Observation : Un nourrisson de sexe masculin, né à terme (42 semaines d’aménorrhée [SA] + 1 jour) par voie basse le 13 décembre 2024, avec un poids de naissance de 3 710 g, est vu aux urgences pédiatriques le 14 janvier 2025 pour une toux quinteuse et émétisante associée à une perte de poids et à une érythrose buccale.

Le séjour à la maternité lors de la naissance avait été sans particularité  : 

la mère et l’enfant sont rentrés au domicile le 18 décembre 2024, tous deux en bon état clinique. 

L’état du nourrisson nécessite une hospitalisation en urgence devant un tableau clinique associant une toux paroxystique, des apnées, une cyanose, des vomissements et une bradycardie. La mère a également une toux avec fébricule.

Des prélèvements nasopharyngés mettent en évidence la présence d’ADN de Bordetella pertussis chez le nourrisson et sa mère. La culture bactérienne réalisée sur l’échantillon du nourrisson est positive.

La mère, âgée de 20 ans, avait reçu une dose de vaccin dTcaP le 27 août 2024, à 26 SA + 5 jours et, quinze jours plus tard, le vaccin contre le virus respiratoire syncytial.

L’évolution du nourrisson a été favorable en quelques jours sous clarithromycine (une dose poids matin et soir pendant six jours), associée à un support ventilatoire par oxygénothérapie à haut débit pendant soixante-douze heures. Un retour à domicile a été possible après huit jours d’hospitalisation. Aucune séquelle n’a été constatée chez le nourrisson lors du suivi sept mois après l’épisode.

Face à ce cas de coqueluche chez un nourrisson, malgré la vaccination maternelle, plusieurs hypothèses ont été explorées  : s’agissait-il d’une exposition via un membre de la famille ou un professionnel de santé infecté  ?

Était-ce dû à une variabilité interindividuelle de réponse immunitaire ou à un échappement antigénique  ? Un transfert transplacentaire incomplet des anticorps vaccinaux était-il en cause  ?

Les investigations menées par l’équipe d’hygiène hospitalière ont permis de conclure à l’absence de notion de contage dans l’entourage, à l’absence de cas de coqueluche rapporté à la maternité. Par ailleurs, aucun professionnel n’était intervenu à domicile avant la réhospitalisation.

Une évaluation immunologique a été réalisée, comprenant un phénotypage lymphocytaire, une électrophorèse des protéines sériques, un dosage pondéral des immunoglobulines, une analyse du complément et une sérologie du virus d’immunodéficience humaine chez la mère. Aucun trouble immunitaire ni état d’immunodépression n’a été mis en évidence.

La souche, adressée au Centre national de référence (CNR), a été identifiée comme exprimant la pertactine de type FIM2. Ce profil est représentatif des souches majoritaires ayant circulé lors de l’épidémie de 2024.1 

Bien que de plus en plus de souches de Bordetella pertussis n’expriment plus la pertactine,2 suggérant un possible échappement vaccinal, ce cas ne peut soutenir cette hypothèse  : la patiente avait reçu un vaccin ciblant notamment cet antigène. La présence de la pertactine a été identifiée comme étant un facteur indépendant associé aux formes fulminantes de coqueluche  : ce constat pourrait constituer une explication plausible ici.3 

Recrudescence des cas de coqueluche chez des personnes vaccinées en 2024

Ce cas illustre la possibilité de survenue de la coqueluche chez un nourrisson en dépit d’une vaccination maternelle, en l’absence d’échappement vaccinal ou de déficit immunitaire identifié.

En 2024, 39 cas de coqueluche survenus malgré une vaccination ont été notifiés aux centres régionaux de pharmacovigilance (CRPV) et enregistrés dans la base française de pharmacovigilance (tableau).

Ce nombre élevé de cas contraste fortement avec ceux rapportés aux CRPV dans les cinq années précédentes (de l’ordre de 1 ou 2 cas par an). 

Ces données sont à interpréter avec précaution compte tenu du caractère volontaire des déclarations auprès des CRPV et du biais cognitif de notoriété (effet de halo ou effet de contamination) potentiel lié au contexte épidémique de 2024.

Efficacité attendue de la vaccination pendant la grossesse

La vaccination entre 20 et 36 SA permet un transfert transplacentaire optimal des anticorps maternels.4

L’efficacité de cette vaccination maternelle est bien établie dans la littérature  ; elle permet de prévenir environ 70 à 90  % des cas de coqueluche chez le nourrisson.5

Toutefois, cette protection n’est pas absolue  : comme illustré ici, des cas peuvent survenir, en particulier en cas d’exposition précoce ou massive comme lors de l’épidémie de 2024, ce qui pourrait expliquer le nombre important de cas signalés aux CRPV. 

Néanmoins, il est important de rappeler que la vaccination maternelle reste très efficace pour prévenir les formes graves, avec une réduction estimée à 95  % des décès liés à la coqueluche,6 mais aussi pour réduire la durée d’hospitalisation. 

Sécurité de la vaccination pendant la grossesse

Une étude danoise récente,7 menée entre 2019 et 2023, apporte des données solides concernant la sécurité de la vaccination contre la coqueluche pendant la grossesse. Elle a inclus 50 851 femmes enceintes vaccinées et 50 851 non vaccinées, appariées selon la durée de gestation, la semaine calendaire et la région. Après ajustement concernant les vaccinations contre la grippe et contre le Covid- 19, aucune augmentation du risque de complications maternelles (hyper-tension artérielle, prééclampsie) n’a été observée. De la même manière, aucun effet indésirable chez les nouveau-nés (mortalité, admission en réanimation, sepsis) n’a été mis en évidence. Ces résultats soutiennent pleinement la stratégie de vaccination systématique des femmes enceintes pour protéger les nourrissons.

Importance des stratégies complémentaires de prévention  : le cocooning 

Le cocooning – stratégie complémentaire à la vaccination maternelle – consiste à vacciner l’entourage proche du nourrisson. En effet, l’Organisation mondiale de la santé confirme que les contacts familiaux sont à l’origine de l’infection dans 74 à 96  % des cas lorsque la source de la contamination est identifiée.8

La circulation cyclique et par pics épidémiques de la bactérie limite les rappels immunologiques naturels, entraînant une baisse progressive de l’immunité post-vaccinale.9 Par ailleurs, la protection conférée par les vaccins acellulaires actuellement utilisés décroît progressivement et de façon hétérogène cinq ans après la vaccination.10

En dépit de sa très bonne efficacité, la vaccination maternelle ne confère pas une protection absolue au nourrisson en contexte d’épidémie massive. Toutefois, elle a démontré clairement son efficacité à prévenir les formes sévères et à réduire la durée d’hospitalisation, tout en présentant un excellent profil de sécurité et de tolérance pendant la grossesse.

Associer différents moyens de prévention

Une stratégie de prévention multimodale est recommandée par les sociétés savantes, incluant  :11

  • la vaccination systématique des femmes enceintes à chaque grossesse entre 20 et 36 SA  ;
  • la vaccination en post-partum de la mère si celle-ci n’a pas pu être vaccinée pendant la grossesse  ;
  • la vaccination du nourrisson dès l’âge de deux mois, conformément au calendrier vaccinal, que la mère ait été vaccinée ou non  ;
  • le maintien des rappels vaccinaux tous les dix ans pour les adultes non à risque ou tous les cinq ans en cas d’exposition professionnelle (secteur médical ou paramédical, professionnels de la petite enfance) ou familiale à risque  ;
  • une vigilance clinique, même en cas de vaccination conforme  ;
  • le respect des mesures d’hygiène et de prévention en période de circulation accrue de la bactérie.
Références
1. Rodrigues C, Bouchez V, Soares A, et al. Resurgence of Bordetella pertussis, including one macrolide-resistant isolate, France, 2024. https://bit.ly/4pvltAr
2. Barkoff AM, Mertsola J, Pierard D, et al. Pertactin-deficient Bordetella pertussis isolates: Evidence of increased circulation in Europe, 1998 to 2015. https://bit.ly/4rCopfY
3. Leroux P, Matczak S, Bouchez V, et al. Association between pertactin-producing Bordetella pertussis and fulminant pertussis in infants: A multicentre study in France, 2008–2019. Clin Microbiol Infect 2025;31(2):233‑9. 
4. Nguyen HS, Vo NP, Chen SY, et al. The optimal strategy for pertussis vaccination: A systematic review and meta-analysis of randomized control trials and real-world data. Am J Obstet Gynecol 2022;226(1):52-67.e10.
5. Amirthalingam G, Campbell H, Ribeiro S, et al. Sustained effectiveness of the maternal pertussis immunization Program in England 3 Years Following Introduction. Clin Infect Dis 2016;63(suppl 4):S236‑43.
6. Kandeil W, Van Den Ende C, Bunge EM, et al. A systematic review of the burden of pertussis disease in infants and the effectiveness of maternal immunization against pertussis. Expert Rev Vaccines 2020;19(7):621‑38. 
7. Kildegaard H, Jensen A, Andersen PHS, et al. Safety of pertussis vaccination in pregnancy and effectiveness in infants: A Danish national cohort study 2019-2023. Clin Microbiol Infect 2025;31(6):995‑1002.
8. Organisation mondiale de la santé. Note de synthèse. Position de l’OMS concernant les vaccins anticoquelucheux – août 2015. Relevé Epidemiol Hebdo 2015;90(35):433-60. 
9. Leong RNF, Wood JG, Turner RM, et al. Estimating seasonal variation in Australian pertussis notifications from 1991 to 2016: Evidence of spring to summer peaks. Epidemiol Infect 2019;147:e155. 
10. Wilkinson K, Righolt CH, Elliott LJ, et al. Pertussis vaccine effectiveness and duration of protection – A systematic review and meta-analysis. Vaccine 2021;39(23):3120‑30. 
11. Toubiana J, Haas H, Lesprit P, et al. Coqueluche GPIP(1), SPILF (2), GEFRUP (3), AFPA (4). Infovac-France Bulletin n° 6. Communiqué de juin 2024.

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