L’absence d’obligation pour les fabricants de préciser la composition exacte de ces appareils complique le diagnostic. Il est donc essentiel de connaître les principaux composants susceptibles d’être incriminés.
Acrylates et Airpods
Les acrylates sont aujourd’hui une cause fréquente de dermatite de contact allergique. Ils ont été désignés « allergène de l’année 2012 » par l’American contact dermatitis society, en raison de leur utilisation croissante et de leur fort potentiel de sensibilisation. Ces composés sont présents dans de nombreux produits médicaux, cosmétiques et industriels : adhésifs, résines dentaires, cosmétiques pour ongles, plastiques, peintures, etc.
Une publication de 2021 expose le cas d’une femme de 55 ans1 ayant eu un eczéma du pavillon et du conduit auditif externe quelques heures après la première utilisation d’écouteurs intra‑auriculaires Airpods. Elle avait comme antécédents des réactions à des sparadraps adhésifs survenues quelques années plus tôt, suggérant une sensibilisation préalable aux acrylates. L’utilisation de gaines en silicone sur les écouteurs avait permis une amélioration partielle, mais sans disparition complète des symptômes. Les Airpods ne contiennent ni métal ni caoutchouc, ce qui orientait vers une autre famille d’allergènes.
Les patch-tests ont montré, à 96 heures, des réactions positives classées ++ au 2‑hydroxyéthyl méthacrylate, à l’acrylate d’éthyle, au triéthylène glycol diméthacrylate et au bisphénol A‑glycidyl méthacrylate, ainsi qu’une réaction au mélange sesquiterpène lactone. Le fabriquant confirme la présence de traces d’acrylates et de méthacrylates dans ses écouteurs sur une page d’assistance officielle. D’autre part, la pertinence d’une réaction au mélange sesquiterpène lactone restait incertaine, cette femme ayant également eu une réaction à une huile essentielle utilisée dans un produit capillaire. Hormis les conseils vis-à-vis de ces écouteurs, il a été recommandé à la patiente de prévenir son dentiste de cette allergie aux acrylates, en raison de leur utilisation fréquente en odontologie.
Après les tests, l’essai d’une nouvelle génération d’Airpods Pro a entraîné une réaction encore plus marquée, malgré les protections en silicone. Dans les deux cas, l’intensité des symptômes diminuait progressivement avec le temps. La patiente avait probablement été sensibilisée antérieurement par des adhésifs médicaux ou des cosmétiques pour ongles, et l’exposition via les Airpods a agi comme facteur déclenchant.
Avec la popularité croissante des écouteurs intra‑auriculaires, la possibilité d’une réaction locale aux acrylates est à connaître. L’utilisation de gaines en silicone peut réduire le contact direct, mais ne garantit pas une protection complète chez les sujets sensibilisés.
Nickel et or
Certains métaux peuvent également être incriminés dans les eczémas de conduits auditifs lors de l’utilisation d’écouteurs intra-auriculaires, comme le nickel. Un cas publié2 au Japon en 2022 rapporte qu’un homme de 48 ans a présenté un eczéma avec érythème et prurit après quatre mois d’utilisation régulière d’écouteurs intra‑auriculaires composés d’acrylique, de caoutchouc et d’une partie métallique en or. Les patch-tests réalisés avec la batterie standard et complémentaire montraient une positivité isolée au sodium gold thiosulfate, indiquant une allergie au composant métallique plutôt qu’aux acrylates.
Octylisothiazolinone (OIT)
Si ces dermatites de contact sont habituellement attribuées aux acrylates, une série de 4 cas publiés en 20243 met en évidence un allergène inattendu : l’octylisothiazolinone (OIT). Il s’agit d’un fongicide utilisé dans les peintures, colles, fluides industriels, détergents ménagers, textiles et dans l’industrie du cuir (cuir et similicuir). Son intégration dans la batterie standard européenne en 2022 reflète son potentiel allergisant important. Trois femmes atopiques âgées entre 20 à 25 ans et un homme de 18 ans ont eu un eczéma localisé aux zones de contact avec les écouteurs.
La première, âgée de 21 ans, avait un œdème palpébral et facial associé à un eczéma péri-auriculaire après port d’un casque audio. Un angioœdème à bradykinine a été évoqué pour ensuite s’orienter vers une dermite de contact à l’OIT, confirmée par les patch-tests positifs.
La deuxième, 25 ans, utilisatrice de casque audio dans le cadre du jeu vidéo, présentait un eczéma bien circonscrit à la zone de contact avec les écouteurs. Hormis une forte positivité à l’OIT en patch, elle était également sensibilisée aux méthylchloro-isothiazolinone/méthylisothiazolinone (MCI/MI), avec antécédent d’eczéma des mains lié à des savons en contenant, ainsi qu’à l’huile d’arbre à thé, responsable d’un eczéma du cuir chevelu.
Les deux autres patients avaient un eczéma strictement limité aux zones de contact avec les coussinets, avec une trajectoire reproduisant la surface des écouteurs. Tous avaient un patch-test fortement positif à l’OIT.
Les fabricants n’ayant pas dans l’obligation de donner la composition exacte des matériaux, il a fallu au préalable identifier la source de l’allergène. Des analyses par chromatographie et spectrométrie de masse ont été réalisées sur les composants des casques. Elles ont montré que l’OIT était présente en concentrations élevées dans la mousse et le similicuir des écouteurs, tandis que les éléments textiles n’en contenaient que des traces, probablement par diffusion. Les concentrations mesurées atteignaient 0,11 %, largement supérieures à la limite réglementaire de 0,0015 % pour les sensibilisants cutanés de catégorie 1A, sans mention d’étiquetage.
2. Hayakawa M, Suzuki C, Zhu Y, et al. Allergic contact dermatitis to gold in the parts of in-ear headphones. Contact Derm 2022;86(4):328-30.
3. Menanteau M, Fenech G, Adam B, et al. Severe allergic contact dermatitis from octylisothiazolinone in over‐ear headphones: A case series. Contact Derm 2024;92(4):291‑8.
Pour en savoir plus :
Caroppo, ES, Stingeni L, Goracci L, et al. Wireless over‐ear headphones: A new source of allergic contact dermatitis to isothiazolinones. Contact Derm 2024;90(6):621‑5.