La chirurgie de la cataracte, très sûre et efficace, est cependant contre-indiquée en cas de comorbidité médicale ou oculaire qui la rend déraisonnablement risquée. Un potentiel surrisque de progressionvers une DMLA néovasculaire (ou DMLA exsudative/humide) a été évoqué dans plusieursétudesdistinctes (dont une revue Cochrane), sans conclusion probante jusqu’alors.
Dans une lettre de recherche publiée le 5 février 2026 dans le JAMA Ophthalmology, des médecins de Cleveland (États-Unis) ont donc cherché à statuer sur la question de l’éventuelle augmentation du risque d’aggravation ou d’apparition d’une DMLA néovasculaire après chirurgie de la cataracte.
Pour cette étude rétrospective, ils se sont appuyés sur des données du réseau collaboratif étatsunien TriNetX récoltées entre 2006 et 2015. À partir de TriNetX, ils ont constitué 2 cohortes d’adultes de 60 ans et plus, afin de comparer leur risque de nouveau diagnostic de DMLA néovasculaire à 1, 3, 6, 12, 18 et 24 mois de suivi. Une cohorte avait subi une chirurgie de la cataracte avec implantation de lentille intra-oculaire, et pas l’autre (cohorte témoin). Le début du suivi était la date de la chirurgie de la cataracte dans la cohorte opérée, et une simple visite ophtalmologique dans le groupe témoin. L’analyse primaire portait sur le nouveau diagnostic d’une DMLA néovasculaire. Une analyse secondaire restreinte aux personnes souffrant de DMLA atrophique (ou DMLA sèche) a évalué le risque de conversion en DMLA néovasculaire après chirurgie de la cataracte.
Afin de limiter les biais, les cohortes ont été appariées suivant les principales caractéristiques sociodémographiques et comorbidités. Les résultats ont été exprimés sous forme de risk ratio (RR) avec intervalle de confiance à 95 % ; les auteurs ont prédéfini un résultat comme étant significatif si l’IC95 % était < 0,90 ou > 1,10, pour prendre en compte les comparaisons multiples.
Pas de surrisque identifié
Après appariement, les auteurs ont retenu 122 384 patients par cohorte (chirurgie vs contrôle) [âge moyen (écart-type) = 70,9 (6,6) ans ; 58,4 % de femmes]. Chaque groupe comportait 14 049 personnes ayant initialement une DMLA atrophique.
Le risque de nouvelle DMLA néovasculaire n’était pas significativement différent entre les 2 groupes, quel que soit le suivi. Parmi les patients souffrant de DMLA atrophique, le risque de conversion en DMLA néovasculaire était similaire entre les 2 groupes, à part à 3 mois de suivi où le résultat était légèrement en faveur des opérés de la cataracte (probablement un effet modeste lié à la variabilité post-chirurgie plutôt qu’un effet protecteur, selon les auteurs).
« Nos conclusions sont cohérentes avec les études qui n’ont pas trouvé d’augmentation du risque de progression de la DMLA après une chirurgie de la cataracte , soulignent les auteurs. Si certains ophtalmologues peuvent hésiter à recommander une intervention chirurgicale à des patients atteints d’une DMLA en raison de leurs inquiétudes quant à la progression de la maladie et aux gains visuels limités, nous avons constaté que ces inquiétudes semblent injustifiées. »
Pour aller plus loin :
Martin Agudelo L. Dépister précocement la DMLA en médecine générale. Rev Prat (en ligne) 9 novembre 2022.
Nobile C. DMLA : la prévention est-elle possible en 2023 ? Rev Prat (en ligne) 12 septembre 2023.
Dormegny L, Gaucher D. Dégénérescence maculaire liée à l’âge. Rev Prat Med Gen 2023;37(1079):332-7.
Mallordy F. La mélatonine pour prévenir la DMLA ? Rev Prat (en ligne) 10 septembre 2024.