Les compléments alimentaires sont très utilisés chez les sportifs, qu’ils soient amateurs ou professionnels, en raison de leur richesse nutritionnelle. Parmi les plus populaires, on retrouve la spiruline et la whey. Pourtant, même s’ils sont « naturels », leur consommation n’est pas dépourvue de risques…

Si les compléments alimentaires et aliments enrichis pour sportifs sont traditionnellement utilisés par les culturistes, leur consommation tend à s’élargir chez de nombreux sportifs, l’objectif recherché étant de développer la masse musculaire ou réduire la masse grasse. Cette pratique est encouragée par une croyance non fondée selon laquelle l’alimentation courante ne suffirait pas à atteindre les objectifs de performance fixés.

Parmi les plus populaires, on retrouve la spiruline et la whey. La spiruline est fabriquée de façon industrielle à partir de cyanobactéries,1 essentiellement Arthrospira platensis et Arthrospira maxima. Appelées souvent « algues bleues », il s’agit en réalité de cyanobactéries photosynthétiques.

Quant à la whey, c’est un mélange de protéines issues du lactosérum. Elle se présente sous trois formes : la whey concentrée, qui contient environ 70 à 80 % de protéines avec encore du lactose et des graisses ; la whey isolate, plus filtrée, avec 90 % de protéines et très peu de lactose ; la whey hydrolysée (80 à 90 % de protéines), dont les protéines sont prédécoupées pour en faciliter l’absorption.

Des effets indésirables potentiellement graves

Entre 2016 et février 2024, 154 nouveaux cas d’effets indésirables ont été déclarés à l’Anses2 à la suite d’une consommation de compléments alimentaires destinés aux sportifs, dont 18 considérés comme très graves. Deux décès sont survenus et quatre personnes ont vu leur pronostic vital menacé. Parmi les nombreux effets indésirables rapportés, les effets cardiovasculaires sont les plus fréquents : tachycardie, palpitations voire arrêts cardiaques. Des symptômes généraux tels que malaise, fatigue, fièvre, vertiges, des effets digestifs mais aussi neurologiques (AVC) ont également été enregistrés.

Ainsi, l’Anses rappelle que les compléments alimentaires destinés au développement musculaire ou à la réduction de la masse grasse ne sont pas anodins. Elle déconseille fortement leur consommation chez les personnes ayant des facteurs de risque CV, souffrant de pathologies cardiaques, rénales ou hépatiques, ou encore de troubles neuropsychiatriques. Ces produits sont également déconseillés aux enfants, aux adolescents, ainsi qu’aux femmes enceintes ou allaitantes. L’Agence recommande d’informer son médecin d’une consommation de compléments alimentaires et de privilégier des produits conformes aux normes en vigueur, notamment la norme AFNOR NF V 94 - 001, afin de limiter les risques de contamination (métaux lourds) ou de non‑conformité.

Aussi un risque allergique

Allergie à la spiruline

Bien qu’exceptionnels, quelques cas ont été décrits. Le premier a été publiée en 20103 chez un enfant de 13 ans. Six heures après l’ingestion de cinq comprimés à base de spiruline, l’enfant a eu une urticaire généralisée associée à un œdème des paupières supérieures. Un bilan allergologique complet (tests cutanés et IgE spécifiques) a confirmé que la spiruline était responsable. L’allergène suspecté est une protéine liée à son pigment caractéristique, la phycocyanine.

En 2011, un cas grave d’allergie a été signalé à l’Anses, chez un homme de 35 ans ayant consommé deux cuillères de spiruline pendant trois jours consécutifs. Lors de la dernière prise, il a eu un angiœdème du visage, une urticaire et une gêne respiratoire. L’Anses a jugé l’imputabilité « très probable ».

Courant 2022, Pescosolido4 et collègues rapportent un nouveau cas d’hypersensibilité IgE‑médiée à Arthrospira platensis (spiruline) chez un adulte quelques heures après l’ingestion d’un complément à base de spiruline. Les prick-tests réalisés avec la spiruline étaient positifs, avec détection d’IgE spécifiques dirigées contre Arthrospira platensis, confirmant une véritable allergie IgE‑dépendante. Les auteurs évoquent l’implication probable d’une protéine associée à la phycocyanine, mais cette piste doit être confirmée.

Allergie à la whey

Plusieurs cas de réactions allergiques ont été décrits après ingestion de whey, les tests allergologiques montrant le rôle de la β‑lactoglobuline, de l’α‑lactalbumine ou de l’albumine sérique bovine, allergènes bien connus du lait de vache.

Cependant, certaines personnes présentent des réactions allergiques alors qu’elles ne sont pas allergiques au lait et tolèrent parfaitement les produits laitiers. Dans ces cas,5 les prick‑tests sont positifs pour les produits finis (shakes, barres protéinées) mais négatifs pour le lait, indiquant que l’allergie ne porte pas sur les protéines naturelles du lait, mais sur des protéines modifiées, dénaturées ou nouvellement formées lors des procédés industriels utilisés pour fabriquer les produits (chauffage, hydrolyse, ultrafiltration, concentration).

Pour les allergiques au lait, intolérants au lactose ou les végétaliens, des alternatives protéiques à base de légumineuses (pois, soja, riz, fèves) ont été développées. Bien qu’elles ne proviennent pas du lactosérum, certaines sont malgré tout présentées sous des appellations évoquant la whey, afin de jouer sur la popularité de ce terme dans la nutrition sportive.

Qu’en retenir ?

La popularité croissante des compléments alimentaires et aliments enrichis en protéines, même chez les personnes plus sédentaires, ne doit pas faire oublier les mises en garde émises par l’Anses.

Au‑delà des dangers identifiés par l’agence, il ne faut pas négliger non plus les risques allergiques liés à la whey , notamment chez les personnes allergiques aux protéines de lait. Elles peuvent se manifester par des troubles digestifs, cutanés ou respiratoires. Bien que peu fréquents, ces effets doivent être pris en compte dans l’évaluation individuelle du rapport bénéfice-risque.

Attention : tout effet indésirable suspecté d’être lié à la consommation de compléments alimentaires doit être déclaré à la nutrivigilance, afin d’améliorer la surveillance et la sécurité des consommateurs.

Références
1. Ahounou MN. Thèse. La spiruline : un complément alimentaire en conseil à l’officine. Enquête d’utilisation.  HAL 31 mai 2018.
2. Anses. Compléments alimentaires et aliments enrichis pour sportifs : des consommations à risque. 17 juillet 2024.
3. Petrus M, Culerrier R, Campistron M, et al. First case report of anaphylaxis to spirulin: Identification of phycocyanin as responsible allergen. Allergy 2010;65(7):924-5.
4. Pescosolido E, Yerly D, Caubet JC, et al. Delayed IgE–mediated hypersensitivity to Arthrospira platensis (spirulina).  Ann Allergy Asthma Immunol 2022;129(4):522-4.
5. Rorie AC, Poole JA. Allergic reactions associated with ingestion of protein supplements.  J Allergy Clin Immunol 2019;143(2):AB152.

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