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La consommation d’alcool entraîne de nombreux problèmes sanitaires et sociaux à court et long terme.1-4 En France, l’alcool reste très fréquemment consommé et est responsable de plus de 40 000 décès par an.5 Les données d’enquêtes telles que le Baromètre de Santé publique France 2017 en population adulte (25 319 personnes âgées de 18 à 75 ans)6 et l’enquête ESCAPAD 2017 en population adolescente (39 115 jeunes de 17 ans),7 complétées par les données de mise à disposition d’alcool (ventes d’alcool), permettent de décrire les niveaux et modes de consommation d’alcool de nos jours en France métropolitaine.

En population adulte

Niveaux de consommation et évolutions

En 2017, 86,5 % des personnes âgées de 18 à 75 ans déclaraient avoir bu de l’alcool au cours des 12 derniers mois et 40,0 % au moins une fois par semaine. Les 13,5 % d’abstinents au cours des 12 derniers mois se décomposent en 5,4 % de personnes n’ayant jamais consommé d’alcool au cours de leur vie (dits abstinents primaires) et 8,1 % n’en ayant pas consommé seulement au cours des 12 derniers mois. Par ailleurs, parmi les personnes n’ayant pas consommé d’alcool au cours des 12 derniers mois, 12,2 % avaient eu des problèmes de consommation d’alcool les ayant conduits à arrêter (abstinents secondaires) ou à réduire fortement leur consommation, et deux tiers d’entre eux avaient entrepris cette démarche d’arrêt ou de diminution.
La consommation d’alcool était plus courante parmi les hommes, et l’écart entre les sexes était d’autant plus marqué que la fréquence de consommation augmentait. La consommation quotidienne d’alcool était rapportée par 10,0 % des 18-75 ans (15,2 % des hommes et 5,1 % des femmes). Les prévalences des alcoolisations ponctuelles importantes (API) [consommation d’au moins 6 verres en une occasion] étaient de 35,2 % dans l’année (49,6 % parmi les hommes et 21,4 % parmi les femmes). Par ailleurs, les modes de consommation d’alcool variaient fortement avec l’âge : les jeunes consommaient moins souvent de l’alcool mais, lorsqu’ils le faisaient, ils consommaient des quantités plus importantes que les plus âgés. Ainsi, si la part de personnes ayant bu de l’alcool au cours des 12 derniers mois fluctuait relativement peu selon les classes d’âge, la part de celles déclarant au moins une alcoolisation ponctuelle importante était de 54,1 % parmi les 18-24 ans, puis décroissait régulièrement avec l’âge, atteignant 19,7 % parmi les 65-75 ans. À l’inverse, ces derniers étaient 26,0 % à déclarer une consommation quotidienne d’alcool contre 2,3 % des 18-24 ans. Ces différences selon l’âge s’observent aussi bien parmi les hommes que parmi les femmes (fig. 1).
Enfin, la distribution du volume total d’alcool consommé n’était pas uniforme : près de la moitié de la population (49 %) ne consommait que 3 % du volume total consommé dans l’année, tandis que les 10 % de personnes les plus consommatrices consommaient 58 % du volume total.8
Depuis une quarantaine d’années, la part d’abstinents dans l’année oscille autour de 15 %. Mais parmi ceux qui consomment de l’alcool, les modes de consommation ont évolué avec le temps. Notamment la consommation quotidienne d’alcool, qui concernait environ 1 adulte sur 4 au début des années 1990, a fortement baissé et est stable depuis 2010, avec 1 adulte sur 10 qui déclare boire tous les jours en 2010. Quant à la part des personnes déclarant au moins une alcoolisation ponctuelle importante dans l’année, après avoir augmenté entre 2005 et 2014, elle a diminué significativement entre 2014 et 2017 (de 38,5 à 35,2 %).

Typologie de la consommation d’alcool

Parmi l’ensemble des 18-75 ans, le nombre de jours moyen par an de consommation par type d’alcool était de 75 pour le vin, 39 pour la bière, 23 pour les alcools forts et 16 pour les autres types d’alcool*. À l’image des différences observées pour les modes de consommation, les types d’alcool consommés variaient sensiblement en fonction de l’âge et du sexe (fig. 2). Le nombre de jours de consommation de vin augmentait fortement avec l’âge tandis que le phénomène inverse s’observait pour la bière (de façon moins marquée), aussi bien parmi les hommes que parmi les femmes. Ainsi, les jeunes hommes consommaient presque 2 fois plus souvent de la bière que du vin tandis que les plus âgés consommaient 4 fois plus souvent du vin que de la bière. Les différences étaient peu marquées entre les groupes d’âge pour les alcools forts et autres types d’alcool.

Motifs de consommation d’alcool

En 2017, au sein des consommateurs réguliers d’alcool**, les motifs de consommation les plus fréquemment cités étaient le goût de l’alcool (80 %), l’avis suivant lequel les fêtes sont mieux réussies (56 %), les sensations que cela procure (52 %). En outre, un tiers des personnes avaient déjà consommé de l’alcool dans le but de s’intégrer à un groupe (34 %), et un quart parce que cela fait partie d’une alimentation équilibrée (24 %). Une personne sur 5 déclarait avoir déjà consommé de l’alcool pour chacun de ces trois motifs : pour s’enivrer, parce que c’est bon pour la santé, parce que cela l’aide lorsqu’elle se sent déprimée ou nerveuse. Enfin, un peu plus de 1 personne interrogée sur 10 a déclaré avoir déjà consommé de l’alcool au cours des 12 derniers mois pour tout oublier (13 %) ou parce qu’elle avait du mal à s’en passer (12 %).
Les représentations des motifs en fonction de l’âge (fig. 3) ou des modes de consommation (fig. 4) font apparaître plusieurs différences. En particulier, certains motifs de consommation sont déclarés de moins en moins fréquemment à mesure que l’âge des répondants augmente. C’est le cas de l’attrait du goût, des sensations, de l’avis suivant lequel les fêtes sont mieux réussies ou de la volonté de s’enivrer. À l’inverse, l’alcool est essentiellement perçu comme bon pour la santé ou comme faisant partie d’une alimentation équilibrée par des personnes âgées de plus de 55 ans. Les autres motifs de consommation se révèlent relativement stables selon l’âge.
Les motifs de consommation déclarés correspondent également à des profils de consommation d’alcool spécifiques. Notamment les personnes ayant déclaré boire pour le goût, la sensation, la fête ou pour s’intégrer sont celles consommant en moyenne le moins souvent dans l’année et autour de 3 verres d’alcool un jour moyen de consommation. Celles ayant bu pour s’enivrer ont une consommation moyenne relativement peu fréquente (132 jours) mais en quantité plus importante (plus de 4 verres un jour de consommation). Les personnes ayant rapporté des motifs en lien avec la santé ou l’alimentation ont à l’inverse une consommation plus fréquente (environ 190 jours) mais de quantités plus faibles (2,5 verres en moyenne). Enfin, un autre profil de consommateurs se distingue, déclarant avoir déjà eu du mal à se passer de l’alcool et consommant plus de 3,5 verres par jour de consommation 235 jours par an en moyenne.

Nouveaux repères de consommation

En 2017, en réponse à une saisine de la Mission interministérielle de lutte contre les drogues et les conduites addictives et de la Direction générale de la santé, un groupe d’experts mandaté par Santé publique France et l’Institut national du cancer a émis un avis présentant un nouveau repère de consommation d’alcool visant à limiter les risques pour la santé.9 Ce repère a été établi à partir de l’examen de la littérature scientifique et de modélisations tenant compte de la situation française. Il porte sur la quantité et la fréquence de consommation et comporte trois dimensions. Il s’énonce ainsi : « Si vous consommez de l’alcool, il est recommandé pour limiter les risques pour votre santé au cours de votre vie : de ne pas consommer plus de 10 verres standard par semaine et pas plus de 2 verres standard par jour ; d’avoir des jours dans la semaine sans consommation ».
Parmi l’ensemble des 18-75 ans, 23,6 % déclaraient une consommation qui dépasse le repère de consommation sur au moins une dimension, davantage les hommes (33,4 vs 14,3 %).10 Plus précisément, 19,2 % déclaraient avoir bu plus de 2 verres d’alcool en une journée au moins une fois au cours de la semaine précédente, 9,7 % déclaraient avoir bu plus de 10 verres d’alcool au cours des 7 derniers jours et 7,9 % déclaraient avoir consommé de l’alcool plus de 5 jours sur 7. La relation avec l’âge était particulièrement marquée : les plus jeunes étaient plus nombreux à consommer plus de 2 verres un jour de consommation, tandis que les plus âgés observaient moins fréquemment des jours d’abstinence dans la semaine (fig. 5).

En population adolescente

Les premiers usages d’alcool s’observent dès l’entrée en classe de 6e, progressant fortement tout au long du collège.11 Ainsi, l’alcool est la substance psychoactive la plus fréquemment déclarée parmi les collégiens, loin devant le tabac et le cannabis : avoir déjà bu de l’alcool au moins une fois au cours de sa vie concerne un élève de 6e sur 2, et 4 collégiens sur 5 en classe de 3e. La diffusion de l’alcool se poursuit au lycée, période marquée par des usages qui s’intensifient, se répètent et parfois s’installent durablement. À la fin de l’année de terminale, les consommations régulières, c’est-à-dire au moins 10 fois dans le mois, de boissons alcoolisées concernent 21 % des élèves.11
En 2017, 86 % des jeunes de 17 ans avaient déjà consommé une boisson alcoolisée au cours de leur vie ; deux tiers des adolescents déclaraient avoir eu un usage d’alcool dans le mois précédant l’enquête ; et 1 adolescent de 17 ans sur 6 déclarait n’avoir jamais bu d’alcool au cours de sa vie (14 %). La baisse continue de l’expérimentation d’alcool à 17 ans depuis 2000 n’a pas donné lieu à un recul systématique des usages réguliers d’alcool, dont les tendances ont été plus fluctuantes au cours du temps, avec une alternance de hausses et de reculs (fig. 6). Toutefois, cette consommation régulière, rapportée par 8,4 % des jeunes de 17 ans, en 2017, est aujourd’hui en net recul par rapport à 2014 (12 %) ; elle demeure principalement masculine, concernant 12,0 % des garçons contre à peine 4,6 % des filles. En parallèle à ce recul des consommations, les usages restent, cependant, marqués par des consommations ponctuelles intensives : près de 1 jeune de 17 ans sur 2 déclare au moins une alcoolisation ponctuelle importante (en population adolescente, correspond au fait de consommer 5 verres ou plus en une occasion) au cours du dernier mois (50 % des garçons vs 38 % des filles). Les alcoolisations ponctuelles importantes répétées (au moins 3 épisodes au cours du mois) concernent 22 % des garçons et 11 % des filles, tandis que les alcoolisations ponctuelles importantes régulières (au moins 10 épisodes au cours du mois) touchent une petite portion d’adolescents (2,7 %, soit 4,3 % des garçons vs 1,0 % des filles).
Dans la lignée de ce qui a été observé en France depuis les années 1970, les usages d’alcool en population adolescente marquent un recul sensible depuis 2000. Les niveaux atteints en 2017 sont les plus bas jamais enregistrés, quel que soit l’indicateur retenu. Ainsi, la part des adolescents qui à 17 ans n’ont jamais bu d’alcool a été multiplié par près de 3, dépassant 14 %. Les raisons qui peuvent expliquer ce recul sont multiples : sensibilisation et prévention faisant prendre conscience des dangers liés à l’alcool, transformations culturelles, évolutions des normes parentales concernant l’alcool et des comportements de consommation parmi les adultes dont les usages moins souvent quotidiens s’orientent de plus en plus vers des consommations ponctuelles importantes12. Cependant, derrière la baisse globale des usages d’alcool en population adolescente observée dernièrement, persistent des pratiques d’alcoolisation importante.
Ces résultats questionnent aussi les modes d’approvisionnement des adolescents et leur accès à l’alcool. Ils sont à mettre en perspective avec la loi HPST adoptée il y a plus de 7 ans qui a interdit totalement la vente de boissons alcoolisées aux mineurs et qui apparaît encore insuffisamment respectée et facile à contourner par les adolescents.13

Données de mise à disposition

En France, le volume d’alcool consommé en 2017 rapporté au nombre d’habitants âgés de 15 ans et plus peut être estimé à 2,6 verres standard par jour***. La notion de verre ou d’unité standard d’alcool est définie par un contenu équivalent à 10 g d’alcool pur, quel que soit le type d’alcool concerné. L’alcool pur est consommé à hauteur de 58 % sous forme de vin, 21 % sous forme de spiritueux, un peu moins de 20 % sous forme de bières, et le reste (moins de 2 %) sous forme de cidre ou d’autres produits mélangeant alcool fermenté et alcool distillé. Le chiffre de 2,6 verres d’alcool par jour est une moyenne qui recouvre, comme le montre cet article, une grande diversité de comportements vis-à-vis de l’alcool. L’intérêt des données sur l’alcool mis en vente est de fournir une mesure objective des quantités d’alcool consommées, sous-déclarées dans les enquêtes de consommation, et de permettre d’en suivre l’évolution dans le temps.
La quantité d’alcool pur consommé par habitant a été divisée par plus de 2 depuis le début des années 1960, cette baisse étant presque entièrement imputable à celle de la consommation de vin. Cette diminution, observée presque chaque année depuis, tend à se ralentir. Entre 2000 et 2008, les Français ont bu 15 cL d’alcool pur en moins par an en moyenne contre 5 cL par an en moins entre 2008 et 2017.
Les comparaisons internationales sont difficiles en raison de l’absence de méthodes standardisées de calcul de ces quantités et de la diversité de situation des différents pays, notamment en ce qui concerne les ventes d’alcool en dehors des circuits légaux. En témoignent les écarts de chiffres publiés par l’OMS monde, l’OMS Europe ou l’OCDE pour les mêmes pays. Il ressort néanmoins des données disponibles que, de toutes les régions du monde, c’est en Europe que la consommation d’alcool est la plus élevée, que les niveaux de consommation se sont rapprochés au cours du temps dans les pays européens et que la France ne se distingue plus, comme dans les années 1960, par un niveau exceptionnellement plus élevé que tous les autres. Relativement aux autres pays de l’Europe de l’Ouest, plus ou moins l’ancienne « Europe des 15 », la France reste néanmoins un des pays les plus consommateurs d’alcool. Depuis l’intégration des pays d’Europe orientale dans l’Union européenne, elle apparaît désormais comme un pays occupant une position plus intermédiaire.14
* Le recueil de la fréquence de consommation était réalisé au travers de la question suivante : « au cours des 12 derniers mois, avez-vous bu… : – 1) du vin (blanc, rosé, rouge) ; – 2) de la bière ; – 3) des alcools forts (vodka, pastis, whisky ou whisky coca, planteur, punch, etc.) ; – 4) d’autres alcools comme du cidre, du champagne, du porto, etc. ».Les modalités de réponses permettaient de renseigner un nombre de jours de consommation par semaine, par mois, ou une fréquence de consommation plus rare.** Personnes déclarant une consommation d’alcool hebdomadaire ou au moins une alcoolisation ponctuelle importante dans les 12 derniers mois ou un minimum de 2 verres par jour de consommation ; 3 644 personnes ont ainsi répondu à ces questions, soit 65 % des personnes ayant consommé de l’alcool dans l’année.*** Méthodologie : les volumes d’alcool pur sont reconstitués à partir des montants des droits indirects sur l’alcool, ces taxes portant sur les volumes et non sur les valeurs. Il s’agit donc précisément des volumes « mis en vente », prêts à être vendus. L’alcool pouvant être détenu par les vendeurs en suspension de taxes, il est dans leur intérêt de ne les acquitter que lorsque l’alcool est effectivement vendu. Cet indicateur donne ainsi une approximation très fidèle des ventes.
Références
1. Inserm. Alcool. Dommages sociaux, abus et dépendance. Paris: Inserm, coll. Expertise collective, 2003.
2. Institut national du cancer. Les cancers en France. Les données. Boulogne-Billancourt: INCa, coll. État des lieux et des connaissances/Épidémiologie, 2015.
3. Roerecke M, Tobe SW, Kaczorowski J, et al. Sex-specific associations between alcohol consumption and incidence of hypertension: a systematic review and meta-analysis of cohort studies. JAMA 2018;7(13). doi: 10.1161/JAHA.117.008202.
4. Gallagher C, Hendriks JML, Elliott AD, et al. Alcohol and incident atrial fibrillation - A systematic review and meta-analysis. Int J Cardiol 2017;246:46-52.
5. Bonaldi C, Hill C. La mortalité attribuable à l’alcool en France en 2015. Bull Epidemiol Hebd (Paris) 2019;56:97-108.
6. Richard JB, Andler R, Guignard R, et al. Baromètre santé 2017. Méthode d’enquête. Objectifs, contexte de mise en place et protocole. Saint-Maurice: Santé publique France, 2018.
7. Spilka S, Le Nézet O, Janssen E, et al. Les drogues à 17 ans : analyse de l’enquête ESCAPAD 2017. Observatoire français des drogues et des toxicomanies, editor. Saint-Denis : OFDT, 2018.
8. Richard JB, Andler R, Cogordan C, Spilka S, Nguyen-Thanh V. La consommation d’alcool chez les adultes en France en 2017. Bull Epidemiol Hebd (Paris) 2019;5-6:89-97.
9. Santé publique France, Institut national du cancer. Avis d’experts relatif à l’évolution du discours public en matière de consommation d’alcool en France. Saint-Maurice: Santé publique France, 2017.
10. Andler R, Richard JB, Cogordan C, Deschamps V, Escalon H, Nguyen-Thanh V. Nouveau repère de consommation d’alcool et usage : résultats du Baromètre de Santé publique France 2017. Bull Epidemiol Hebd (Paris) 2019;10-11:180-7.
11. Spilka S, Ehlinger V, Le Nézet O, Pacoricona D, Ngantcha M, Godeau E. Alcool, tabac et cannabis en 2014, durant les « années collège ». In: OFDT, ed. Tendances 2016.
12. Beck F, Richard JB, Guignard R, Le Nézet O, Spilka S. Les niveaux d’usage des drogues en France en 2014. OFDT, editor. Saint-Denis : OFDT, 2015.
13. Philippon A, Le Nézet O, Janssen E, et al. Consommation et approvisionnement en alcool à 17 ans en France : résultats de l’enquête Escapad 2017. Bull Epidemiol Hebd (Paris) 2019;5-6:109-15.
14. Observatoire français des drogues et toxicomanies. Drogues et addictions, données essentielles 2019. Paris : OFDT, 2019.