L’exposition chronique aux PFAS, polluants très persistants, bioaccumulables et largement présents dans l’environnement, soulève des préoccupations sanitaires. Pour accompagner les professionnels de santé, le ministère de la Santé a publié plusieurs documents d’information portant sur les risques associés, les principales sources d’exposition, les mesures permettant de la limiter et l’interprétation des dosages sanguins.

Les choses bougent dans la prévention contre les substances per- et polyfluoroalkylées (PFAS) – ou « polluants éternels », dans les médias grand public. Cette famille de plusieurs milliers de composés chimiques, aux nombreuses propriétés attractives pour l’industrie (antiadhésifs, imperméabilisants, stables, résistants aux fortes chaleurs, etc.), est au centre de l’attention ces dernières années. En cause ? Leur persistance, leur présence ubiquitaire (alimentation, produits industriels, eau, air, sols), et leur caractère bioaccumulable, alors que leurs effets néfastes sur la santé sont de mieux en mieux connus : perturbation endocrinienne, dyslipidémie, effets sur l’immunité, cancérogénicité.

Dans ce contexte, le ministère chargé de la Santé a publié le 22 avril 2026 un communiqué annonçant de nouveaux documents d’information sur les PFAS pour les professionnels de santé et le grand public – leur définition, les enjeux sanitaires associés, les principales sources d’exposition et les bonnes pratiques pour réduire son exposition individuelle. Les points essentiels ci-dessous.

De quoi parle-t-on ?

Les PFAS constituent une classe chimique vaste et complexe de plusieurs milliers de composés organiques fluorés, d’origine exclusivement anthropique, et devenus omniprésents dans l’environnement. Les plus connus sont le PFOA (acide perfluorooctanoïque) et le PFOS (acide perfluorooctane sulfonique). Ils sont parfois appelés « polluants éternels », car ils se dégradent très lentement et persistent dans l’environnement. Toute la population y est exposée à des niveaux variables, avec des surexpositions potentielles liées à certaines activités professionnelles ou dans des zones de contamination plus marquée.

Exploitées depuis la fin des années 1940, les PFAS ont des propriétés attractives multiples pour l’industrie : antiadhésives, ignifuges, antitaches, imperméabilisantes, résistantes aux fortes températures, émulsifiantes, tensioactives, moussantes, etc. Cela explique leur mise en œuvre dans de très nombreux produits, résultant en une pollution de tous les milieux environnementaux (voir plus bas). Il en résulte un renforcement de la réglementation en France et en Europe, et des réflexions sur la conduite clinique à tenir suivant le dosage des PFAS.

Quels effets sanitaires ?

De manière générale, les données sur les effets sanitaires de l’exposition chronique aux PFAS restent limitées et concernent surtout des expositions élevées (professionnelles ou environnementales).

Les preuves sanitaires solides concernent un nombre limité d’effets, et principalement certaines molécules (PFOA, PFOS, PFHxS [acide perfluorohexane sulfonique], PFNA [acide perfluorononanoïque]), mais l’état des connaissances évolue rapidement.

Pour l’instant, 3 effets potentiels sur la santé ont un niveau de preuve scientifique suffisant :

  • diminution de la réponse biologique immunitaire adaptative (diminution de la production d’anticorps) à certains vaccins, dont ceux contre la diphtérie et le tétanos, en particulier avec le PFOA, le PFOS, le PFHxS et le PFDA (acide perfluorodécanoïque), sans qu’on puisse tirer de conclusion sur l’efficacité vaccinale ;

  • dyslipidémie (augmentation du cholestérol total et du cholestérol LDL, voire des triglycérides), mis en évidence pour PFOA, PFOS, PFNA et PFDA, sans lien établi pour l’instant avec d’autres maladies (obésité, diabète, pathologies CV) ;

  • légère diminution du poids à la naissance, estimée de 1 à 20 g pour une augmentation de 1 ng/mL de PFOA ou PFOS dans le sang maternel.

 

En novembre 2023, le Centre international de recherche sur le cancer (CIRC) de l’OMS a classé le PFOA comme « cancérogène pour l’humain » (groupe 1), sur la base de données « suffisantes » sur sa cancérogénicité chez l’animal et mécanistiques « fortes » chez les individus exposés. Une association causale est notamment suspectée pour les cancers du testicule et du rein. Le PFOS a été classé comme « peut-être cancérogène pour l’humain » (groupe 2B), sur la base d’indications mécanistiques « fortes », mais « limitées » chez l’animal et des preuves épidémiologiques « insuffisantes ».

D’autres effets sur la santé humaine sont suspectés, avec des niveaux de preuve limités ou insuffisants à ce jour : atteintes hépatiques (majoration du taux de certaines enzymes), troubles hormonaux (en particulier dysthyroïdie, puberté précoce, infertilité, sachant que certains PFAS sont assimilés à des perturbateurs endocriniens), hypertension gravidique ou prééclampsie, rectocolite hémorragique, atteinte de la fonction rénale, troubles du développement neurologique (troubles cognitifs, TSA, TDAH).

Les problèmes de santé potentiellement associés aux PFAS peuvent être associés à de nombreux autres facteurs de risque documentés et caractérisés (génétique, habitudes de vie, exposition à des contaminants environnementaux, etc.), d’où la difficulté à identifier leur contribution spécifique.

De plus, certains biais ne peuvent être éliminés, les preuves les plus solides provenant d’études portant sur une exposition professionnelle, non représentative de la population générale.

Dosage de PFAS : quelle signification clinique ?

Il n’existe pas, à ce jour, de recommandations françaises ou européennes pour un dépistage biologique individuel ou une prise en charge spécifique basée sur un dosage sanguin (absence de seuils réglementaires ou de conduite à tenir validée pour la prise en charge). La HAS a été saisie de la question. Les dosages sanguins peuvent être utilisés dans un cadre de recherche sur l’imprégnation nationale ou locale des populations par exemple, avec une expertise spécialisée.

En attendant, plusieurs travaux émergent à ce sujet. Ainsi, un rapport de 2022 des Académies nationales des sciences, de l’ingénierie et de médecine aux États-Unis (NASEM) propose des seuils d’interprétation clinique des concentrations sanguines de PFAS portant sur une somme de 7 PFAS mesurés dans le plasma (PFHxS, PFOA, PFOS, PFNA, MeFOSAA [acide N-méthylperfluoroctane sulfonamide acétique], PFDA, et PFUnDA [acide perfluoroundécanoïque]) :

  • < 2 ng/mL : niveau considéré comme faible. Pas de suivi spécifique lié aux PFAS ;

  • 2 – < 20 ng/mL : niveau intermédiaire. Encourager la réduction des expositions et proposer certains dépistages (par exemple : dyslipidémie, hypertension gravidique, cancer du sein) ;

  • ≥ 20 ng/mL : niveau élevé. Suivi clinique renforcé et examens supplémentaires (fonction thyroïdienne, surveillance de cancers spécifiques, etc.).

 

Attention toutefois : ces valeurs ne font pas consensus, et ne sont pas officielles.

Principales sources environnementales

Les PFAS peuvent pénétrer dans l’organisme à partir de différentes sources et par plusieurs voies :

  • l’alimentation, par la consommation d’eau ou d’aliments contaminés ou, dans une moindre mesure, par la migration dans les aliments à partir de certains emballages alimentaires ou ustensiles de cuisson. Les PFAS sont surtout présents dans les poissons, les fruits de mer, les viandes (plus particulièrement les abats) et les œufs. Les fruits et légumes peuvent aussi être concernés, dans une moindre mesure ;

  • l’air et les poussières (principalement à l’intérieur des logements ou en milieu professionnel), en inhalant des produits ou en ingérant des poussières issues de produits contenant des PFAS (notamment pour les enfants en bas âge) ;

  • le transfert de la mère au fœtus via le placenta ou à l’enfant via le lait maternel ;

  • d’autres modes de contamination sont possibles (contact cutané, inhalation d’air extérieur), mais sont considérés comme minoritaires.

 

D’après les connaissances actuelles, pour la population générale, l’ingestion constituerait la voie d’exposition majoritaire, en premier lieu par l’alimentation (en particulier à partir des produits d’origine animale tels que les produits de la mer, les œufs et certaines viandes) et secondairement par l’eau de boisson. L’importance de chaque voie d’exposition reste cependant très variable : chacun est exposé différemment selon ses habitudes de consommation, son environnement de vie (matériaux d’intérieur, présence proche de sites contaminés…) et de travail (industrie fabriquant ou utilisant des PFAS, etc.).

Bonnes pratiques pour limiter son exposition

La réduction de l’exposition aux PFAS est un objectif de prévention pour l’ensemble de la population, qui s’appuie notamment sur la réduction progressive de leur utilisation et de leurs rejets dans l’environnement. À l’échelle individuelle, bien qu’il soit difficile de s’y prémunir complètement, certaines pratiques (voir figure ci-contre) peuvent limiter l’exposition, et donc les risques associés. Des précisions sont disponibles au lien suivant, ainsi que dans une fiche actualisée du centre de lutte contre le cancer Léon Bérard.

CAT face à un patient inquiet, ou ayant un résultat de dosage sanguin

La prise en charge doit s’inscrire dans une démarche clinique d’approche centrée sur le patient

et de décision partagée en santé, suivant chronologiquement les étapes ci-après :

  • informer et rassurer sans banaliser : exposition diffuse, effets possibles mais incertitudes importantes ;

  • identifier des situations de vigilance particulière : zone de contamination connue, exposition professionnelle, femme enceinte ou allaitantes et/ou nourrisson ;

  • en l’absence de recommandations nationales, ne pas prescrire de dosage individuel ;

  • centrer l’action sur la prévention et la réduction de l’exposition (voir figure).

Pour en savoir plus
Ministère chargé de la Santé. PFAS : mise à disposition de nouveaux outils d’information pour le public et les professionnels de santé. 22 avril 2026.
Gouvernement. Brochure. PFAS : comprendre pour mieux agir. 20 avril 2026.
Direction générale de la santé. Fiche « en résumé » à destination des professionnels de santé. Substances per- et polyfluoroalkylées (PFAS) et santé. 3 avril 2026.
Ministère chargé de la Santé. Polluants éternels (PFAS) : s’informer et réduire son exposition. 2026.
Ministère chargé de la Santé. Les PFAS et l’eau destinée à la consommation humaine. 8 janvier 2026.
Ministère chargé de la Santé. Les PFAS. 2026.
Département Prévention Cancer Environnement, Centre Léon Bérard. Fiche. Perfluorés et polyfluoroalkylés (ou PFAS). 2 février 2026.
Ministère chargé de la Transition écologique. PFAS : surveillance de l’état des eaux de la France. 24 avril 2026.
Gaillard L, Bernal K, Coumoul X, et al. Polluants éternels et contamination humaine : état des lieux et enjeux autour des substances per- et polyfluoroalkylées (PFAS).  Cah Nutr Diet 2024;59(6):349-61.

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