Des progrès importants sont intervenus en Europe pour limiter et encadrer la prescription des antibiotiques en médecine animale et limiter ainsi significativement l’antibiorésistance. Mais leur utilisation comme facteurs de croissance reste incontrôlée dans les pays du Sud.
La médecine humaine utilise des antibiotiques, la médecine vétérinaire aussi… En 2018, en France, 728 tonnes pour la première, 471 tonnes pour la seconde. Rien d’anormal puisque les infections bactériennes affectent les animaux comme l’homme, on pourrait en rester là. Pourtant, le sujet ne se résume pas au simple constat d’un exercice partagé de la médecine. Il a récemment cristallisé les tensions entre les deux professions, les uns reprochant aux autres d’être les contributeurs principaux à ce fléau qu’est la résistance aux antibiotiques, ou antibiorésistance. Le problème est loin d’être neuf car l’antibiorésistance acquise – par opposition à l’antibiorésistance naturelle – est connue depuis que nous utilisons massivement ces molécules. En revanche, sur cette question, les secteurs humain et vétérinaire diffèrent parfois largement, une compréhension mutuelle des enjeux est donc essentielle. Ensuite, il faut agir ensemble. Car chaque profession a des efforts à faire, de préférence dans la même direction. À ce titre, les années 2012-2017 ont constitué une étape charnière de prise de conscience et de rapprochement constructif des deux médecines sur le sujet des antibiotiques. C’est désormais la voie à suivre, dans l’approche moderne de la santé globale (ou « One Health ») et avec l’objectif de préserver ce bien commun que sont les antibiotiques, malheureusement déjà pour nous-mêmes, et a fortiori pour les générations futures.1

Pierre angulaire du mauvais usage chez l’animal

La dérive majeure observée dans le secteur animal est (ou a été) l’utilisation des antibiotiques en dehors de toute action de soin. On parle d’antibiotiques « facteurs (ou promoteurs) de croissance ». Cela consiste à ajouter de façon systématique des antibiotiques dans l’alimentation des animaux de production, dans un objectif supposé de favoriser leur croissance. En fait, cette pratique n’a aucun effet direct sur le développement des animaux, sauf à considérer que, dans des contextes d’élevage à très faibles niveaux d’hygiène, l’ajout d’antibiotiques contribue à un certain assainissement des flores bactériennes, permettant aux animaux de davantage consacrer leur énergie à leur gain de poids. Cette pratique est évidemment à proscrire… mais elle perdure malheureusement dans 75 % des pays dans le monde. Elle est au contraire interdite en Europe depuis le 1er janvier 2006,2 certains pays européens l’ayant même anticipée plusieurs années auparavant. Les antibiotiques n’y sont autorisés que pour un usage thérapeutique, et une autorisation indique dans quelle infection et pour quelles espèces animales utiliser un antibiotique. Par ailleurs, la France porte haut la nécessité de supprimer l’usage des antibiotiques comme promoteurs de croissance dans le monde. Notamment, dans le cadre du nouveau règlement vétérinaire européen, les...

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