La contraception chez l’homme gagne-elle du terrain ?
Andrologue spécialisée dans la fertilité masculine depuis 15 ans, je constate depuis quelques années une augmentation des demandes de vasectomie. Ces dernières ont vu leur nombre multiplié par quinze en France entre 2010 et 2022, selon une étude d’Épi-Phare. En parallèle, nous observons une hausse des questionnements sur des méthodes alternatives. Ces remontées du terrain nous ont motivés à développer une contraception masculine purement mécanique, aux effets durables mais réversibles.
En quoi consiste STEOM ?
C’est un implant de 1 cm sur 4 mm, à placer sur chaque canal déférent. Il est en plastique non biodégradable avec une partie en métal. Les matériaux sont implantables au long cours et ont déjà fait la preuve de leur sécurité. STEOM n’est pas obstructif, mais dévie le trajet des spermatozoïdes vers le scrotum : c’est une sorte de vasectomie réversible. Les canaux déférents ont une morphologie très variable, mais nous avons réussi à obtenir un implant universel adapté à tous les hommes. Théoriquement, les matériaux utilisés pourraient rester en place aussi longtemps que le patient le souhaite mais cela reste à prouver. Nous demanderons dans un premier temps un marquage CE pour une durée d’action de trois ans.
Comment se déroule l’opération ? Présente-t-elle des effets secondaires ?
On a beaucoup travaillé avec des ergonomes et ingénieurs, afin de proposer le design le plus simple et pratique possible pour les médecins et les patients. Notre objectif est de démocratiser cet acte – y compris dans les pays du Sud – en le rendant facile à réaliser et accessible à tout médecin formé, sur le modèle des DIU chez les femmes. L’opération suit le principe de la vasectomie sans scalpel, qui se fait en consultation externe sous anesthésie locale en 15 à 30 minutes. La pose de STEOM sera en théorie encore plus aisée : elle partage le même abord mais ne nécessite pas de couper les canaux déférents.
Pour minimiser les risques, nous avons opté pour un dispositif miniaturisé au maximum avec des angles arrondis, afin d’éviter toute gêne, douleur ou frottement. Mais il faudra attendre l’implantation chez l’homme pour conclure sur la tolérance. A priori, tout comme la vasectomie, cette opération ne devrait pas avoir d’impact sur l’érection, l’éjaculation, la libido et les rapports sexuels.
Avez-vous déjà des résultats ?
La première étude préclinique, menée à partir de mai 2026 sur un modèle canin, a porté sur l’innocuité de STEOM, pendant un mois après implantation. Nous n’avons pas observé d’anomalies du comportement ni d’infections ou d’autres effets indésirables.
À quel horizon espérez-vous commercialiser STEOM ?
Pas avant 2033, en envisageant une première étude chez l’homme en 2030. L’obtention du marquage CE est un processus très long et difficile, qui demande à peu près dix ans et plusieurs millions d’euros d’investissements. Le développement de STEOM dépendra donc de l’existence d’un marché pour des contraceptifs masculins, qui n’existait pas il y a encore 10 ans. Mais aujourd’hui la demande évolue et, selon moi, la société est prête pour cette innovation !
Y a-t-il d’autres contraceptifs réversibles à l’étude ?
Des gels destinés à obstruer de manière réversible les canaux déférents sont en cours de développement. D’autres méthodes non mécaniques sont également en cours de développement comme des médicaments (hormonaux ou non hormonaux) ou la contraception thermique (sous forme de boxer ou d’anneau en silicone).
Eurasanté. STEOM : une entreprise MedTech basée à Lille qui révolutionne la contraception masculine. 26 juin 2026.
Le Gall A. Le stérilet pour homme : STEOM. franceinfo 29 mai 2026.
Martin Agudelo L. La vasectomie a le vent en poupe en France. Rev Prat (en ligne) 16 février 2024.