Avec l’arrivée des beaux jours, reviennent les promenades en forêt : s’il s’agit de forêts de pins ou de chênes, il existe un fort risque de contact – direct ou indirect – avec les poils urticants des chenilles processionnaires. Ceux-ci peuvent causer des lésions irritatives et nécrotiques parfois graves. Comment les traiter ? Quelles informations donner à vos patients ?

Des lésions possibles même sans contact direct

Très faciles à identifier par leur comportement, ces chenilles sont grégaires, se déplaçant en groupe à la suite l’une de l’autre, d’où leur nom. Elles vivent en colonie sur les pins ou les chênes. La chenille processionnaire du pin est présente majoritairement entre janvier et mai, sur une très grande partie du territoire mais surtout dans le sud, le centre et l’ouest de la France. Celle du chêne, entre avril et juillet, essentiellement dans le nord-est, la région parisienne et le nord-ouest du pays.

Ces chenilles sont couvertes d’une multitude de poils urticants (figure), chacun relié à une glande à venin. Les poils se brisent facilement dès le premier contact, ce qui libère un venin à haut pouvoir nécrosant. Le contact avec les poils de ces insectes entraîne donc des réactions parfois graves.

Attention : le contact direct avec la chenille n’est pas nécessaire pour entraîner des symptômes, car ses poils urticants se détachent et sont transportés très facilement sous l’effet du vent. Un rapport de toxicovigilance de l’Anses précisait ainsi que dans la moitié des cas, les personnes exposées l’avaient été indirectement : poils aéroportés, présents sur des surfaces (terrasse, pelouse), des objets (bâton, jouet, bois de chauffage…), des vêtements et des animaux domestiques.

Quels symptômes ?

Les réactions se déclenchent dans les deux heures suivant une exposition aux poils des chenilles.

Le contact avec la peau provoque des irritations plus ou moins prurigineuses : rougeurs, démangeaisons, douleur cutanée, œdème localisé, urticaire et parfois petites cloques.

Le contact avec les yeux peut entraîner conjonctivite, larmoiement, douleur oculaire, éventuellement avec œdème ou démangeaison des paupières, et plus rarement kératite ; avec les voies respiratoires : toux, gêne respiratoire, bronchospasme, voire choc anaphylactique. Au niveau muqueux ou oculaire, ces lésions irritatives ou nécrotiques peuvent parfois être très importantes.

Des signes généraux peuvent être associés : fièvre, asthénie, adénopathies, œdème buccal ou facial, malaise…

Le traitement repose sur les antihistaminiques en cas de prurit, les corticoïdes et éventuellement un bronchodilatateur, en cas d’atteinte respiratoire. Les patients doivent consulter en urgence afin de détecter rapidement les lésions de nécrose.

Que dire à vos patients ?

En prévention

  • Ne pas s’approcher et ne pas toucher les chenilles ou leur nid (en particulier pour les enfants).
  • Se tenir à distance des arbres porteurs de nids.
  • Porter des vêtements longs en cas de promenade en forêt ou près d’arbres infestés.
  • Éviter de se frotter les yeux pendant ou au retour d’une balade.
  • Bien laver les fruits et les légumes de son jardin en cas d’infestation à proximité.
  • Éviter de faire sécher le linge à côté d’arbres infestés.

En cas d’exposition

  • En cas de suspicion d’exposition aux chenilles, prendre une douche et changer de vêtements (les laver à 60 °C).
  • En cas de signes d’urgence vitale (détresse respiratoire…), appeler le 15 ou consulter aux urgences.
  • En cas de contact avec la peau, celle-ci doit être rapidement savonnée et les poils incrustés dans le tégument cutané enlevés à l’aide d’un scotch.
  • En cas de contact buccal (enfant en bas âge en particulier), nettoyer immédiatement la bouche et la langue avec un gant humide, puis consulter en urgence pour détecter rapidement les lésions de nécrose.
  • En cas de contact oculaire, effectuer sans délai un rinçage de quelques minutes à l’eau claire ou sérum physiologique, et prévoir rapidement une consultation spécialisée pour évaluer l’ampleur des lésions.
  • En cas de signes d’intoxication, consulter un médecin ou appeler le centre antipoison.
  • Si contact direct, photographier la chenille pour en faciliter l’identification.

Si des animaux domestiques sont touchés, consulter un vétérinaire ou appeler un centre antipoison vétérinaire (Centre antipoison animal et environnemental de l’Ouest et Centre national d’informations toxicologiques vétérinaires).

Une brochure à destination des patients peut être téléchargée sur ce lien.

Pour en savoir plus
Anses. Chenilles processionnaires : gare aux poils urticants ! 30 mars 2020.
Bulletin des vigilances de l’Anses. Chenilles processionnaires : gare aux poils urticants ! novembre 2019.
De Haro L. Chenilles processionnaires.Rev Prat Med Gen 2006;20(788):763.
Soula M. Un poil urticant… Réaction urticante aux chenilles processionnaires.Rev Prat Med Gen 2010;24(849):758.

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