La contraception doit être individualisée, en tenant compte du contexte médical, des préférences de la patiente, des éventuelles contre-indications et de la tolérance de la méthode envisagée. L’Organisation mondiale de la santé a établi des critères permettant de définir quelles sont les méthodes contraceptives ayant une grande efficacité.1 Il est également important de rappeler qu’à l’exception du préservatif, aucune méthode contraceptive ne protège, à l’heure actuelle, contre les infections sexuellement transmissibles. Et, puisque les infections à Chlamydia trachomatis sont notamment en forte augmentation (plus de 140 000 cas diagnostiqués en France en 2022 selon Santé publique France), le préservatif masculin doit être largement conseillé, surtout en cas de partenaires multiples ou de relations non stables.
Méthodes contraceptives et évaluation de leur efficacité
Il existe huit catégories de méthodes contraceptives (tableau 1), avec des indices de Pearl théoriques et pratiques distincts.2
L’indice de Pearl correspond au nombre de grossesses survenues en un an parmi cent couples ayant des rapports réguliers et utilisant la méthode évaluée. Une méthode est considérée comme très efficace si son indice de Pearl est inférieur à 1. L’indice théorique correspond à une efficacité en utilisation parfaite. Le plus utile est l’indice de Pearl pratique, qui traduit l’efficacité en conditions réelles, prenant en compte en particulier les oublis et les erreurs. Ces dernières années ont été marquées par une plus grande utilisation des méthodes classées comme moins efficaces (fig. 1).
Indications et contre-indications spécifiques des principales méthodes
Les méthodes sont classées selon l’indice de Pearl mais aussi selon leur durée d’action. Les contraceptions réversibles de longue durée d’action, ou LARC (Long-acting reversible contraceptives), sont indiquées chez les femmes rencontrant des difficultés à prendre des méthodes quotidiennes.
Pilule œstroprogestative combinée
Les contraceptifs hormonaux combinés associent deux types d’hormones : un œstrogène et un progestatif. L’œstrogène le plus fréquemment utilisé est l’éthinylestradiol (œstrogène de synthèse), mais certaines pilules œstroprogestatives combinées (COP) peuvent contenir d’autres œstrogènes comme l’estradiol (œstrogène naturel) ou l’estétrol (famille des NEST : Native estrogen with selective action in tissues).3
Mécanisme d’action
Leur efficacité repose sur trois mécanismes complémentaires :
- le blocage du recrutement folliculaire et donc de l’ovulation par inhibition de l’hormone de stimulation folliculaire (FSH) hypophysaire, essentiellement par le progestatif (fig. 2) ;
- l’épaississement de la glaire cervicale, la rendant imperméable aux spermatozoïdes ;
- la modification de l’endomètre, devenant défavorable à l’implantation d’un embryon.
Modalités de prescription
Ces contraceptifs existent sous plusieurs formes : comprimés, patchs transdermiques ou anneaux vaginaux. Tous les contraceptifs oraux œstroprogestatifs ont une efficacité similaire, avec un indice de Pearl bas, compris entre 0 et 0,7. Ils ont tous les mêmes contre-indications.
Selon les recommandations de la Haute Autorité de santé, il est nécessaire de prescrire en première intention une COP contenant un progestatif de 2e génération.
Les contraceptions œstroprogestatives de 1re et 2e générations sont remboursées à 100 % pour les femmes de moins de 26 ans, à 65 % pour celles de 26 ans et plus, tandis que les pilules de 3e et 4e générations sont entièrement à la charge de la patiente.
Les deux principales informations à recueillir lors de la première prescription concernent d’abord les antécédents personnels ou familiaux au premier degré de thrombose veineuse, puis les antécédents personnels ou familiaux au premier degré d’accident vasculaire artériel. Une évaluation des risques est à réaliser à chaque renouvellement de prescription de pilule, surtout après l’âge de 40 ans.
Contre-indications
Les principales contre-indications absolues sont les suivantes :
- antécédents personnels ou familiaux de thrombose veineuse ou artérielle (phlébite, embolie pulmonaire, AVC, infarctus) ;
- migraine avec aura ;
- tabagisme actif après l’âge de 35 ans ;
- hypertension artérielle non contrôlée ;
- diabète compliqué (rétinopathie, néphropathie, neuropathie) ;
- cancer hormonodépendant (sein, endomètre) ;
- pathologies hépatiques sévères (hépatite active, cirrhose, tumeurs hépatiques) ;
- saignements génitaux inexpliqués.
Les contre-indications relatives et précautions d’utilisation sont au nombre de quatre :
- l’obésité (indice de masse corporelle [IMC] ≥ 30 kg/m2) ;
- la dyslipidémie ;
- une chirurgie majeure avec immobilisation prolongée, surtout orthopédique ;
- l’utilisation de certains médicaments inducteurs enzymatiques (antiépileptiques, antirétroviraux).
Effets indésirables
Les effets indésirables potentiels incluent des troubles du cycle menstruel, surtout lors des trois premiers mois, avec des saignements intermenstruels. Dans ce cas, une augmentation de la quantité d’œstrogènes peut faire disparaître les saignements. Des symptômes physiques comme des nausées, des céphalées, des tensions mammaires ou des douleurs abdominales sont souvent en lien avec une quantité d’œstrogènes trop élevée. Des effets psychologiques et une baisse de la libido sont possibles. La prise de poids avec les molécules disponibles à l’heure actuelle est le plus souvent inférieure à 2 kg.
Effets favorables non contraceptifs
Lors de la prescription d’une COP, il peut également être intéressant de prendre en considération ses avantages non contraceptifs, en particulier le contrôle du cycle menstruel, la diminution des ménorragies et des dysménorrhées. Les COP sont donc indiquées en cas d’endométriose légère à modérée. De plus, elles diminuent l’acné, la pilosité et le syndrome prémenstruel.
Pilule microprogestative
La pilule microprogestative agit principalement en épaississant la glaire cervicale pour empêcher le passage des spermatozoïdes, et en modifiant l’endomètre pour le rendre défavorable à la nidation. Certaines inhibent l’ovulation de manière variable. Par exemple, la drospirénone bloque l’ovulation dans 90 % des cycles observés.4
Quelques microprogestatifs (désogestrel, lévonorgestrel) sont remboursés de la même manière que les contraceptifs œstroprogestatifs : 100 % pour les femmes de moins de 26 ans, 65 % pour celles de 26 ans et plus, tandis que les progestatifs de dernière génération (drospirénone) ne sont pas remboursés.
Un avantage sécuritaire
Le principal avantage de la pilule microprogestative réside dans son profil de sécurité vasculaire, puisqu’elle n’augmente pas le risque de thrombose veineuse ou artérielle. Elle peut ainsi être prescrite chez les femmes ayant une contre-indication aux œstrogènes, notamment en cas de risque vasculaire accru (antécédent thromboembolique, tabagisme après 35 ans, migraine avec aura, hypertension artérielle, allaitement, etc.). Cependant, par précaution, elle reste contre-indiquée en cas de thrombose évolutive, mais peut être prescrite à distance.
Effets indésirables et contre-indications
Les effets indésirables les plus courants concernent les troubles du cycle menstruel (spottings, aménorrhée ou règles irrégulières) et les manifestations cutanées (acné ou aggravation d’une acné préexistante). D’autres effets indésirables sont possibles : prise de poids, baisse de la libido, troubles de l’humeur, céphalées ou encore tension mammaire.
Il existe quatre contre-indications absolues à la pilule microprogestative :
- l’existence d’un cancer du sein actif ou récent ;
- une maladie hépatique sévère (hépatite active, cirrhose, tumeur hépatique) ;
- la survenue d’un épisode thromboembolique veineux évolutif ;
- la présence de saignements génitaux inexpliqués.
Précautions d’emploi
La pilule microprogestative nécessite une prise très régulière, de préférence à heure fixe (tolérance de douze heures pour la plupart des molécules, mais de seulement trois heures pour le lévonorgestrel), car son efficacité diminue rapidement en cas d’oubli, de vomissements ou de diarrhées sévères.
Elle peut interagir avec certains inducteurs enzymatiques, comme les antiépileptiques ou le millepertuis, réduisant ainsi son efficacité contraceptive.
Selon les dernières recommandations de l’Agence nationale de sécurité du médicament et des produits de santé (ANSM), il existe un très faible risque de survenue de méningiome avec le désogestrel, surtout après 45 ans et en cas d’utilisation prolongée. Ainsi, en cas de céphalées ou de prise antérieure d’un progestatif dit à risque comme l’acétate de chlormadinone, l’acétate de cyprotérone ou l’acétate de nomégestrol, une IRM cérébrale est préconisée.
Patch et anneau contraceptifs
Le patch contraceptif est une méthode hormonale combinée qui diffuse en continu un œstrogène et un progestatif en transcutané. Il s’applique une fois par semaine pendant trois semaines, suivies d’une semaine sans patch. Son efficacité est comparable à celle de la pilule, mais il présente l’avantage de limiter les oublis grâce à une fréquence d’administration hebdomadaire.
L’anneau vaginal combiné est placé par la patiente elle-même dans le vagin. Il reste en place trois semaines puis est retiré pendant une semaine. Il délivre des hormones de façon continue, avec une efficacité et des contre-indications similaires à celles du patch et de la pilule combinée. L’anneau est bien toléré, discret, et apprécié des femmes qui souhaitent éviter la prise quotidienne d’un comprimé.
Les patchs contraceptifs et anneaux vaginaux ne bénéficient d’aucun remboursement par l’Assurance maladie et représentent un coût mensuel d’environ 15 euros.
Contraception réversible à longue durée d'action
Les modes de contraception réversible à longue durée d’action sont l’implant ainsi que les dispositifs intra-utérins (DIU) au lévonorgestrel et au cuivre.
Implant contraceptif
Il se présente sous la forme d’un petit bâtonnet flexible, de la taille d’une allumette. Il est inséré sous la peau au niveau de la face interne du bras. Il libère un progestatif (étonogestrel) en continu durant trois ans. Il peut être proposé à toutes les femmes, y compris les adolescentes et les nullipares, notamment à celles qui souhaitent une contraception de longue durée et discrète.
Le prix officiel de l’étonogestrel (Nexplanon) est de 96,09 euros, remboursé à 100 % pour les femmes de moins de 26 ans et à 65 % pour celles de 26 ans et plus.
Les effets indésirables et les contre-indications sont similaires à ceux de la pilule microprogestative.
DIU au lévonorgestrel
Le terme de stérilet hormonal ne doit plus être utilisé en raison de sa connotation avec l’infertilité.
Le DIU est placé dans l’utérus par un médecin ou une sage-femme.
Il contient un réservoir de lévonorgestrel et est efficace pour une durée de trois à huit ans selon le modèle ; il en existe trois tailles.
Son coût est en moyenne de 65 à 130 euros en France, selon le modèle choisi. Il est remboursé à 65 % par l’Assurance maladie et est totalement pris en charge pour les femmes de moins de 26 ans.
Le mécanisme d’action du DIU au lévonorgestrel repose principalement sur l’épaississement de la glaire cervicale, rendant difficile la migration des spermatozoïdes, ainsi que sur la modification de l’endomètre, le rendant impropre à la nidation.
Le DIU au lévonorgestrel est indiqué pour la contraception de longue durée chez toutes les femmes, y compris les nullipares. Il est particulièrement indiqué chez les patientes ayant des ménorragies, une dysménorrhée ou de l’endométriose. Il constitue une alternative intéressante aux œstrogènes oraux.
Il est, en revanche, contre-indiqué dans les situations suivantes :
- infection génitale non traitée ;
- malformation utérine majeure ;
- présence de fibromes utérins avec déformation de la cavité ;
- cancer du col utérin ou de l’endomètre (risque infectieux accru et risque de dissémination locale) ;
- saignements utérins inexpliqués, nécessitant une prise en charge spécifique avant toute pose ;
- existence de contre-indications liées aux progestatifs.
Par ailleurs, il n’est pas recommandé de poser un DIU durant la période de post-partum comprise entre quarante-huit heures et quatre semaines après un accouchement, du fait du risque accru d’expulsion.
En outre, il est nécessaire d’informer que ce dispositif entraîne fréquemment une aménorrhée (jusqu’à 30 % des femmes après un an d’utilisation) avec une diminution importante du volume des règles. Des saignements irréguliers sont fréquents, surtout dans les premiers mois suivant la pose.
Les effets indésirables systémiques, tels que les céphalées, l’acné ou les tensions mammaires sont rares en raison de la diffusion locale du progestatif. Le risque infectieux se limite, quant à lui, à la période de post-insertion.
DIU au cuivre
Il peut être proposé à toutes les femmes, y compris les nullipares et les adolescentes, après information sur les risques d’expulsion (inférieur à 5 % à un an chez les nullipares).5 Il convient particulièrement aux femmes recherchant une contraception sans hormones. Il peut également être utilisé comme contraception d’urgence jusqu’à cinq jours après un rapport non protégé.
En France, un DIU au cuivre coûte environ 30 euros, il est remboursé à 65 % par l’Assurance maladie et est totalement pris en charge pour les moins de 26 ans.
Les contre-indications sont les mêmes celles du DIU hormonal.
Les principaux effets indésirables du DIU au cuivre sont l’augmentation de l’abondance et de la durée des règles, ainsi que des dysménorrhées. Ces effets sont généralement plus marqués dans les premiers mois suivant la pose et tendent à diminuer avec le temps.
Examens préalables à la pose d’un DIU
Un dépistage des infections sexuellement transmissibles (IST), en particulier de Chlamydia trachomatis et Neisseria gonorrhoeae, est recommandé avant la pose d’un DIU, surtout chez les femmes à risque accru (âge inférieur à 25 ans, partenaires multiples, nouveau partenaire récent, antécédent d’IST, rapports non protégés). Ce dépistage peut être réalisé le jour de la consultation ou juste avant la pose, si la patiente est asymptomatique. Il n’est cependant pas nécessaire d’attendre les résultats pour procéder à la pose du DIU si la patiente n’a aucun signe clinique d’infection. En cas de découverte d’une infection après la pose, un traitement antibiotique peut être instauré sans retirer le DIU, sauf en cas de complication ou d’infection persistante.
À quel moment du cycle poser un DIU ?
Le DIU peut être posé à n’importe quel moment du cycle menstruel. Toutefois, il est recommandé de privilégier la pose pendant les sept premiers jours du cycle (pendant ou juste après les règles), ce qui garantit une efficacité contraceptive immédiate. Il est à noter que, durant les règles, le col de l’utérus est naturellement plus ouvert, ce qui facilite la pose pour le clinicien et réduit les douleurs pour la patiente. Si la pose est réalisée à un autre moment du cycle, il convient de s’assurer de l’absence de grossesse et de conseiller l’utilisation de préservatifs pendant les sept jours qui suivent la pose, le temps que le DIU soit pleinement efficace.
Méthodes contraceptives naturelles
Les méthodes naturelles de contraception, souvent qualifiées de « méthodes d’observation du cycle », reposent sur l’identification de la fenêtre ovulatoire du cycle menstruel :
- la méthode des températures utilise l’hyperthermie postovulatoire (élévation de 0,2 à 0,5 °C maintenue trois jours consécutifs) pour déterminer la période de fécondabilité ;
- la méthode Billings analyse les modifications de la glaire cervicale (filante, transparente et élastique en période préovulatoire, puis épaisse et opaque après l’ovulation) ;
- la méthode du calendrier (Ogino-Knaus) calcule la période fertile en soustrayant dix-huit jours au cycle le plus court et onze jours au cycle le plus long sur douze cycles consécutifs ;
- la symptothermie associe température basale, observation de la glaire cervicale et parfois palpation du col utérin.
Leur efficacité théorique varie largement, avec un indice de Pearl compris entre 3 et 25, reflétant une efficacité nettement inférieure à celle des méthodes hormonales ou des dispositifs intra-utérins. Elles sont peu adaptées aux patientes ayant des cycles irréguliers, et leur efficacité en pratique courante est fortement dépendante de la compréhension et de la motivation du couple. Il est primordial d’en expliquer les limites, notamment chez les patientes à haut risque de grossesse non désirée.
Contraception d’urgence en France
La contraception d’urgence existe en France sous trois modalités, à proposer selon le délai écoulé depuis le rapport à risque :
- le lévonorgestrel (Norlevo, génériques) reste efficace jusqu’à soixante-douze heures post-rapport, avec une efficacité maximale dans les douze premières heures. L’acétate d’ulipristal (EllaOne) a une efficacité supérieure et un délai d’action étendu jusqu’à cent vingt heures. Ces deux méthodes sont disponibles sans ordonnance et remboursées à 100 % depuis 2023 pour toutes les femmes ;
- les contraceptifs hormonaux d’urgence, lévonorgestrel et acétate d’ulipristal, sont uniquement efficaces s’ils sont administrés avant l’ovulation ;
- le DIU au cuivre constitue la méthode la plus efficace et jusqu’à cinq jours après le rapport. Il est remboursé à 100 % pour les moins de 26 ans et à 65 % pour les femmes de 26 ans et plus, tout en offrant une contraception durable. Il est néanmoins difficile à utiliser en pratique courante.
Il convient de rappeler aux patientes que ces méthodes ne protègent pas des infections sexuellement transmissibles et qu’un test de grossesse est recommandé en cas de retard de règles supérieur de cinq jours.
Instauration du traitement et suivi
Lors de la prescription d’une contraception combinée à une nouvelle utilisatrice, il est essentiel de suivre plusieurs étapes clés afin d’assurer la sécurité et l’efficacité du traitement.10
Recueil des antécédents et examen clinique
Avant toute prescription, il convient de rechercher les facteurs de risque, notamment ceux liés à la thrombose. L’interrogatoire précis doit porter sur les antécédents médicaux personnels et familiaux, la présence d’épisodes thromboemboliques, un tabagisme, l’âge, l’obésité, ainsi que d’autres facteurs de risque cardiovasculaire.
Lors de l’examen clinique, il est recommandé de :
- calculer l’IMC afin d’évaluer le risque lié au surpoids ou à l’obésité ;
- dépister une éventuelle hypertension artérielle par la mesure systématique de la pression artérielle ;
- réaliser un examen mammaire si possible.
Il est également indispensable d’informer la patiente sur les signes d’alerte qui doivent motiver une consultation rapide, notamment :
- l’apparition d’une douleur thoracique ;
- la douleur ou le gonflement inhabituel d’une jambe ;
- des céphalées inhabituelles, intenses ou persistantes.
Bilans avant et après instauration du traitement
Les examens complémentaires à réaliser varient selon le mode de contraception et les antécédents de la patiente.
Pilule œstroprogestative
Avant d’initier une contraception œstroprogestative, il n’est pas nécessaire de demander systématiquement un bilan métabolique (cholestérol, triglycérides, glycémie), lorsqu’il n’existe pas de facteur de risque particulier. En revanche, il peut être nécessaire dans certaines situations, notamment en présence de facteurs de risque cardiovasculaire comme un âge supérieur à 35 ans ou en cas d’antécédents familiaux de diabète et d’hypercholestérolémie.
À trois à six mois de l’instauration d’une pilule œstroprogestative, il est recommandé de prescrire à toutes les patientes un bilan lipidique. Si les résultats sont normaux, un contrôle tous les cinq ans suffit. Il est également souhaitable de revoir la patiente à trois mois pour s’assurer de la bonne observance et dépister d’éventuels effets indésirables pouvant gêner la poursuite du traitement (ménométrorragies, prise de poids, etc.).
En cas d’antécédents personnels ou familiaux d’accident vasculaire, l’ANSM préconise la réalisation d’un bilan d’hémostase systématique avant toute prescription de contraception œstroprogestative. Il convient de demander au laboratoire un dosage de l’antithrombine, protéine C, protéine S, résistance à la protéine C activée ou recherche de la mutation du facteur V de Leiden, et de la mutation de la prothrombine ou facteur II G20210A.
Pilule microprogestative
La prescription d’une pilule microprogestative ne nécessite pas la réalisation d’un bilan biologique préalable chez une femme sans facteur de risque particulier. Un suivi annuel est toutefois recommandé, comprenant la surveillance du poids, de la pression artérielle et de la tolérance au traitement. Il est important d’informer la patiente sur la nécessité d’une prise quotidienne, à la même heure, ainsi que sur le risque d’interactions médicamenteuses pouvant diminuer l’efficacité contraceptive.
Dispositifs intra-utérins
Pour les DIU hormonaux ou au cuivre, il est d’usage de réaliser une échographie pelvienne sur le cycle suivant, afin de s’assurer du maintien et du bon positionnement du dispositif après les règles.
La question du projet parental
Les renouvellements successifs de contraception représentent un moment privilégié d’échange pour aborder la question du projet parental avec la patiente.
Il convient de l’informer avec bienveillance du déclin physiologique de la fertilité dès l’âge de 25 ans, de la diminution significative des chances de conception spontanée après 35 ans et de l’augmentation du risque de fausse couche avec l’âge maternel.
La possibilité de l’autoconservation ovocytaire peut éventuellement être abordée, en prenant soin de ne pas présenter cette technique comme une garantie de grossesse future.
Contraception définitive : que faut-il savoir ?
Réalisée le plus souvent par cœlioscopie sous anesthésie générale, la stérilisation consiste en la ligature des trompes de Fallope, l’électrocoagulation ou encore la pose d’anneaux ou de clips.11 Elle s’avère extrêmement fiable, avec un taux d’échec inférieur à 0,5 %.
Elle n’a aucune incidence sur les cycles menstruels, ni sur la fonction ovarienne. Cette technique est considérée comme irréversible, car les méthodes de restauration tubaire ont des taux de succès très faibles ; elles ne sont pas prises en charge par l’Assurance maladie.
La contraception définitive est strictement encadrée par la loi française : un entretien préalable avec remise d’une fiche d’information, un consentement écrit de la patiente majeure, puis un délai légal de réflexion de quatre mois entre la demande et l’intervention sont obligatoires. En cas de regret et de désir de grossesse, le recours à la fécondation in vitro reste possible.
Perspectives : Vers un transfert masculin de la charge contraceptive ?
L’avènement de la contraception masculine, en dehors de la vasectomie, pourrait profondément modifier le paysage contraceptif dans les années à venir. Plusieurs essais cliniques internationaux, notamment sur la contraception hormonale injectable à base de testostérone ou de gel transdermique, affichent aujourd’hui des taux d’efficacité comparables à ceux de la pilule féminine (environ 96 %).
Aucun produit n’est cependant disponible en France à ce jour. Selon les projections publiées, une première méthode masculine réversible pourrait être commercialisée dès la fin de la décennie, offrant ainsi aux couples de nouvelles options de partage de la charge contraceptive.
Vignette clinique 1. Première prescription chez une adolescente
Alice, 16 ans, nullipare, souhaite de la discrétion.
Classiquement, il est d’usage de prescrire en première intention une pilule œstroprogestative contenant un progestatif de 2e génération comme le lévonorgestrel et 20 μg d’éthinylestradiol. Ces pilules sont remboursées par l'Assurance maladie.
Une tarification spéciale est possible : consultation longue avec le code CCP (environ 47 euros).
L’anonymat peut être garanti par l’utilisation d’un NIR anonyme sur la feuille de soin ou la prescription (exemple : 2 55 55 55 CCC 042/XX). Aucun relevé de remboursement ne sera ainsi adressé à la famille.
Les avantages non contraceptifs peuvent être mentionnés.
Les autres méthodes contraceptives peuvent être proposées d’emblée si la jeune fille le souhaite : implant ou pilule microprogestative, notamment en cas de contre-indication aux œstrogènes (tableau 2) ; DIU ou implants en cas de difficultés d’observance.
Vignette clinique 2. Contraception et acné modérée
Nolwen, 22 ans, demande une contraception ; elle a une acné kystique résistante.
En première intention, il s’agit de débuter par une pilule de 2e génération.
En seconde intention, après trois à six mois, si l’acné persiste malgré la pilule de 2e génération, une pilule à base de norgestimate associée à un œstrogène peut être proposée (AMM spécifique pour la contraception chez la femme acnéique).
Les autres possibilités sont les suivantes : essayer une pilule œstroprogestative contenant du diénogest (40 % de l’activité antiandrogénique de l’acétate de cyprotérone) ou proposer un traitement par spironolactone (antagoniste compétitif du récepteur aux androgènes).
L’acétate de cyprotérone (Androcur) ne doit être prescrit qu’en dernière intention, en cas d’échec des traitements dermatologiques et contraceptifs bien conduits. Il existe un risque de méningiome lors d’une utilisation prolongée de plus de sept ans.
Vignette clinique 3. Contraception et migraines sans aura
Sarah, 30 ans, est migraineuse sans signes neurosensoriels associés.
Une contraception œstroprogestative (pilule, patch, anneau) est possible en première intention car migraine sans aura, à condition de n’avoir aucun facteur de risque vasculaire associé (âge > 35 ans, tabagisme, hypertension artérielle, antécédent vasculaire, obésité, diabète, dyslipidémie).
En cas de facteur de risque vasculaire associé, la contraception œstroprogestative est contre-indiquée.
Les alternatives possibles sont la contraception progestative seule ou le DIU au cuivre.
Vignette clinique 4. Contraception et migraines avec aura
Maïa, 25 ans, a des migraines avec aura depuis l’adolescence.
Il s’agit d'une contre-indication absolue à une contraception œstroprogestative en raison du risque thrombotique artériel.6
Les alternatives possibles sont le DIU au lévonorgestrel, l’implant ou le DIU au cuivre.
Vignette clinique 5. Refus d’hormones
Églantine, 28 ans, craint les effets indésirables hormonaux.
Il s’agit d’éliminer de fausses croyances et de refaire préciser à la patiente ses réticences.
Peur d’une thrombose veineuse, que dire à la patiente ?
Tous les contraceptifs œstroprogestatifs oraux exposent à un risque thromboembolique veineux et artériel.7 Il est important de comprendre que le risque de thrombose veineuse sous contraception hormonale, bien que réel, reste très rare. Pour 10 000 femmes utilisant une contraception œstroprogestative pendant un an, 4 à 6 développeront une thrombose veineuse, contre 1 ou 2 cas chez les femmes n’utilisant aucune contraception œstroprogestative.
Il est intéressant de comparer ces chiffres à ceux obtenus en per- et post-partum. Le risque de thrombose est trois fois plus faible sous pilule qu’en étant enceinte et 24 fois plus faible qu’en période de post-partum. Autrement dit, le risque de thrombose est nettement plus élevé lors d’une éventuelle grossesse non désirée.
Peur d’un cancer du sein, que dire à la patiente ?
Les données montrent que l’augmentation du risque sous contraception hormonale est très modérée. Le risque de base chez les femmes de 20 à 39 ans est de 30 cas pour 100 000 femmes par an, et la contraception hormonale ajoute 6 cas supplémentaires pour 100 000 femmes par an. Il est crucial de préciser que ce sur-risque disparaît complètement cinq à dix ans après l’arrêt de la contraception.8
Il existe un effet protecteur majeur de la contraception hormonale contre plusieurs autres cancers. La contraception hormonale réduit ainsi le risque de cancer de l’ovaire de 26 à 50 % selon les études. Cette protection persiste jusqu’à 30 ans après l’arrêt du traitement.9 Le cancer de l’endomètre voit son risque diminuer de 30 à 70 % chez les femmes ayant utilisé une contraception hormonale, avec une protection durable également jusqu’à trente ans après l’arrêt. Elle protège aussi contre le cancer colorectal, avec une réduction du risque de 18 % chez les utilisatrices de contraception hormonale, protection qui se maintient jusqu’à trente-cinq ans après l’arrêt.
En cas de persistance du refus, il est possible de proposer un DIU au cuivre en l’absence de contre-indication, le préservatif, ou l’association des deux en cas de facteurs de risque d’IST.
La figure 3 illustre le fait que 50 % des femmes entre 18 et 29 ans ont eu une grossesse à un moment non désiré. Il est donc effectivement nécessaire d’optimiser l’information sur la contraception.
Vignette clinique 6. IST chez une patiente porteuse d’un DIU
Julie, 30 ans, a une IST à Chlamydia et porte un DIU.
La prise en charge repose sur l’instauration rapide d’un traitement antibiotique adapté, selon les recommandations en vigueur.
Si une IST (Chlamydia, gonocoque...) est diagnostiquée chez une patiente porteuse d’un DIU au lévonorgestrel ou au cuivre, il n’est généralement pas nécessaire de le retirer, sauf en cas d’infection sévère (salpingite ou abcès à l’échographie, pelvipéritonite, signes de sepsis...), ou persistante malgré un traitement antibiotique bien conduit.
Un suivi clinique rapproché est indispensable pour vérifier la disparition des symptômes et s’assurer de l’absence d’apparition de complications.
Il est également recommandé de dépister et traiter les partenaires sexuels, et de renforcer l’information sur la prévention des IST.
Vignette clinique 7. Prise en compte de l’indice de fécondabilité
Jeanne, 15 ans, nullipare ; Vanessa, 25 ans, antécédents d’IVG ; Mathilde, 30 ans, projet de grossesse à court/moyen terme ; Véronique, 40 ans, rapports occasionnels...
Le choix d'une méthode contraceptive doit être individualisé en fonction de l’indice de Pearl souhaité et du profil de risque de la patiente.
Les patientes à haut risque de grossesse non désirée (jeunes nullipares, antécédents d'IVG, situations socio-économiques précaires, contre-indication à une grossesse...) nécessitent des méthodes à très haute efficacité (indice de Pearl pratique inférieur à 1), comme les DIU au cuivre ou hormonaux et les implants sous-cutanés.
Les patientes à risque modéré peuvent bénéficier de contraceptifs hormonaux combinés ou progestatifs seuls (indice de Pearl pratique entre 6 et 9), à condition d’une observance rigoureuse.
Les patientes en période de fécondité réduite (périménopause, allaitement prolongé...) ou acceptant un risque accru de grossesse peuvent profiter de méthodes à efficacité moindre en pratique courante, comme les spermicides ou les méthodes naturelles.
Il est également possible de stratifier le choix selon la fréquence des rapports sexuels. En cas de rapports réguliers et prévisibles, une contraception hormonale continue (orale, DIU-LNG, implant) est recommandée pour optimiser l’efficacité contraceptive et réduire les échecs d’observance liés aux méthodes ponctuelles. En revanche, si les rapports sont occasionnels ou imprévisibles, il est acceptable de préconiser les méthodes barrières (préservatifs masculins/féminins, diaphragme + spermicide) à condition que l’observance soit rigoureuse.
Que dire à vos patientes ?
Les utilisatrices de contraception œstro-progestative doivent être informées des signes évocateurs de thrombose veineuse :4
- œdème unilatéral de la cuisse, de la jambe ou du mollet ;
- douleur unilatérale avec ou sans œdème, notamment d’un des deux mollets ;
- essoufflement soudain, douleur thoracique, crachat sanglant.
Elles doivent également être informées des symptômes de thrombose artérielle :
- déformation de la bouche, faiblesse d’un côté du corps, bras ou jambe, troubles de la parole ;
- douleur inhabituelle ou brutale, à type de pesanteur ou de serrement au niveau du sternum, pouvant irradier dans le bras gauche, ou dans la mâchoire.
Les contraceptions hormonales ne sont pas à craindre.
En France, de nombreux modes de contraception efficaces sont disponibles et remboursés.
2. Haute Autorité de santé. Méthodes contraceptives : focus sur les méthodes les plus efficaces disponibles. 24 novembre 2017. https://bit.ly/4i7d437
3. Haute Autorité de santé. Contraceptifs oraux estroprogestatifs : préférez les « pilules » de 1re ou 2e génération. 16 janvier 2013. https://bit.ly/47NUt92
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9. Collaborative Group on Epidemiological Studies of Ovarian Cancer, Beral V, Doll R, et al. Ovarian cancer and oral contraceptives: Collaborative reanalysis of data from 45 epidemiological studies including 23,257 women with ovarian cancer and 87,303 controls. Lancet 2008;371(9609):303‑14.
10. Haute Autorité de santé. Contraception chez la femme adulte et de l’adolescente en âge de procréer. Septembre 2019. https://bit.ly/4qhs6qo
11. Haute Autorité de santé. Stérilisation à visée contraceptive chez l’homme et chez la femme. 17 septembre 2019. https://bit.ly/43CM8T1
Dans cet article
- Méthodes contraceptives et évaluation de leur efficacité
- Indications et contre-indications spécifiques des principales méthodes
- Contraception réversible à longue durée d'action
- Méthodes contraceptives naturelles
- Contraception d’urgence en France
- Instauration du traitement et suivi
- Contraception définitive : que faut-il savoir ?
- Perspectives : Vers un transfert masculin de la charge contraceptive ?