L’étude du corps humain en microgravité, menée à l’occasion des missions spatiales ou dans des modèles de simulation au sol, offre un terrain d’exploration unique pour comprendre les effets de la sédentarité, du vieillissement ou du confinement prolongé – autant de situations fréquentes en médecine générale.L’absence de gravité entraîne un déconditionnement global : atrophie musculaire, fonte osseuse (jusqu’à 1 % par mois au niveau de la hanche), résistance à l’insuline, dysfonction endothéliale et diminution de la VO2 max. Le système cardiovasculaire s’altère, avec un risque accru de syncope à l’orthostatisme. À cela s’ajoutent des transferts liquidiens thoracocéphaliques, pouvant induire céphalées, bouffissure du visage et oedème neuro-oculaire.Les recherches spatiales utilisent aussi des modèles au sol comme l’alitement prolongé (« head-down bed rest ») ou l’immersion sèche pour simuler l’impesanteur. Ces outils permettent de tester des contre-mesures (activité physique, dispositifs médicaux, médicaments) pour prévenir ces effets. L’approche actuelle est intégrative et multiomique, combinant biologie cellulaire, imagerie, données cliniques et intelligence artificielle.Au-delà de la physiopathologie, la biologie spatiale ouvre des perspectives nouvelles : cultures cellulaires 3D, cristallisation de protéines, impression de tissus biologiques sans gravité.Enfin, plusieurs innovations technologiques développées pour les astronautes se révèlent utiles sur Terre : biocapteurs miniaturisés, analyses sur goutte de sang séché, télémédecine autonome, modèles prédictifs de santé.Ainsi, l’espace devient un laboratoire avancé pour la médecine humaine sur Terre, offrant des modèles reproductibles de pathologies courantes (sédentarité, ostéoporose, diabète, dysautonomie).
Marc-Antoine Custaud, CHU d’Angers, président de l’International Society for Gravitational Physiology
13 mai 2025