Une femme de 40 ans, tabagique à 10 paquets-années, sevrée depuis un mois, consulte pour des œdèmes diffus apparus progressivement, de façon contemporaine à l’arrêt du tabac. Ils ont débuté aux chevilles avec prise de godet, puis se sont majorés et atteignent le visage (fig. 1). 
La pression artérielle est à 170/110 mmHg. L’hémogramme, le bilan hépatique, l’ionogramme sanguin, la créatinémie et l’albuminémie sont normaux. Un scanner montre un œdème périportal, une lame d’épanchement pelvien ainsi qu’une pleurésie bilatérale. Un mois plus tard, sans traitement, les œdèmes ont disparu (fig. 2) et la pression artérielle est à 107/53 mmHg. L’interrogatoire révèle une consommation importante de réglisse sous forme de bâtonnets, à raison de 10 à 15 par jour, pour aider au sevrage tabagique, pendant un mois avant la consultation initiale, arrêtée depuis.
L’apparition puis la disparition de l’anasarque et de l’hypertension artérielle en parallèle de la consommation importante puis de l’arrêt de la réglisse a conduit au diagnostic de surcharge hydrosodée secondaire à une intoxication à la glycyrrhizine.

La glycyrrhizine est un des principaux constituants de la réglisse. Ses produits de dégradation inhibent la 11β-hydroxystéroïde déshydrogénase de type 2 conduisant à l’accumulation de cortisol et à un pseudo-hyperaldostéronisme.1 Cela se traduit cliniquement par une rétention hydrosodée allant jusqu’à l’anasarque, ainsi qu’une hypertension artérielle pouvant être sévère, à l’origine d’insuffisance cardiaque ou d’accidents vasculaires cérébraux.2 La demi-vie longue de la glycyrrhizine induit une persistance de la surcharge hydrosodée jusqu’à plusieurs semaines après son arrêt. La consommation quotidienne moyenne de glycyrrhizine en France a été estimée de 1 à 10 mg ; la dose toxique est suspectée à partir de 100 mg par jour.3 Dans le cas de cette patiente, la consommation moyenne de 10 bâtonnets de réglisse par jour représente 1 000 mg de glycyrrhizine, dose dix fois supérieure au seuil toxique.

L’intoxication à la glycyrrhizine est une cause réversible et potentiellement grave d’hypertension artérielle secondaire et de surcharge hydrosodée. Comme dans ce cas, la biologie ne montre pas nécessairement de stigmate indirect d’hyper­aldostéronisme (pas d’hypokaliémie notamment) et les dosages hormonaux ne sont pas toujours réalisés au moment de la consommation, rendant le diagnostic d’une telle intoxication difficile s’il n’est pas systématiquement évoqué lors de l’interrogatoire. 

Références
1. Caré W, Grenet G, Schmitt C, et al. Toxicités de l’exposition alimentaire à la réglisse : mise au point. Rev Médecine Interne 2023;44(9):487‑94.
2. Omar HR. The cardiovascular complications of licorice. Cardiovasc Endocrinol 2013;2(3):46‑9.
3. Scientific Committee on Food. Opinion of the Scientific Committee on Food on glycyrrhizinic acid and its ammonium salt. Brussels: European Commission Heath and Consumer Protection Directorate General 2003. https://bit.ly/3Vve8U1

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