Le binge drinking , défini en France1 comme la consommation d’au moins 6 verres standards (10 g d’alcool pur chacun) en une seule occasion, aligné sur le seuil de l’OMS2, touche particulièrement les 15 - 24 ans. Pourtant, son impact sur la santé, même à basse fréquence (moins d’une fois par mois), reste mal documenté, alors que les messages de prévention peinent à convaincre les jeunes de sa dangerosité.
Une étude transversale a analysé les données de 3 308 étudiants âgés de 18 à 25 ans (âge moyen : 21,3 ans ± 1,9 ans), tous consommateurs d’alcool, recrutés par un questionnaire en ligne de 30 minutes diffusé via 10 universités et écoles de Paris. En tout, 85,3 % (N = 2 821) étaient des femmes et 14,7 % (N = 487) des hommes. Parmi les 3 571 réponses reçues, 256 (7,2 %) ont été exclues. Les participants ont été classés en 4 groupes selon leur fréquence de binge drinking , évaluée par le troisième item de l’« Alcohol Use Disorders Identification Test » (AUDIT), questionnaire de référence pour détecter un trouble de l’usage de l’alcool chez les jeunes3 :
« non binge drinkers » (N = 473 soit 14,3 %, jamais 6 verres ou plus en une occasion) ;
binge drinking à basse fréquence (N = 1 204 ; 36,4 %, au moins une fois dans la vie mais moins d’une fois par mois) ;
à fréquence moyenne (N = 1 001, 30,3 %) ;
à haute fréquence (N = 630 ; 19,0 %).
Les données collectées portaient sur des facteurs liés à l’alcool (scores AUDIT et cAUDIT, âge de première intoxication), environnementaux (tabagisme ; cannabis) et psychologiques (motivations de consommation, impulsivité, anxiété sociale).
Les résultats, publiés dans le Journal of Addictive Diseases en mai 20264, révèlent que, même à basse fréquence, le binge drinking est associé à un risque accru de trouble de l’usage de l’alcool. Les buveurs occasionnels présentaient des scores AUDIT et cAUDIT significativement plus élevés que les « non binge drinkers » (respectivement 6,3 vs 2,6, p < 0,001, et 4,1 vs 2,2, p < 0,001).
La prévalence de la consommation nocive (AUDIT ≥ 8 pour les hommes, ≥ 7 pour les femmes) atteignait 36,5 % chez les buveurs à basse fréquence, contre 4,8 % chez les « non binge drinkers ». Par ailleurs, ces derniers fumaient davantage, présentaient une tendance plus marquée à la recherche de sensations (score UPPS-P de 10,5 vs 9,5, p < 0,001) et des motivations de consommation à visée sociale et d’amélioration de l'humeur plus fréquentes.
L'analyse statistique a confirmé que le cAUDIT, le tabagisme, les motivations sociales et d’amélioration, ainsi que la recherche de sensations distinguaient significativement les buveurs à basse fréquence des « non binge drinkers ».
Ces données démontrent que le binge drinking même occasionnel, n’est pas anodin et doit être pris en compte dans les stratégies de prévention, d’autant qu’il concerne un tiers des étudiants de cette cohorte. L’étude souligne l’importance d’adapter les messages de santé publique, notamment via des campagnes de sensibilisation ciblant spécifiquement les risques liés à cette pratique. Il faut cependant préciser que la cohorte étudiée était majoritairement féminine, limitant la généralisation des résultats à une population plus hétérogène.
2. World Health Organization. Global status report on alcohol and health 2018. 27 septembre 2018.
3. Gache P, Michaud P, Landry U, et al. The Alcohol Use Disorders Identification Test (AUDIT) as a screening tool for excessive drinking in primary care: Reliability and validity of a french version. Alcohol Clin Exp Res 2005;29(11):2001-7.
4. Dereux A, Poupon D, Nann S, et al. Low-frequency binge drinking: Associated factors and consequences. J Addict Dis 2026;44(2):195-205.