Cette stratégie, que les Anglo‑Saxons désignent sous le terme d’early OIT (early oral immunotherapy), est désormais utilisée par plusieurs équipes françaises. Le docteur Camille Braun compte parmi les premiers en France à proposer ce protocole innovant de manière systématique aux enfants nouvellement allergiques.
ITO dès l’âge de 12 mois : efficacité démontrée
En 2022, l’étude IMPACT1, publiée dans le Lancet, a démontré l’efficacité de la mise en place d’une immunothérapie orale à l’arachide instaurée dès le plus jeune âge. Cette étude, menée dans cinq centres américains, a inclus 146 enfants âgés de 12 mois à 48 mois. L’allergie a été confirmée par un test de provocation orale, avec des réactions survenant à des doses inférieures à 500 mg de protéines d’arachide. Le protocole comportait 134 semaines d’immunothérapie orale, avec une dose d’entretien de 2 000 mg de protéines d’arachide par jour chez les enfants éligibles. Les résultats montrent une désensibilisation chez 71 % des enfants traités, avec une tolérance pouvant atteindre 5 000 mg, soit environ 16 cacahuètes, contre 2 % des enfants sous placebo. Par ailleurs, 29 % des enfants ayant bénéficié de cette immunothérapie orale précoce ont obtenu une rémission, un résultat particulièrement marqué chez les enfants de moins de 24 mois, contre 4 % des enfants sous placebo.
Cette étude confirme des travaux antérieurs2, ayant déjà montré l’efficacité et la sécurité de l’ITO chez les enfants d’âge préscolaire (moins de 36 mois), en comparaison à l’éviction.
Comparé aux résultats chez les enfants plus âgés, ces données suggèrent que l’efficacité de l’ITO serait d’autant plus importante que les enfants sont plus jeunes. Toutefois, une étude de 2025 suggère plutôt qu’elle serait due au fait d’intervenir lorsque les IgE spécifiques sont basses, indépendamment de l’âge de l’enfant.3
En effet, l’histoire naturelle de certaines allergies alimentaires persistantes est marquée par une aggravation de l’allergie, avec une augmentation des taux d’IgE spécifiques.4 Dès lors, le meilleur moment pour débuter une ITO pourrait se situer très précocement dans la trajectoire atopique, lorsque les taux des IgE spécifiques sont encore faibles.
Le concept d’une initiation d’ITO dans les tout premiers jours suivant une réaction allergique alimentaire a été décrit dès 2021 par une équipe espagnole. Cette dernière proposait une réintroduction de 0,5 mL de formule pour nourrisson dans les 48 heures suivant une réaction allergique à cet allergène. Les données sur 335 patients montraient une évolution rapidement favorable des allergies au lait dans cette cohorte.5
L’expérience française
Depuis environ un an, l’équipe d’allergologie pédiatrique du Dr Camille Braun initie un protocole d’ITO chez de très jeunes enfants, quelques jours après une première réaction allergique, quelle qu’en soit la sévérité : le protocole PRESTO. Plusieurs centres hospitaliers l’ont également mis en place. À ce jour, une cinquantaine d’enfants en ont bénéficié, dont 35 sur le CHU de Lyon, avec un âge médian de 11 mois (entre 2 mois et 10 ans).
Initialement utilisés au cas par cas dans l’APLV, cette stratégie précoce concerne désormais de multiples aliments : œuf, lait, cacahuète, fruits à coque. Aucun test de provocation orale (TPO) n’est réalisé systématiquement s’il n’y a pas de doute diagnostique sur la réaction allergique. Connaître le seuil réactogène n’est pas indispensable, l’objectif prioritaire étant l’amélioration de la qualité de vie du patient. « C’est un changement total de paradigme.En allergologie, la priorité, depuis toujours, était mise sur le diagnostic et l’éviction : il fallait identifier l’allergène avec certitude, puis l’éviter à tout prix. Il paraissait inconcevable de pratiquer l’immunothérapie orale chez de très jeunes enfants ! », souligne le Dr Braun.
Le recul clinique suggère que le traitement est plus simple car la plupart des patients ont une allergie encore peu sévère. De plus, le protocole semble plus facilement accepté par les familles que lorsqu’il est proposé après plusieurs années d’éviction. Concernant l’efficacité, les premières données sont encourageantes mais il est nécessaire d’avoir un recul de plusieurs années pour pouvoir porter des conclusions.
La mise en place du parcours de soins PRESTO dans plusieurs centres en France, et le recueil des données des patients inclus, devrait permettre dans les prochaines années de mieux évaluer l’efficacité, la tolérance et l’acceptabilité par les patients et leur entourage de l’ITO précoce. Par ailleurs, une prise en charge dès le diagnostic pourrait favoriser un accès plus équitable à l’immunothérapie orale, incluant des patients qui n’auraient pas bénéficié d’un suivi allergologique spécialisé – en raison d’un éloignement géographique, de difficultés socioéconomiques ou d’une rupture de parcours après le passage aux urgences.
L’expérience australienne
L’Australie est le pays affichant la plus forte prévalence d'allergies alimentaires au niveau mondial. Dans une prise de position publiée en 2026, leur société savante d’allergologie souligne un indicateur très marquant : au cours des deux dernières décennies, les admissions hospitalières pour anaphylaxie induite par l'alimentation y ont augmenté de plus de 350 %. Les spécialistes envisagent désormais des stratégies plus actives que l’éviction stricte, et considèrent que l’immunothérapie orale débutée très tôt chez le nourrisson est la méthode la plus prometteuse pour freiner l’augmentation des anaphylaxies constatée actuellement.
2. Vickery BP, Berglund JP, Burk CM, et al. Early oral immunotherapy in peanut-allergic preschool children is safe and highly effective. J Allergy Clin Immunol 2017;139(1):173-81.e8.
3. Ashley SE, Lloyd M, Loke P, et al. Allergen-specific IgE is a stronger predictor of remission following peanut oral immunotherapy than age in children aged 1-10 years. Allergy 2025;80(3):843-8.
4. Bégin P, Paradis L, Paradis J, et al. Natural resolution of peanut allergy: A 12-year longitudinal follow-up study. J Allergy Clin Immunol Pract 2013;1(5):528-30.e1-4.
5. Boné Calvo J, Clavero Adell M, Guallar Abadía I, et al. As soon as possible in IgE-cow's milk allergy immunotherapy. Eur J Pediatr 2021;180(1):291-4.