Le médecin traitant coordonne la prise en charge de l’incontinence urinaire (IU) avec les autres professionnels de santé (urologue, radiologue, gynécologue, kinésithérapeute, etc.)1. Il choisit le traitement en concertation avec le patient, en tenant compte de la cause de l’incontinence urinaire, de son type, des symptômes associés, de l’impact sur la qualité de vie, de l’état de santé général ainsi que de ses attentes et préférences. Dans cette perspective, l’Organisation mondiale de la santé recommande une évaluation clinique fondée sur la Classification internationale du fonctionnement, du handicap et de la santé2. Selon ces recommandations, une analyse exhaustive de la littérature a été réalisée dans le cadre d’un mémoire d’Institut de formation en kinésithérapie, présenté lors du 45e congrès de la Société interdisciplinaire francophone d’urodynamique et de pelvipérinéologie (SIFUD-PP)3. À partir de données issues d’un thésaurus Medical Subject Headings (MeSH) interrogeant PubMed, les auteurs ont répertorié 48 articles évaluant les différents retentissements physiques, psychiques et sociaux associés à l’IU. Les cinq conséquences les plus fréquemment retrouvées dans ce travail sont présentées dans la figure.

Le médecin traitant propose ainsi une rééducation lorsque celle-ci paraît adaptée à la patiente, afin d’améliorer les symptômes tout en minimisant les effets indésirables et les complications.

Place de la rééducation pelvipérinéale

La rééducation comportementale et pelvipérinéale constitue le traitement de première intention des fuites urinaires. Elle est efficace pour environ une personne sur deux1. Il est recommandé d’informer la patiente que sa participation active contribue à la qualité des résultats. L’incontinence urinaire par urgenturie est très fréquemment sous-évaluée et moins souvent adressée aux rééducateurs, alors que la prise en soin rééducative de première intention est efficace4,5. Certains facteurs cognitivo-comportementaux peuvent participer à l’évolution de l’IU, comme la toux chronique, les comportements mictionnels et défécatoires, la qualité des apports hydriques, la façon de porter des charges, certaines activités physiques et sportives, ainsi que la sédentarité4,6 - 8. La rééducation peut avoir un impact positif en limitant l’effet de ces facteurs de risque, et un examen périnéal n’est à ce stade pas indispensable. Certaines patientes ne le souhaite pas par pudeur, et le thérapeute veille à respecter les préférences de la patiente9. En cas de résultats insuffisants, une rééducation spécifique des muscles pelvipérinéaux et abdominaux, visant à restaurer leurs fonctions (coordination motrice, force, endurance, relâchement), peut être mise en œuvre. Cette rééducation multimodale peut être associée à la mise en place d’un pessaire. Entre les séances, il est recommandé au patient de poursuivre les modifications d’hygiène de vie et les exercices à domicile afin de favoriser le retour aux activités de la vie quotidienne.

Prescription précisant le contexte

Le bilan initial et les séances de rééducation sont codifiés dans la nomenclature générale des actes professionnels (NGAP) et pris en charge par l’Assurance maladie. Ce bilan initial guide le choix des techniques rééducatives. Si les dysfonctions des muscles du périnée ont conduit la NGAP à proposer, dès les années 1980, une nomenclature comprenant le terme de «  rééducation périnéale  », les rééducateurs sont aujourd’hui de plus en plus formés à une approche multimodale des troubles de la continence. En 2021, l’ensemble du groupe de travail de la Haute Autorité de santé sur les prolapsus s’accordait d’ailleurs à préférer le libellé «  rééducation pelvipérinéale  ». 

Lors de la rédaction de la prescription, ni la fréquence ni le nombre de séances ne doivent être précisés, car cela relève de l’appréciation du rééducateur. En revanche, il est pertinent de mentionner la pathologie ainsi que le contexte de survenue de l’incontinence urinaire.

Indiquer par exemple sur l’ordonnance  : «  Bilan et séances de rééducation pelvi-périnéale pour incontinence urinaire par urgenturie  ».

Il est recommandé que les bilans de rééducation soient transmis au prescripteur afin de maintenir une concertation pluridisciplinaire. Il n’est pas nécessaire de prescrire une sonde de biofeedback ou un pessaire, car le professionnel de la rééducation peut le faire lui-même, en fonction de ses préférences et de celles de la patiente. Ces dispositifs sont remboursables dans le traitement de l’IU, à domicile comme au cabinet. 

De nombreux rééducateurs adhèrent à l’Association française de rééducation en pelvipérinéologie (AFREPP  : www.afrepp.org), société savante qui les représente. Un annuaire de ces praticiens, ainsi que de nombreux conseils pratiques, sont disponibles sur le site afrepp.org ou sur celui de la Société internationale de rééducation en pelvipérinéologie [SIREPP  :www.sfphysio.fr]).

Références
1. Assurance maladie. Incontinence urinaire : traitement. https://www.ameli.fr/assure/sante/themes/incontinence-urinaire/traitement
2. König I, Kuhn M, Radlinger L, et al. Development and validation of the ICF-Incontinence Assessment Form (ICF-IAF) to identify problems and resources for planning and evaluation of interventions using the Classification of Functioning, Disability and Health of the World Health Organization. Neurourol Urodyn 2019;38(4):1053-66.
3. Josse P, Steenstrup B. Développement et protocole de validation psychométrique d’un questionnaire expérimental de symptômes et de qualité de vie pour les femmes souffrant d’incontinence urinaire : phase 1. Juin 2022. Présenté lors du 45e congrès de la Société interdisciplinaire francophone d’urodynamique et de pelvipérinéologie (SIFUD-PP).
4. Jha S, Jeppson PC, Dokmeci F, et al. Management of mixed urinary incontinence: IUGA committee opinion. Int Urogynecol J 2024;35(2):291-301.
5. Steenstrup B, Lopes F, Cornu JN, et al. Cognitive-behavioral therapy and urge urinary incontinence in women. A systematic review. Int Urogynecol J 2022;33(5):1091-101.
6. Aigon A, Billecocq S. Prevalence and impact on quality of life of urinary incontinence in an adult population with chronic obstructive pulmonary diseases, literature review. Prog Urol 2018;28(17):962-72.
7. Teixeira RV, Colla C, Sbruzzi G, et al. Prevalence of urinary incontinence in female athletes: A systematic review with meta-analysis. Int Urogynecol J 2018;29(12):1717-25.
8. Steenstrup B, Le Rumeur E, Moreau S, et al. Sedentary lifestyle and urinary incontinence in women: A literature review. Prog Urol 2018;28(17):973-79.
9. Imamura M, Williams K, Wells M, et al. Lifestyle interventions for the treatment of urinary incontinence in adults. Cochrane Database Syst Rev 2015;2015(12):CD003505.

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