L’épidémie Covid a été accompagnée par un effondrement de la vaccination des nourrissons. Quelles recommandations pour le rattrapage ? Comment convaincre les parents, d’autant plus qu’une recrudescence de l’épidémie est possible ? Les réponses du Dr Kristell Delarue, médecin en PMI. 

 

Quel a été l’impact de l’épidémie sur la vaccination des nourrissons ?

Selon l’étude EPI-PHARE, les chiffres sont assez inquiétants : la vente des vaccins a baissé de -35 % à -71 % durant le confinement. Par exemple pour le ROR (rougeole-oreillons-rubéole), une diminution de 50 % a été rapportée, soit 124 000 doses qui n’ont pas été administrées. Des épidémies pourraient survenir à la rentrée si ces nourrissons ne sont pas vaccinés dans l’immédiat… 

Cette baisse était-elle due à la peur de consulter ?

Bien sûr, l’inquiétude des parents était un facteur important, mais certains médecins ont aussi différé les consultations. Pourtant, dès le 1er avril, la Haute Autorité de santé avait recommandé de maintenir l’ensemble des vaccinations obligatoires des nourrissons, mais nous aurions dû communiquer davantage ! De plus, pour les parents réticents voire « antivax », la pandémie a été peut-être un prétexte pour ne pas vacciner leurs enfants…

Quel rattrapage proposer ? 

Tout d’abord, chaque dose reçue doit être prise en compte : il suffit de reprendre le schéma vaccinal là où il a été interrompu. On peut faire jusqu’à 4 vaccins lors de la même séance, si les parents sont d’accord bien sûr ; chez les bébés de plus d’un an : dans chaque cuisse et dans chaque bras. Pour les tout-petits : 2 vaccins dans la même cuisse en espaçant les points d’injection d’au moins 2,5 cm.

On peut combiner de cette manière tous les vaccins obligatoires, sauf le BCG (pas d’autre vaccin dans le même bras avant 1 mois) qui de toute façon n’est toujours pas disponible en ville, mais seulement dans les services de PMI et les centres de vaccination. 

En cas de fièvre, on préfère différer l’administration pour pouvoir bien distinguer les effets du vaccin de ceux de la pathologie en cours, mais il ne s’agit pas d’une contre-indication formelle !

De même pour l’infection par le SARS-CoV-2 : si un enfant a été en contact avec un cas, on peut le vacciner après la quatorzaine. En cas de Covid confirmée, on attend 8 jours après le début des symptômes par sécurité (on ne sait pas si les vaccins sont efficaces). 

Comment convaincre les parents, d’autant plus qu’une 2e vague peut survenir à la rentrée ?

Il faut tout d’abord les rassurer sur les mesures prises au cabinet : espacement des consultations, accueil de l’enfant avec un seul parent, aération des locaux, renforcement des mesures d’hygiène…

Un argument classique des parents réticents est que les vaccins risquent de « surcharger » le système immunitaire. Il faut leur expliquer qu’amener son bébé au supermarché l’expose bien plus aux pathogènes ! La totalité des vaccins indiqués entre 2 et 18 mois ne sollicite le système immunitaire qu’à 0,1 % de ses capacités.

En cas de 2e vague de Covid, on a intérêt à protéger les nourrissons contre les autres maladies pour éviter des coinfections potentiellement graves (Covid chez un enfant fragilisé par la rougeole par exemple). Quant au pneumocoque, on sait d’une part que les tout-petits sont particulièrement fragiles vis-à-vis des germes encapsulés et d’autre part que le Covid peut faire le lit de surinfections : l’intérêt de la vaccination est double ! Concernant la grippe, l’Académie de médecine incite les médecins à proposer systématiquement le vaccin à tous leurs patients l’automne prochain, la conjonction des deux épidémies pouvant occasionner un engorgement des services de réanimation… 

La perspective d’un vaccin contre le Sars-CoV-2 étant encore incertaine, autant se protéger des autres maladies infectieuses !

Cinzia Nobile, La Revue du Praticien

Kristell Guével-Delarue, Alain Fischer (préface). L’Hésitation vaccinale. Les mots pour expliquer, Presses de l’EHESP, mai 2020.

Figures et tableaux
Références
Photo : Dr Kristell Delarue.