Depuis le début de l’année, on constate déjà un nombre important de cas importés de dengue et de chikungunya en France métropolitaine (environ 500 cas confirmés de dengue et 50 de chikungunya), avec un risque d’apparition de cas autochtones sur le territoire. Ainsi, la DGS alerte : il est essentiel d’identifier précocement tous les cas afin de réduire le risque de transmission virale sur le territoire métropolitain. En effet, « la survenue de cas autochtones est très souvent liée à une absence de diagnostic, une sous-déclaration ou à une déclaration tardive des cas », rappelle-t-elle.
Quatre arboviroses surveillées
Les diagnostics d’arboviroses doivent être évoqués devant tout syndrome fébrile et algique, en l’absence d’autre signe d’appel infectieux ET sans autre diagnostic y compris SANS la notion de séjour en zone de circulation des virus. Transmises par le moustique tigre, le chikungunya, la dengue et le Zika ont des symptomatologies très proches (cf. encadré).
Concernant le virus West Nile, la surveillance est renforcée également du 1er mai au 30 novembre, période d’activité du moustique vecteur Culex (contrairement au moustique tigre, actif en journée, ce moustique pique surtout le soir et la nuit) ; il n’existe pas de transmission interhumaine directe ou vectorielle. L’objectif de la surveillance est de repérer précocement la circulation du virus afin de protéger les personnes à risque de développer des formes graves, en particulier par la sécurisation des dons de sang et des greffons dans les zones de circulation virale identifiée.
Diagnostic biologique : conduite à tenir
Le diagnostic biologique se fait sur prélèvement sanguin/liquide cérébrospinal (LCS), selon la date de début des premiers signes :
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jusqu’à 5 jours après le début des signes (J5) : méthode RT-PCR sur sérum ;
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entre J5 et J7 : méthode RT-PCR sur sérum et examen sérologique (recherche des IgG et IgM spécifiques) ;
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après J7 : examen sérologique uniquement (IgG et IgM spécifiques) avec un second prélèvement de confirmation au plus tôt 10 jours après le premier.
Les analyses sérologiques sont à réaliser au CNR des arbovirus Marseille.
En raison de zones de circulation superposables et de signes cliniques similaires, les bilans doivent systématiquement cibler la dengue ET le chikungunya ET le Zika.
En cas de résultats négatifs en PCR pour la dengue et le chikungunya, les tubes sont à envoyer au CNR des arbovirus de Marseille avec la fiche de renseignement clinique : http ://www.cnr-arbovirus.fr/
Attention : la vaccination fièvre jaune peut induire une sérologie dengue faussement positive.
Le diagnostic biologique de l’infection à virus West Nile repose sur l’analyse du sang et/ou du liquide cérébro-spinal (LCS) ; en raison de réactions croisées possibles avec d’autres flavivirus (dengue, Zika), tout résultat positif doit être confirmé par un test de neutralisation réalisé au CNR de Marseille.
Le traitement de ces arboviroses est avant tout symptomatique (antalgiques, antipyrétiques) ; l’aspirine et les AINS sont contre indiqués.
Nouvelles modalités de signalement
En cas de résultat positif pour une de ces 4 arboviroses, le signalement des cas est obligatoire. Depuis le 22 avril 2026, la dématérialisation est entrée en vigueur pour ces pathologies (et rougeole)via le Portail : https ://signalement.social-sante.gouv.fr/. Elle s’accompagne de nouveaux formulaires Cerfa disponibles sur le site de Santé publique France (https ://www.santepubliquefrance.fr/liste-des-maladies-a-signalementobligatoire). Ces nouveaux formulaires comportant des données nominatives, leur transmission à l’ARS doit obligatoirement être sécurisée : signalement sur le PSIG à privilégier, ou, à défaut, transmission du formulaire par messagerie sécurisée ou plateforme de dépôt sécurisée.
Le signalement des cas doit être réalisé au plus tôt pour permettre à l’ARS de mettre en œuvre des investigations et des mesures de lutte antivectorielle adaptées.
Encadré. Arboviroses : principales caractéristiques cliniques.
Dengue : le plus souvent asymptomatique
Majoritaires, les formes asymptomatiques (apyrétiques) ou paucisymptomatiques (75 - 90 % des cas) contrastent avec les rares formes graves, voire létales.
La forme classique est principalement un syndrome pseudogrippal sans signes respiratoires : fortes fièvres, céphalées, myalgies, asthénie.
La forme sévère (dengue hémorragique) survient dans 2 à 4 % de cas, au moment de la défervescence thermique, entre le 4e et le 6e jour environ. Elle est plus commune en cas d’infections répétées ou en présence de facteurs de risque comme la grossesse, les âges extrêmes (< 2 ans ; > 65 ans), l’immunodépression, les pathologies chroniques (diabète, obésité…) et les syndromes drépanocytaires majeurs.
Les signes d’alerte des formes sévères définis par l’OMS sont :
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douleurs abdominales persistantes et d’intensité croissante ;
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vomissements persistants ;
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épanchements séreux ;
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hémorragies muqueuses ne cédant pas spontanément ;
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agitation ou somnolence ;
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hépatomégalie ;
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baisse rapide des plaquettes associée à une élévation de l’hématocrite.
Chikungunya : les formes chroniques sont fréquentes
Le plus souvent symptomatique (environ 80 % des cas), le chikungunya provoque généralement de fortes fièvres et des arthralgies intenses prédominant aux extrémités des membres (poignets, chevilles, phalanges).
D’autres signes possibles, aspécifiques : éruption maculopapulaire sur la face, le torse et les jambes, troubles digestifs, céphalées, myalgies.
L’évolution vers des arthralgies chroniques, dont le retentissement est important sur la qualité de vie, concernerait 20 à 60 % des patients selon le lignage viral et la qualité des soins reçus. Les facteurs de risque identifiés sont superposables à ceux de la dengue.
Zika : complications rares, surtout maternofœtales
En dehors des cas asymptomatiques (50 à 80 %), le tableau clinique est proche de celui de la dengue : éruptions cutanées (exanthème maculopapuleux), conjonctivite fièvre modérée ou absente, arthralgies et myalgies…
La résolution est spontanée en environ une semaine aussi, mais des complications neurologiques, comme des syndromes de type Guillain-Barré. Cependant, les manifestations maternofœtales sont de loin les plus importantes, avec la survenue de malformations cérébrales et de retard cognitif dans les cas des infections du 1er et 2e trimestres de grossesse.
Virus du Nil occidental
Le virus West Nile est majoritairement asymptomatique ou peu symptomatique (environ 80 % des cas). Toutefois, chez environ 20 % des personnes infectées, un syndrome pseudogrippal peut apparaître, associant une fièvre d’apparition brutale, des céphalées, des douleurs musculaires et articulaires, parfois une éruption cutanée. Les formes graves représentent < 1 % des cas et touchent principalement les sujets âgés (méningites, encéphalites, méningo-encéphalites, paralysies flasques, syndrome de Guillain-Barré). La période d’incubation est de 2 à 14 jours. La phase aiguë dure environ une semaine.