses repas. L’évaluation de l’autonomie du patient et de l’environnement est nécessaire.
Selon l’évaluation, on pourra proposer le passage d’une aide-ménagère pour la réalisation des courses, la préparation des repas, ou le passage d’une auxiliaire de vie pour l’aide à la prise des repas.
Un portage des repas peut également être proposé, mais il faut s’assurer que le patient est capable d’ouvrir la porte, les barquettes et de réchauffer les plats tout seul.
La prise en charge financière de ces aides peut être assurée partiellement par l’allocation personnalisée d’autonomie (APA), l’aide sociale départementale et parfois certaines caisses de retraite ou mutuelles.

Mise au point sur l’obésité du sujet âgé

Définition

L’obésité chez l’adulte jeune comme chez le sujet âgé est définie par un IMC ≥ 30 kg/m2.

Épidémiologie

L’IMC moyen du sujet âgé est de 26,5 kg/m2 environ.
La prévalence de l’obésité augmente avec l’âge. On note un pic à l’âge de 55-65 ans de 20-23 %. L’IMC moyen diminue ensuite progressivement, jusqu’à atteindre 16 % vers 80 ans.

Conséquences

L’obésité chez le sujet âgé n’a pas les mêmes conséquences que chez le sujet jeune.
Comme chez l’adulte plus jeune, elle reste associée au diabète, à l’hypertension artérielle (HTA), aux dyslipidémies, aux pathologies cardiovasculaires, à l’insuffisance respiratoire, veineuse et à l’arthrose. L’obésité est responsable de troubles de la mobilité pouvant aboutir à la dépendance, notamment en cas d’obésité sarcopénique, avec un déséquilibre entre excès de masse grasse et masse musculaire. Cependant, l’association entre obésité et mortalité est moins forte chez les sujets âgés que chez les adultes plus jeunes en population générale. Enfin, l’obésité est associée à une moindre mortalité dans des pathologies chroniques pourvoyeuses de dénutrition par hypercatabolisme telles que l’insuffisance rénale chronique, la bronchopneumopathie chronique obstructive, l’insuffisance cardiaque et les maladies inflammatoires.
Chez certains sujets âgés obèses, il peut y avoir une perte de poids en vieillissant en rapport avec leurs différentes pathologies. Cet amaigrissement peut être responsable d’une dénutrition malgré un IMC ≥ 30 kg/m2.
Parfois, le poids va jusqu’à se « normaliser », il en est de même pour la glycémie, la tension artérielle et/ou le bilan lipidique. Dans ce contexte, il est essentiel de réévaluer les traitements antihypertenseurs et hypo­glycémiants devenus inutiles, voire iatrogènes.

Prise en charge

La balance bénéfice-risque d’une perte de poids chez le sujet obèse âgé est à considérer avant toute prise en charge. Il faut tenir compte :
  • de l’ancienneté de l’excès pondéral et du poids actuel par rapport au poids maximum atteint au cours de la vie ;
  • du retentissement de cette obésité ;
  • des comorbidités ;
  • de l’autonomie, la qualité de vie et l’espérance de vie ;
  • des capacités de la personne âgée à modifier ses habitudes alimentaires.
Ainsi, il est possible qu’en cas d’obésité récemment constituée, avec un important retentissement métabolique et/ou sur la mobilité, chez une personne de moins de 80 ans sans comorbidité sévère, dont l’espérance de vie n’est pas particulièrement limitée, une perte de poids modeste puisse améliorer le contrôle du diabète, par exemple, ou la symptomatologie douloureuse d’une gonarthrose (l’effet à long terme sur la mortalité globale reste indéterminé).
Cependant, chez les personnes âgées, la perte pondérale s’accompagne, encore plus que chez l’adulte jeune, d’une perte de masse musculaire et d’une diminution de densité minérale osseuse. S’il est prescrit, le programme diététique doit impérativement s’accompagner d’un programme d’activité physique pour limiter cette perte de masse musculaire. La forme d’exercice physique la plus efficace pour augmenter la force musculaire est l’exercice contre résistance. Il faut aussi prévenir et traiter une éventuelle ostéoporose.
Dans la situation particulière d’une chirurgie orthopédique programmée chez une personne âgée (remplacement articulaire du genou ou de la hanche), la réduction pondérale préopératoire n’est plus recommandée ; les risques opératoires ne sont pas augmentés en cas d’obésité modérée, et la rééducation postopératoire risque d’être compromise par une perte musculaire préalable.
Le bénéfice de la chirurgie bariatrique chez des personnes âgées avec obésité morbide n’a pas été étudié sur du moyen ou long terme.
Le plus souvent, l’objectif le plus raisonnable est celui d’une stabilité pondérale associée à une activité physique modérée. Il a été montré qu’une activité physique, même modérée, même débutée après l’âge de 75 ans, continue d’avoir un effet favorable sur la survie et le maintien de l’autonomie.
Points forts
Troubles nutritionnels chez le sujet âgé
POINTS FORTS À RETENIR

Le vieillissement n’est pas en soi une cause de dénutrition. Ce sont les pathologies liées à l’âge qui fragilisent l’équilibre nutritionnel : il y a un risque important de sarcopénie, de fragilité, de dénutrition et d’obésité.

Les besoins protéiques sont plus élevés chez le sujet âgé en bonne santé que chez l’adulte jeune : 1 à 1,2 g de protéines/kg/j.

Le diagnostic de dénutrition repose sur la perte de poids et l’IMC. En cas de dénutrition, les apports recommandés sont de 1,2-1,5 g de protéines/kg/j et de 30-40 kcal/kg/j.

L’obésité se définit par un IMC ≥ 30 kg/m2 chez la personne âgée, comme chez l’adulte. Le maintien d’un poids stable et l’augmentation de l’activité physique sont souvent les objectifs les plus raisonnables pour préserver la masse et la force musculaires.

Toutes les personnes âgées doivent être encouragées à pratiquer une activité physique régulière, selon leurs capacités.

Pour en savoir plus
➥ Collège des enseignants de nutrition, 3e édition, Elsevier Masson. Item 250-UE 8 - Troubles nutritionnels chez le sujet âgé. Item 248-UE 8 - Dénutrition chez l’adulte et l’enfant.
➥ Collège des enseignants de gériatrie, 4e édition, Elsevier Masson. Item 250-UE 8 - Troubles nutritionnels chez le sujet âgé.
➥ Traité de nutrition, édition 2016, Société francophone Nutrition clinique et métabolique. Syndrome de renutrition, p. 973.
➥ Livret d’accompagnement destiné aux professionnels de santé. Guide nutrition à partir de 55 ans et Guide nutrition pour les aidants des personnes âgées. Programme national nutrition santé disponible sur https://www.mangerbouger.fr/pro/IMG/pdf/Livret_accompagnement_plus55ans_personnes_agees-2.pdf