Échecs vaccinaux, perte de protection avec le temps, augmentation des cas de Covid graves et des hospitalisations dans les pays ayant une forte couverture vaccinale… Que répondre aux patients qui doutent de l’efficacité de la vaccination ? Le point sur les dernières données.

 

Une perte de protection vaccinale dans le temps ?

Le développement des vaccins contre le Covid-19 étant récent, la durée de protection à long terme conférée par la primovaccination complète n’est à ce jour pas connue. Des données d’efficacité à 6 mois issues de l’essai clinique de phase III ont été publiées uniquement pour le vaccin Comirnaty sous forme de preprint (40 000 participants). À partir de décembre 2020, les participants appartenant au groupe placebo ont pu devenir éligibles à la vaccination et l’essai s’est poursuivi en ouvert. Pendant la période en aveugle, 51 % des participants de chaque groupe ont eu un suivi de 4 à 6 mois après la 2e dose, et 8 % des receveurs de BNT162b2 et 6 % des receveurs de placebo ont eu un suivi > à 6 mois après la 2e dose. Alors que l’efficacité globale de la vaccination entre J7 post-2e dose et 6 mois était excellente sur les cas de Covid symptomatiques (91,3 %), celle-ci diminuait avec le temps : elle était de 96,2 % entre 7 jours et 2 mois après la seconde dose, de 90,1 % entre 2 et 4 mois et de 83,7 % entre 4 et 6 mois.

En termes d’effectiveness (efficacité de la vaccination dans la vraie vie), plusieurs études observationnelles se sont intéressées à la persistance de la protection vaccinale au cours du temps : la plupart d’entre elles ont montré une baisse de protection vaccinale significative contre l’infection asymptomatique ou symptomatique, qui pouvait être, au moins en partie, attribuable à l’émergence du variant delta dans la population. Une étude anglaise, par exemple, a conclu que l’efficacité de Pfizer était de 92 % 14 jours après la 2e dose, et diminuait à 90 %, 85 % et 78 % après 30, 60 et 90 jours, respectivement (69 % vs. 61 % à 90 jours pour AstraZeneca). Toutefois, ces études observationnelles n’ont pas fait le distinguo entre les infections a- ou peu symptomatiques et les Covid-19 graves ou sévères. Ils ont par ailleurs des limites méthodologiques : le déroulement de la campagne de vaccination, l’évolution du contexte épidémique et des mesures mises en œuvre pour lutter contre l’épidémie, les pratiques de dépistage et le respect des gestes barrières sont de nature à influencer les estimations de l’efficacité vaccinale. Ainsi, en l’absence de randomisation, il est difficile d’exclure les biais potentiels liés à la comparaison des groupes vaccinés et non vaccinés. Ces estimations doivent donc être interprétées avec précaution.

Une augmentation des cas graves dans les pays à forte couverture vaccinale ?

Dans le contexte d’une couverture vaccinale très élevée dans la population, même avec un vaccin très efficace on s’attend à ce qu’une grande proportion de cas, d’hospitalisations et de décès surviennent chez les individus vaccinés, simplement parce que la proportion de la population vaccinée est plus grande que celle non vaccinée et qu’aucun vaccin n’est efficace à 100 %. Cela est particulièrement vrai parce que la vaccination a été prioritaire chez les personnes les plus susceptibles ou les plus à risque de contracter une maladie grave.

L’Angleterre, qui a commencé la campagne de vaccination très précocement, compte aujourd’hui 81 % de sa population adulte totalement vaccinée.

Selon le rapport de Public Health England,le taux de décès dans les 28 jours ou dans les 60 jours suivant un test Covid-19 positif augmente avec l’âge et est considérablement plus élevé chez les personnes non vaccinées que chez les personnes entièrement vaccinées. Le taux d’hospitalisation dans les 28 jours suivant un test Covid positif augmente également avec l’âge, et est nettement plus élevé chez les personnes non vaccinées que chez celles vaccinées (figures ci-dessous).

Figure 1

Figure 2

Source : Public Health England. COVID-19 vaccine surveillance report. Week 36. 9 septembre 2021.

Quel est le profil des personnes en échec vaccinal avec une forme sévère ?

Aux États-Unis, sur 173 millions de personnes vaccinées, 8 000 hospitalisations pour Covid-19 et 1 957 décès ont été signalés au système de surveillance VAERS (Vaccine Adverse Event Reporting System). Un tiers des cas hospitalisés étaient immunodéprimés et 70 % avaient 65 ans et plus. Parmi les personnes décédées, 87 % avaient plus de 65 ans.

Et les échecs vaccinaux en France ?

En France, depuis fin juillet, la Direction de la recherche des études, de l’évaluation et des statistiques (DREES) exploite les données pseudonymisées issues des trois principales bases de données sur la crise de Covid-19 : SIVIC (hospitalisation), SI-DEP (dépistage) et VAC-SI (vaccination). Elle réalise ainsi chaque semaine des croisements entre ces bases et notamment un suivi selon le statut vaccinal des personnes testées positives au Covid-19 et des personnes hospitalisées.

Dans la dernière analyse publiée le 17 septembre (patients entrés à l’hôpital entre le 30 août et le 5 septembre août dont un test RT-PCR positif a pu être identifié dans SI-DEP), 81 % des admissions en soins critiques et 76 % des admissions en hospitalisation conventionnelle concernent des personnes non vaccinées, tandis que les patients complètement vaccinés représentent respectivement 14 % des admissions en soins critiques et 20 % des admissions en hospitalisation conventionnelle. En comparaison, à cette date, la part des personnes non vaccinées en population générale est de 29 % et celle des personnes complètement vaccinées de 60%.

En rapportant les effectifs à la population de chaque statut vaccinal, les entrées en soins critiques s’élèvent à 28 patients pour 1 million de non-vaccinés et 2,3 patients pour 1 million de complètement vaccinés. Ainsi, à taille de population comparable, il y a 12 fois plus d’entrées en soins critiques parmi les non-vaccinés que parmi les complètements vaccinés.

Par ailleurs, sur la période du 30 août au 5 septembre, on comptabilise 15 décès pour 1 million de personnes non vaccinées et 3 pour celles complètement vaccinées. A taille de population comparable, il y a donc environ 5 fois plus de décès chez les non-vaccinés cette semaine-là que chez les complètement vaccines.

Cinzia Nobile, La Revue du Praticien

Pour en savoir plus :

Thomas SJ, Moreira ED Jr, Kitchin N, et al. Six Month Safety and Efficacy of the BNT162b2 mRNA COVID-19 Vaccine.medRxiv 28 juillet 2021.

Sanderson K. COVID vaccines protect againt Delta, but their effectiveness wanes.Nature 19 août 2021.

Public Health England. COVID-19 vaccine surveillance report. Week 36. 9 septembre 2021.

CDC. COVID-19 Vaccine Breakthrough Case Investigation and Reporting. 10 septembre 2021.

DREES. Quel que soit l’âge, bien plus de tests positifs et d’entrées hospitalières parmi les non-vaccinés. 10 septembre 2021.

Figures et tableaux