Les conduites suicidaires sont des phénomènes éminemment polyfactoriels. Il est donc dif­ficile de définir des stratégies de prévention ciblée univoques au décours d’une tentative de suicide. Les propositions de soins spécifiquement destinés aux suicidants ont souvent échoué à montrer leur efficacité sur la diminution des récidives suicidaires, voire sur la mortalité par suicide.1 Pourtant, une étude rétrospective portant sur près de 2 millions de patients suicidants conclut au haut risque suicidaire de ces patients à la sortie du système de soin, et ce d’autant plus qu’ils ont une pathologie psychiatrique.2
Parmi les dispositifs de suivi post-tentative jugés efficaces, deux conceptions peuvent être distinguées : les dispositifs d’intervention intensive (suivi proactif à domicile ou en consultation par une équipe dédiée sur quelques semaines le plus souvent) et les dispositifs de veille.
Les dispositifs de veille reposent sur le postulat selon lequel le maintien du lien entre le système de soin et les patients ne doit pas être laissé à la seule initiative de ces derniers. Ils consistent donc à proposer aux personnes suicidantes des outils ou des recours fiables, efficaces et directement disponibles en cas de nouvelle crise suicidaire. Sans vocation substitutive, les dispositifs de veille s’inscrivent en parallèle d’une éventuelle prise en charge quand elle est indiquée. Ils apparaissent d’autant plus efficaces qu’ils sont actifs, réguliers, inscrits dans la durée, personnalisés3 sans toutefois envahir le quotidien du suicidant. Ces dispositifs se démarquent également des interventions intensives par un coût financier beaucoup moins lourd et donc une généralisation sur un territoire donné beaucoup plus aisée. En 2015, deux méta-analyses ont été publiées simultanément sur les résultats de programmes de recontact de patients suicidants qui font état de moins de sujets récidivants, de moins de récidives suicidaires totales et d’une baisse de la mortalité suicidaire chez des patients suivis/recontactés après tentative de suicide par rapport à des patients témoins.4, 5 Relevons toutefois le caractère nuancé de ces résultats (résultats non significatifs pour la récidive de tentative de suicide pour les uns,4 résultats sur la récidive disparaissant à 24 mois pour les autres5), qui justifie à nos yeux la nécessité de combiner les différentes interventions.
Les études supports de ces méta-analyses utilisaient toutes une seule modalité de rester en lien. C’est pour­quoi nous avons testé dans un essai clinique randomisé (ALGOS) la possibilité de construire une sorte d’algorithme de veille qui proposerait plusieurs modalités de recontact : cartes de crise, appels téléphoniques et cartes postales régulières si le sujet est non joignable. Étudiée en intention de traiter, la veille « simple » que proposait ALGOS a montré une efficacité tendancielle (p = 0,059)6 sur la réduction de la récidive suicidaire. Encouragés par ces résultats, nous nous sommes appuyés sur des données qualitatives recueillies en parallèle pour optimiser le dispositif en le renforçant d’une possibilité d’interventions de crise par ou à partir du téléphone. Ce dispositif a été baptisé VigilanS.7

Procédure de veille

Entrée dans la veille

Dans VigilanS (fig. 1), tout suicidant sortant du système hospitalier se voit remettre une « carte ressource » qui comporte un numéro d’appel régional unique gratuit (en 0 800). Une lettre d’information lui est également fournie sur laquelle sont indiqués les modalités du dispositif ainsi que son droit d’opposition. En parallèle, le centre partenaire (d’où se fait l’entrée dans le dispositif du patient) prévient le secrétariat...

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