L’administration sous-cutanée (SC) d’antibiotiques est une pratique courante en France (c’est loin d’être le cas dans d’autres pays européens). Un sondage mené dans l’Hexagone auprès de 369 médecins généralistes, paru en 2023 dans Infectious Diseases Now , montre ainsi que 55 % des répondants l’utilisent, tandis que 83 % estiment qu’elle a un intérêt en MG. Même si, depuis 2014, la ceftriaxone n’a plus d’AMM dans cette indication, l’ANSM considère qu’elle peut être encore administrée sous certaines conditions. En effet, la voie SC offre une solution pragmatique dans de nombreuses situations où les voies orale, IV ou IM sont contre-indiquées ou jugées trop risquées ou inconfortables.
En raison de pratiques hétérogènes et d’un besoin de lignes directrices claires en l’absence d’AMM, des recommandations de bonnes pratiques cliniques ont été élaborées par la Société de pathologie infectieuse de langue française (SPILF) et la Société française de gériatrie et gérontologie (SFGG), et publiées mi-décembre 2025 dans Infectious Diseases Now. Qu’en retenir pour la pratique de ville ?
Quelles indications ?
L’administration SC est envisageable dans les situations suivantes :
- impossibilité d’utiliser la voie IV (accès veineux difficile, agitation) ;
- impossibilité d’utiliser la voie orale (absence de formulation adaptée, troubles de la déglutition ou de la conscience) ;
- contre-indication à l’injection IM (anticoagulation thérapeutique) ;
- soins de confort (fin de vie) ;
- nécessité de mobilisation précoce du patient (notamment chez les personnes âgées).
À l’inverse, la voie SC est inappropriée en cas de sepsis ou de choc septique.
Contre-indications :
- Nécessité d’un accès IV pour d’autres traitements ;
- Dermatose étendue aux sites SC potentiels ;
- Lymphœdème majeur aux sites d’insertion SC.
L’épaisseur du tissu SC (hypoderme) varie selon le site d’injection et l’IMC, nécessitant une adaptation de la longueur de l’aiguille. Il faut savoir toutefois que les données pharmacocinétiques sur l’administration SC de médicaments chez les patients aux poids extrêmes (obésité notamment) et chez les enfants sont rares.
Quels antibiotiques ?
La ceftriaxone est l’antibiotique pour lequel on dispose du plus grand nombre de données. Sa biodisponibilité est de 100 % avec la voie SC, et l’atteinte des cibles pharmacocinétiques/pharmacodynamiques dès la première dose est comparable à la voie IV. En termes de sécurité, les résultats de l’étude PhaSAge , parue en 2025, menée chez les patients de plus de 65 ans, sont rassurants.
Les recos indiquent que la ceftriaxone peut être administrée par voie SC lorsque le rapport bénéfice/risque est favorable et qu’aucune alternative orale n’est disponible.
D’autres antibiotiques peuvent être administrés par voie SC dans des conditions similaires si le rapport bénéfice/risque est favorable :
- céfazoline, ertapénème, méropénème, pipéracilline-tazobactam, témocilline ;
- téicoplanine.
Sur avis spécialisé, l’administration SC de certaines β-lactamines et de la daptomycine peut être envisagée, en l’absence d’alternative.
Attention : il ne faut pas utiliser la voie SC pour les antibiotiques concentration-dépendants.
Quelles modalités d’administration ?
Utiliser les sites habituels de perfusion SC pour administrer les antibiotiques, notamment cuisse, abdomen, haut du dos.
Utiliser la même dose et dilution que celle employée en IV. L’intérêt de la co-administration d’hyaluronidase ou de l’application de compresses chaudes pour améliorer l’absorption est incertain, faute de preuves solides.
Réaliser une perfusion SC de 30 à 60 minutes avec un cathéter SC souple. L’injection SC directe en bolus n’est pas recommandée, sauf s’il est impossible de maintenir la perfusion et que le rapport bénéfice/risque est jugé favorable.
On peut initier l’antibiothérapie directement – sans dose IV initiale – pour la ceftriaxone, l’ertapénème, le méropénème, la pipéracilline-tazobactam, le témocilline et la céfazoline. La téicoplanine doit être administrée par voie IV pendant les 48 premières heures (période de charge), avant un passage à la voie SC.
Pour minimiser les effets indésirables locaux et le risque infectieux lors de l’administration SC d’antibiotiques, les auteurs précisent que les recommandations de 2019 de la Société française d’hygiène hospitalière (SF2H) sur la pose et l’entretien des dispositifs d’accès SC sont toujours d’actualité.1
Surveiller
Si les effets indésirables locaux liés à l’antibiothérapie SC sont en général peu fréquents, modérés et réversibles, de rares cas de nécrose cutanée ont été signalés après administration SC rapide, principalement avec les aminosides, qui ne sont plus recommandés par cette voie. Une vigilance particulière est requise chez les patients sous anticoagulants ou antiagrégants, en raison du risque accru d’hématome.
Ainsi, il faut surveiller le point de ponction à chaque perfusion SC, et au minimum une fois par jour.
L’infusion SC d’antibiotiques doit être interrompue en cas d’effets indésirables locaux significatifs (douleur, érythème), avec retrait du cathéter et réévaluation de la faisabilité de la voie SC.
La date et le site d’insertion du cathéter SC doivent être documentés, et le cathéter ne doit pas rester en place plus de cinq jours consécutifs.
Le suivi des concentrations plasmatiques d’antibiotiques (dosages sériques) n’est pas systématique (sauf pour la téicoplanine) ; il peut être envisagé en cas d’infection complexe, posologies inhabituelles, poids extrêmes.
Comment prescrire ?
L’administration SC d’antibiotiques constitue un usage hors AMM et n’est donc pas remboursée par l’Assurance maladie. Mais la perfusion d’antibiotiques à domicile est définie comme une perfusion durant plus de 15 minutes, et est couverte par un dispositif de remboursement spécifique (Perfadom). Les prescriptions doivent être rédigées avec soin pour le pharmacien et l’infirmier afin de garantir la sécurité juridique et le remboursement. Un exemple d’ordonnance est indiqué en figure (bien faire figurer la notion de prescription hors AMM en toutes lettres).
L’accord du patient (ou de son responsable légal) doit être obtenu et tracé dans le dossier.
Pour en savoir plus :
Forestier E, Gavazzi G, Diamantis S, et al. Antibiothérapie sous-cutanée : recommandations de bonne pratique clinique SPILF/SFGG 2025. Journées nationales d’infectiologie 12 juin 2025.
ANSM. Ceftriaxone (Rocéphine et génériques) – Rappel sur les voies d’administration. 15 avril 2021.
Forestier E, Gavazzi G, Diamantis S, et al. Subcutaneous antibiotic therapy: Guidelines for clinical practice – Société de Pathologie Infectieuse de Langue Française/Société Française de Gériatrie et de Gérontologie. Infect Dis Now 2026;56(2):105232.
Roubaud-Baudron C, Fauchon H, Stanke-Labesque F, et al. Pharmacokinetics of Subcutaneous and Intravenous Ceftriaxone in an Older Population: The PhASAge Study Open Access. Open Forum Inf Dis 2025;12(6):ofaf313.