Si dans la majorité des situations, l’anémie peut être prise en charge en médecine générale, un recours au spécialiste s’impose en l’absence de cause évidente et lorsqu’elle est mal tolérée. Pour orienter le diagnostic, plusieurs dosages s’avèrent utiles.

Très fréquente en pratique médicale, elle se définit chez l’adulte par un taux d’hémoglobine < 12 g/dL chez la femme et < 13 g/dL chez l’homme. Du fait de l’hémodilution, le seuil retenu pendant la grossesse est de 11 g/dL (voire 10,5 g/dL au 2e trimestre).
La carence martiale, de loin la cause la plus fréquente dans le monde, concernerait environ 1 milliard d’individus.

Syndrome anémique

Il regroupe les signes cliniques et fonctionnels pouvant révéler une anémie. Inconstants et aspécifiques, ces derniers incluent asthénie inhabituelle, céphalées, pâleur cutanéo-muqueuse, en particulier conjonc­tivale, et palpitations (tachycardie) et/ou dyspnée d’effort d’intensité variable. Si l’anémie est profonde, les signes de souffrance d’organes (cœur, poumons, reins…) peuvent passer au premier plan. Lorsqu’elle est secondaire à une hémolyse, un ictère d’intensité variable, des urines foncées et/ou des lombalgies (voire un syndrome « pseudogrippal » si hémolyse aiguë) sont possiblement associés. Une splénomégalie modérée est fréquente en cas d’hémolyse intratissulaire persistante.

Quand transfuser ?

L’anémie conduit à un défaut d’oxygénation des tissus, une situation de stress plus ou moins bien tolérée selon le taux d’hémoglobine, le terrain sous-jacent et la rapidité d’installation. La tolérance est d’autant meilleure que l’anémie s’installe progressivement.
Elle peut induire des syndromes coronaires aigus, des ischémies mésentériques ou des troubles de la vigilance conduisant au décès.
Les seuils transfusionnels ont été établis par la HAS afin de limiter tout risque de complication :
– 7 g/dL pour les sujets sans antécédents particuliers ;
–10 g/dL en cas d’insuffisance coronaire aiguë ou cardiaque décompensée avérée ou traitée par bêta­bloquants (tableau 1).1
En phase aiguë, la politique transfusionnelle restrictive a montré son efficacité sur l’augmentation de la survie. Chez le sujet âgé, un avis d’experts émis en 2014 établit un seuil général de :
– 7 g/dL en l’absence d’insuffisance cardiaque et ou/coronaire ;
– 8 g/dL en cas d’insuffisance coronaire ou cardiaque stable ;
– 10 g/dL si l’anémie est mal tolérée.
La transfusion est fractionnée (1 concentré érythrocytaire, puis réévaluation), sans association systématique d’un diurétique.
Au-delà des seuils, elle est décidée en fonction du mécanisme et de la tolérance de l’anémie, selon les signes cliniques et le terrain du patient.

Orientation : fonction du VGM

Une fois l’anémie authentifiée sur l’hémogramme, et en l’absence de contexte évident (hémorragie aiguë extériorisée), la première étape repose sur l’analyse du volume globulaire moyen (VGM) [fig. 1]. Récupérer des hémogrammes anciens permet d’apprécier son évolution dans le temps (chronicité).

Anémie microcytaire

VGM < 80 fl. Situation la plus courante dont la cause principale est la carence martiale [fig. 2B]. Viennent ensuite, par ordre de fréquence, l’anémie inflammatoire (VGM compris entre 75 et 80 fl) et les thalassémies mineures (VGM parfois < 60 fl).
Une microcytose marquée évoluant depuis l’enfance oriente d’emblée vers ce diagnostic, surtout si l’origine ethnique est évocatrice. De façon beaucoup plus exceptionnelle, une anémie microcytaire révèle parfois une dysérythropoïèse congénitale (de type...

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