La consommation de tabac et d’alcool diminue depuis plusieurs  années. Mais quelles sont les conséquences sur l’incidence des cancers qui leur sont liés ? Les tendances restent contrastées, avec des évolutions différentes selon le sexe et la tranche d’âge.

Le tabagisme reste la première cause de cancer en France en 20221 comme en 20152. Or, la consommation de tabac diminue depuis 1976 (figure 1). On peut donc se demander si ceci a conduit à une diminution du risque de cancer du poumon, qui est la conséquence la plus spécifique de l’exposition au tabac. La consommation d’alcool (deuxième cause de cancer en France) diminue aussi depuis 1955 (figure 2), ce qui soulève la question d’une possible diminution du risque des cancers les plus liés à l’association de tabac et d’alcool, à savoir les cancers de la cavité buccale, du pharynx, de l’œsophage et du larynx. En effet, les effets du tabac et de l’alcool sur les risques de ces cancers sont approximativement multiplicatifs (figure 3).

Pour rappel, le risque de cancer encouru par une personne d’un âge donné est la conséquence de l’ensemble de ses expositions accumulées antérieurement (à l’exclusion des expositions les plus récentes car il faut du temps pour qu’un cancer apparaisse). Les effets des changements de comportement de la population sont donc plus rapidement détectables chez les jeunes, car chez les personnes plus âgées, les risques dépendent en partie de comportements plus anciens. L’étude des risques de cancers liés au tabac et à l’alcool chez les jeunes est également importante, dans la mesure où on peut s’attendre à ce que leur comportement vis-à-vis du tabac (et peut-être aussi de l’alcool) soit maintenu quand ils vont vieillir.

Cancer du poumon

Les évolutions de l’incidence et de la mortalité par cancer du poumon diffèrent nettement selon le sexe et la tranche d’âge (figure 4). Chez les hommes âgés de 40 ans et plus, l’incidence ne varie pas beaucoup depuis 1990 ; en revanche, dans la population masculine de 15 à 39 ans, elle diminue fortement entre 1990 et 2007, avant de se stabiliser. La mortalité diminue dans les deux classes d’âge sous l’effet de la diminution de l’incidence et de l’amélioration de l’efficacité des traitements.

Chez les femmes, l’incidence augmente très fortement chez les 40 ans et plus. Dans la population de 15 à 39 ans, la hausse est marquée jusqu’en 2003, puis devient plus modérée. La mortalité augmente dans la population de 40 ans et plus jusqu’en 2015, pour ensuite se stabiliser, alors qu’elle elle diminue depuis 2005 chez les 15 à 39 ans.

En 2023, dans la population de 15 à 39 ans, les incidences du cancer du poumon sont quasi équivalentes chez les hommes et les femmes (1,74 et 1,66 pour 100 000), alors qu’elles étaient très différentes en 1990 (2,8 et 1,0). Ces évolutions traduisent à la fois l’entrée tardive des femmes dans le tabagisme en France, et la diminution relativement récente de la consommation de tabac chez les femmes comme chez les hommes, dont les conséquences sont détectables dans la population la plus jeune, dont l’histoire tabagique est beaucoup plus récente.

Cancer des voies aérodigestives supérieures

Les évolutions de l’incidence et de la mortalité par cancer de la cavité buccale, du pharynx, de l’œsophage et du larynx diffèrent selon le sexe (figure 5). Chez les hommes, l’incidence et la mortalité diminuent, aussi bien dans la population de 40 ans et plus que dans celle de 15 à 39 ans. Toutefois, la baisse est moins importante depuis 2010, surtout chez les 15 - 39 ans.

En revanche, chez les femmes, l’incidence augmente dans la population de 40 ans et plus comme dans la population de 15 à 39 ans, et la mortalité est à peu près stable.

Focus sur la population jeune : quels enseignements ?

Dans la population de 15 à 39 ans, on observe la convergence des incidences du cancer du poumon et des cancers des voies aérodigestives supérieures. En 1990, ces deux types de cancer étaient respectivement 2,8 et 5,3 fois plus fréquents chez les hommes que chez les femmes, alors qu’en 2023 les rapports des incidences entre les hommes et les femmes sont seulement de 1,05 et 1,12 (soit des écarts respectifs de 5 % et 12 %).

Ces évolutions suggèrent que les femmes de 15 à 39 ans ont accumulé en 2023 une exposition au tabac et à l’alcool probablement comparable à celle des hommes du même âge ; elles subissent donc les mêmes conséquences.

Enfin, la convergence des incidences du cancer du poumon entre hommes et femmes dans cette tranche d’âge montre clairement l’effet majeur du tabac. L’effet de la pollution particulaire de l’air, qui par ailleurs diminue depuis 1990, apparaît comme négligeable. En effet, si cette dernière avait un rôle déterminant et augmentait, les incidences devraient augmenter dans les deux sexes, avec un maintien relatif de l’écart hommes-femmes.

Qu’en retenir ?

Les baisses de consommation de tabac et d’alcool ont déjà des effets bénéfiques clairs sur l’incidence des cancers du poumon et ORL chez les hommes. Ces effets positifs sont plus facilement détectables chez les plus jeunes, dont l’exposition passée est plus courte que celle des générations plus âgées (même en cas d’arrêt). Néanmoins, il n’est jamais trop tard pour arrêter : cela permet de ralentir l’augmentation du risque, alors que la poursuite des consommations l’aggrave de façon beaucoup plus marquée.

Ces données montrent également, chez les jeunes de 15 à 39 ans, une convergence des incidences des cancers entre hommes et femmes, indiquant une exposition désormais comparable à ces facteurs de risque. 

A 40 ans et plus, l’entrée plus tardive des femmes dans le tabagisme se traduit encore par une hausse des cancers liés au tabac et à l’alcool. 

Références
1. Fink H, Langselius O, Vignat J, et al. Global and regional cancer burden attributable to modifiable risk factors to inform prevention.  Nat Med 2026;32(4):1306-15.
2. Soerjomataram I, Shield K, Marant-Micallef C, et al. Cancers related to lifestyle and environmental factors in France in 2015.  Eur J Cancer 2018;105:103-13.
Hashibe M, Brennan P, Chuang SC,et al. Interaction between tobacco and alcohol use and the risk of head and neck cancer: Pooled analysis in the International Head and Neck Cancer Epidemiology Consortium.  Cancer Epidemiol Biomarkers Prev 2009;18(2):541-50.
Zeka A, Gore R, Kriebel D. Effects of alcohol and tobacco on aerodigestive cancer risks: A meta-regression analysis.  Cancer Causes Control 2003;14(9):897-906.
Pour en savoir plus
Tsuge H, Oze I, Ito H, et al. Attributable fraction and interaction of tobacco smoking and alcohol drinking on the risk of head and neck cancer: A pooled analysis of 11 prospective cohort studies in Japan. Int J Epidemiol 2026;55(2):dyag036.

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